‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 287 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE XVU · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XVU

îvrait aucun avantage. Examinez les crimes tir la nature et de l'a ri, son émule : toutes on! quelque clins»', qui les défend, qui les

onie, et les garantit de la destruction. .Ne doit-il pas en être ainsi des œuvres de la grâce qui sont beaucoup plus parfaites que les Ouvres de l'art et de la nature? Souvenez-vous encore du mot de l'Ecriture : « Celui qui craint Dieu ne méprise rien; et celui qui dédaigne les petites fautes tombera bientôl en de plus grandes. » Eccli. vu, 19, et xix, 1. Nous vous avons ailleurs recommandé, conformément à cet oracle sacré, la pratique et le soin des petites choses, comme le chemin qui conduit aux grandes. La plaie des moucherons en Egypte fut suivie de celle des mouches, Exod. vin. Prenez donc garde qu'en méprisant les piqûres des moucherons , c'est-à-dire les fautes légères , vous ne deveniez la proie des mouches, c'est-à-dire des fautes mortelles.

Ces mêmes principes nous aideront à distinguer parmi les vertus , celles auxquelles nous devrons nous adonner avec le plus de diligence. Les hommes font plus de sacrifice pour une pièce d'or que pour Une pièce d'argent, pour conserver un œil que pour conserver un doigt. De môme, nous devons faire plus d'etforts pour acquérir les vertus les plus nobles que pour les vertus les moins importantes. Intervertir cet ordre serait introduire la confusion dans l'édifice spirituel de notre àme. Aussi les supérieurs agissent-ils avec une sagesse extrême en répétant souvent les mots de charité , humilité , prière , dévotion , oraison , crainte de Dieu , amour du prochain , comme dans leurs chapitres et dans leurs réunions ils répètent les mots de silence, jeune, recueillement, modestie. Et cet usage est d'autaut meilleur que les fautes contre les vertus intérieures sont plus secrètes et plus dangereuses que les autres. Nous portons ordinairement plus vite remède aux défauts visibles qu'aux défauts invisibles; de là le danger de n'attacher aucune importance aux défauts intérieurs , et d'en attacher beaucoup aux défauts extérieurs.

En outre , non-seulement les vertus sensibles frappent davantage les regards de la plupart des hommes, mais encore elles

trouvent auprès d'eux plus de ferveur et d'admiration. Nous admirons en effet les personnes adonnées aux jeûnes, aux veilles, aux disciplines et aux mortifications corporelles, tandis que nous ne taisons même pas attention à la pratique de l'espérance, de la charité . de l'humilité, de la discrétion, de la crainte de Dieu, du mépris du monde, quoique ces vertus soient très-précieuses aux yeux de Dieu. Mais « l'homme ne voit que l'apparence, et Dieu seul pénètre le cœur.» 1 Reg. xvi, 7. Aussi l'Apôtre disait-il : « Le véritable fidèle n'est pas celui qui pratique extérieurement les observances de la loi , et qui circoncit sa chair; mais celui qui observe la loi, même dans le secret, et qui circoncit son cœur, non suivant la lettre, mais suivant l'esprit. Celui-là tire sa gloire, non des hommes, mais de Dieu. » Rom. n, 28 et 29.

Puisque la pratique des vertus extérieures nous attire les louanges des hommes, et que le désir des louanges et de notre propre excellence est un des plus puissants et des plus subtils de notre nature, prenons garde qu'il ne nous entraîne à rechercher les vertus sensibles de préférence aux vertus spirituelles. Si l'esprit nous porte vers celles-ci , l'esprit et la chair nous portent conjointement vers celles-là. Or, rien de plus redoutable et de plus violent que les impulsions de la chair. Cela étant, nous avons sujet de craindre que ces deux forces ne se donnent carrière. Opposonsleur donc avec fermeté la lumière de la vérité, et ne consentons jamais à accorder plus de soin à ce qui mérite une moindre

importance.

il va sans dire aussi que dans le cas où deux actes de différentes vertus se présenteraient ensemble , et seraient pourtant incompatibles, il faudrait préférer, comme lorsqu'il s'agit des commandements de Dieu, le plus parfait au moins parfait. Une conduite opposée serait évidemment répréhensible. C'est le sentiment de saint Bernard qui s'exprime en ces termes : « Les saints Pères ont !Oup de pratiques propres à conserver et à accroître la charité. Tant que ces pratiques atteignent ce but, il ne faut ni les modifier, ni y renoncer. Mais dès qu'elles se nuisent les unes aux autres, il est de toute justice que l'on laisse de côté, que l'on

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