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interrompe ou que l'on modifie celles qui nuisent à la charité en faveur de celles qui la secondent; car il Berail déraisonnable d'observer, bous prétexte d'augmenter la charité, des pratiques que. la charité elle-même nous défend. Que l'on ne s'écarte pas de ces diverses pratiques tant qu'elles ne nuisent pas à cette vertu , si.it; mais dans le cas contraire, c'est antre chose. » Et à l'appui de son sentiment le .saint Docteur cite deux décrets , l'un du pape Gélase, l'autre du pape Léon .
I ne autre conséquence à tirer de cette doctrine, c'est qu'il y a deux sortes de justice, l'une vraie, l'autre fausse. La vraie justice est celle qui embrasse les vertus intérieures avec les vertus extérieures nécessaires à leur conservation. La fausse justice est celle qui se contente de quelque vertus extérieures sans embrasser en même temps les vertus intérieures, par exemple, sans embrasser l'amour de Dieu, l'humilité, la dévotion. Telle était la justice des Pharisiens que Notre-Seigneur frappait de ces malédictions terribles : «Malheur à vous, Pharisiens qui payez la dime de la menthe, de l'anet et du cumin , et qui omettez ce qu'il y a de plus importaut dans la loi, la justice, la miséricorde et la vérité! Malheur à vous qui purifiez le dehors de la coupe et du vase , tandis qu'au dedans vous êtes pleins de rapines et de souillures ! Malheur à vous, parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux à la vue, tandis qu'au dedans ils sont pleins d'ossements et de corruption ! » Matth. xxiu, 23 et seq.
Cette fausse justice est celle que le Seigneur condamne si souvent dans les écrits des Prophètes. « Ce peuple, disait-il par la par la bouche d'Isaïe, s'approche de moi en paroles et me glorifie de ses lèvres ; mais son cœur est loin de moi ; et le culte qu'il me rend est selon les maximes et la sagesse humaines. » Isa. xxix, 13. «Que me fait , dit-il ailleurs, cette multitude de victimes? J'en suis rassasié. Je ne veux plus des holocaustes de vos béhers, et de la graisse de vos troupeaux. Ne m'offrez plus inutilement de sacrifices. Votre encens m'est en abomination; vos assemblées me TUM. x. 33
nul en horreur ; mon àme déteste tos fêtes dos premiers juins
du mois et toutes les autres solennités. Kilos me sont devenues à charge; je suis las de les soutl'rir. » ha. i, il.
Que signifient ces paroles? Est-ce que Dieu condamnerait des actes qu'il a lui-même ordonnés sous les peines les plus sévères? Est-ce qu'il condamnerait cette belle vertu de religion qui a p< miobjet de lui rendre le culte dont il est cligne? Assurément non. Ce qu'il condamnait, c'était la présomption de son peuple qui se contentait des pratiques extérieures de la loi, sans tenir compte de la vraie justice, de la crainte du Soigneur; et Dieu le montre bien par les paroles qui suivent! « Lavez- vous, purifiez-vous. Utez de devant mes yeux la malice de vos pensées. Cessez d'agir perversement ; apprenez à faire le bien; et quand vos péchés seraient rouges comme l'écarîate , je les rendrai blancs comme la neige. » Ibid. i, 16 et seq.
Dans un autre endroit, le Prophète revient encore sur le même sujet. « Celui qui m'immole un bœuf, dit-il au nom du Seigneur, est devant moi , comme celui qui tuerait un homme; celui qui me sacrifie un agneau , comme celui qui assommerait un chien ; celui qui me fait quelque offrande , comme s'il m'offrait du sang de pourceau; celui qui me présente de l'encens, comme celui qui révérerait une idole. » Isa. lxvi, 3. Qu'est ceci, ô mon Dieu? Pourquoi réputez-vous abominables des actes que vous avez vousmême commandés? En voici la cause. «Ils ont pris plaisir à faire ces choses selon leurs caprices, et leur àme s'est délectée dans ces abominations. » Voyez-vous le néant des choses extérieures qui n'ont pas pour fondement les vertus spirituelles?
Dans un autre Prophète , le Seigneur tient ce langage : « Eloignez de moi le bruit de vos cantiques; et que je n'entende plus les accents de vos lyres. » Amos, v, 25. Ailleurs il menace son peuple de secouer sur sa tête la poussière impure de ses solennités. Malach. n , 3. En faut-il davantage pour comprendre le vide de toutes les choses extérieures quand elles ne reposent pas sur ce fondement de la justice, de l'amour et de la crainte de Dieu, et de la haine du péché.
Si vous désirez savoir pourquoi le Seigneur rejette si expies-
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Bernent ces honneurs, comparanl le sacrifice à un homicide, L'encens à une idolâtrie, appelant l<- ehanl des cantiques un bruit assourdissant, ei traitant d'impure la poussière des solennités légales, j'1 vous répondrai qu'à pari L'absence île tout mérite en ces choses-là, elles fournissent souvent l'occasion de s'enfler, de s'enorgueillir et de mépriser Les actions d'autrui. Ce qu'il y a de pire et de plus dangereux, c'est que cette fausse justice engendiv. une fausse sécurité, laquelle ne permet pas d'acquérir les solide vertus, lai doutez -vous? Ecoutez la prière du pharisien de l'Evangile : a Mon Dieu , je vous remercie de n'être pas comme les autres hommes, voleur, adultère, injuste, tel que ce publicain, par exemple. Je jeune deux fois la semaine, et je doime exactement la dime de tout ce que je possède. » Luc. xviii, 11 et 12. Remarquez ici les trois écueils que nous vous avons signalés; l'orgueil et la présomption dans ces paroles : je ne suis pas comme le reste des hommes; le mépris de ses semblables dans celles-ci : je ne suis pas comme ce publicain; la fausse sécurité, lorsqu'il rend grâces à Dieu de ce genre de vie qui lui semble à l'abri de tout péril.
De là il suit que les personnes dont la piété est de cette sorte tombent dans une hypocrisie dangereuse; non pas dans cette hypocrisie basse et grossière des hommes qui , connaissant fort bien leurs vices, veulent cependant tromper la foule et paraître saints à ses yeux, mais dans une autre hypocrisie plus raffinée qui consiste à se tomper soi-même, en même temps qu'on trompe les autres. En effet, le pharisien prenait sincèrement, aussi bien que les autres, l'ombre de justice qui était en lui pour la vraie justice, et il se croyait vraiment bon, alors qu'il était mauvais. C'est de cette hypocrisie que le Sage disait : « Il y a un chemin qui paraît droit à l'homme , et qui pourtant conduit à la mort. » Prov. xiv, 12. Voici, au jugement du même écrivain sacré, les quatre races les plus odieuses qui soient sur la terre : « La race qui maudit son père et ne bénit point sa mère ; la race qui se croit pure, et qui néanmoins n'a point été lavée de ses souillures; la race dont les yeux sont altiers et les paupières superbes ; la race qui a des glaives au lieu de dents, et qui dévore les pauvres
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de la terre. » Prw. xxx, ii et seg. Vous Saurez pas de peine à
reconnaître dans cette énnmération les hypocrites donl nous parlons en ce moment.
Le péril attaché à un pareil état est tel qu'il vaudrait mieux être mauvais aux yeux «les autres et à ses propres yeux, que d'être juste de cette façon et de vivre dans la sécurité. Pour si mauvais que l'on soit, la connaissance même de sa malice est un commencement de salut. Mais comment le malade qui se croit en santé pourra-t-il accepter le remède? C'est pour cette raison que le Seigneur déclarait aux pharisiens que les publicains et les courtisanes les précéderaient dans le royaume des cieux. Et le texte grec dit même au présent : Ils vous précèdent, afin de faire mieux ressortir cette vérité. Mattli. xxi, 31. Elle nous est encore révélée dans ces paroles redoutables de l'Apocalypse : « Plût à Dieu que tu fusses ou chaud ou froid; mais parce que tu es tiède, je ne tarderai pas à te rejeter de ma bouche. » Apoc. ni, K> et 16. Vous comprendrez peut-être difficilement que Dieu préfère la froideur à la tiédeur, et estime cette dernière condition pire que la première. En voici l'explication : La chaleur consiste à posséder avec la charité toutes les vertus soit intérieures, soit extérieures. La froideur consiste à ne posséder ni la charité, ni les autres vertus. Enfin la tiédeur consiste à ne posséder que quelques vertus extérieures, sans posséder en même temps la charité. Or, si le tiède est de pire condition que le froid, ce n'est pas qu'il soit chargé d'un plus grand nombre de péchés, mais parce que son mal est plus difficile à guérir. Plus il vit dans la sécurité, plus il est éloigné de la posséder réellement. Il s'autorise d'une apparence de justice pour croire qu'il est quelque chose, et pourtant il n'est rien. Pour apprécier la justesse de cette explication, écoutez ce que le Seigneur ajoute aussitôt : « Tu dis, je suis riche, opulent, je n'ai besoin de rien; et tu ne sais pas que tu es pauvre, nu, indigent, aveugle et misérable. » Ne reconnaissez-vous pas dans ces paroles du Fils de l'homme le pharisien dont nous parlions tout à l'heure? Il se croyait riche en biens spirituels, et il en remerciait Dieu, tandis qu'il était pauvre de justice, bouffi d'orgueil, et aveugle jusqu'à ne s'apercevoir pas de sa misère.