‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 284 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XVII

de la composition admirable du corps humain, des rapports et des fonctions de chacune de ses parties, à la description de phénomènes ou éclatail particulièrement La sagesse immense du Créateur, stupéfait à la vue de tant de merveilles, il semble quitter la plume de l'écrivain ordinaire pour celle du théologien : o Que d'autres, B'écrie-t-il, honorenl Dieu par leurs hécatombes ; pour moi je L'honorerai en proclamant la grandeur il" sa science qui a tout ordonné si merveilleusement, la grandeur de sa puissance qui a exécuté sans peine tout ce que sa science avait ordonné, la grandeur de sa bonté qui ne refuse rien à ses créatures, et qui pourvoit abondamment à tous leurs besoins. » Voilà ce (ju'écrivait un païen; un chrétien n'eût certainement pas mieux dit. Galien ne se fût pas exprimé autrement s'il eût connu le mot du Prophète : « Je. veux la miséricorde et non le sacrifice ; je veux que l'on tne connaisse, et non pas qu'on m'offre des holocaustes. » Ose. vi , r>.

Des louanges que nous donnons à cette première classe de vertus, ne concluons pas que les vertus de la seconde n'ont presque aucune valeur. Elles ont, il est vrai , une moindre dignité ; mais elles sont très-rimportantes pour acquérir et conserver les vertus intérieures ; quelques-unes sont même nécessaires par suite d'un Vœu ou d'un précepte particulier qui les impose. On s'en convaincra aisément en examinant successivement chacune d'elles.

La retraite et la solitude enlèvent à l'homme l'occasion de voir, d'entendre , de dire mille choses , de faire mille petites chutes qui compromettraient, avec la paix de sa conscience , sa chasteté et sa vertu. Ceci montre déjà l'importance du silence pour conserver la dévotion et éviter les péchés dont les conversations sont la cause, selon cette sentence de l'Esprit-Saint : « Des paroles nombreuses ne seront pas exemptes de péché. » Prov. x, 19. Outre que le jeûne est un acte de la vertu de tempérance , et qu'il est à la fois méritoire et satisfactoire, quand nous jeûnons en état de grâce, il affaiblit le corps, élève lame, repousse notre ennemi, prépare à la prière, à la lecture et à la contemplation , éloigne des dépenses et des passions inséparables de la bonne chère, ainsi que des prop< is de tout genre et des dissolutions qu'elle entraine après elle. Pour ce qui est de la lecture des livres de piété , de l'assistance aux of-

Boas, à la prédication de la parole de Dieu, de la récitation et du

■ liant des louanges divines, il n'est personne qui ne découvre dans i actes de religion une ?«rtu propre à augmenter la dévotion, a

éclairer l'entendement, et à porter la volonté vers les choses spirituelles. En voici d'ailleurs une preuve aussi simple que péremptohv. el qui aurait épargné aux hérétiques bien des déclamations inutiles, s'ils avaient voulu y accorder quelque attention. Un fait que constate L'expérience de tous les jours esi que, dans tons Les monastères où fleurissent L'observance des règles et la pratique des vertus extérieures, il y a toujours plus de dévotion, plus de piétc, plus de charité, plus de crainte de Dieu, en un mot plus de vertu- chrétiennes. Au contraire, là où l'on néglige ces deux points, la conscience, les mœurs, la vie tout entière ne sont pas plus exemplaires que L'observance des règles ; car, comme les occasions de péché y sont plus nombreuses, il y a plus de fautes et de désordre. Quand une vigne est bien close et bien surveillée, tout y est en sûreté; elle est la proie des maraudeurs dans le cas contraire. Ainsi en est-il de la religion, suivant que l'on garde ou non les règles avec exactitude.

Donc, pour acquérir et conserver cette précieuse vertu de dévotion qui nous dispose elle-même à la pratique de toutes les autres vertus, nous avons un besoin particulier de veiller sur nous-mêmes. La dévotion est en effet si délicate que la moindre chose suffit pour la détruire. C'est assez d'une conversation ou de quelques plaisanteries trop prolongées, d'un repas somptueux, d'un geste de colère, d'une légère dispute, de l'empressement à voir ou à entendre des choses inutiles quoique indifférentes, pour ruiner en grande partie la dévotion; de manière qu'elle redoute i-xtrèmement, non-seulement le péché, mais toute affaire et toute occupation superflue qui nous détourne de Dieu. Pour conserver au rougi au l'eu sa chaleur, il ne faut pas qu'il sorte deia fournaise : dès qu'il en sort, il ne tarde pas à reprendre sa température habituelle. Il en est ainsi de la dévotion. Son effet étant de nous unir à Dieu par un amour et une considération actuelle, dès que nous nous écartons de ces actes, nous revenons peu après à nos dispositions premières. C'est pourquoi veillons assidûment sur nos

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