‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 295 sur 308 · Livre h, chapitre \\i. 56i · texte numérisé non relu

Livre h, chapitre \\i. 56i

reztout. Prenez gardesurtoul aune illusion où tombenl souvent 1rs personnesqui oommeneentàservirle Seigneur. Ayant luen certains ouvrages que L'Esprit-Sainl réserve à sesserviteurs les plus douces consolations, el d'ineffables délices, elles pensenl que rien n'est

aimable el facile comme Le chemin de la vertu : En sorte qu'au lieu d'y entrer armées de toutes pièces, comme au moment de livrer bataille, elles y vont comme à une fête. Sans doute l'amour

de Bien est plein de douceurs; niais la route qui y mène es! pleine d'aspérités : ••! pour venir à bout de ces aspérités il faut lutter avec ardeur et courage. C'est ce que nous enseignent d'une manière figurée les paroles suivantes d'Isaïe. « Sortez de la poussière, levezvous, asseyez-vous, Jérusalem. » ha. lu, 2. S'il ne faut aucune peine pour s'asseoir, il en faut auparavant pour secouer la poussière des affections terrestres, et se réveiller du sommeil du péché dans lequel on était plongé.

Il est vrai encore que Notre-Seigneur favorise de merveilleuses consolations les âmes qui travaillent fidèlement à son service , et qui ont renoncé aux plaisirs du monde pour obtenir les plaisirs du ciel. Mais ce renoncement est absolument nécessaire ; tant que nous ne sacrifierons pas les joies d'ici-bas nous attendrons en vain les joies de l'Ksprit-Saint ; car la manne ne fut accordée aux Hébreux dans le désert que lorsqu'ils eurent épuisé la farine qu'ils avaient emportée d'Egypte.

C'est donc inutilement que nous prétendrions acquérir la vertu

sans nous munir préalablement de courage. C'est par le travail

qu'on arrive au repos, par le combat qu'on arrive à la victoire,

par les larmes qu'on arrive à la joie, par la haine de soi-même

qu'on arrive aux douceurs de l'amour de Dieu. Yoilà pourquoi

l'Esprit-Saint dans le livre des Proverbes flagelle impitoyablement

la paresse et la négligence , tandis qu'il ne se lasse pas de louer et

d'exalter le courage et la diligence comme l'appui et la garantie

de la vertu.

Mais comment acquérir ce courage ? Ne présente-t-il pas luimême les difficultés que présentent les autres vertus ? Ce n'est pas sans raison que le Sage s'écrie dans un passage plein de doctrine : tom. x. 36

a Qui trouvera une femme forte? Kilo est plus rare ei plus précieuse que les pierreries que l'on apporte des extrémités de la terre, < / c r. wxi, lo. Or, comment se procurer une chose de pareille valeurl

Vous réussirez à vous la procurer, d'abord en réfléchissant sur .-.i valeur inestimable; elle est telle, en effet, puisqu'elle contribue si efficacement à L'acquisition du trésor inestimable des vertus. La difficulté de la vertu, telle est la principale cause qui en éloigne la plupart des hommes. « Le lion est sur ma route, dit le paresseux ; la lionne est sur mon chemin. » Prov. xxvi, 13. Puis il met la main dans sa poitrine et il dévore ses chairs en disant : Il vaut mieux avoir peu et rester oisif, que d'avoir les mains pleines, au prix de la peine et du travail. Mais si telle est la principale cause qui nous éloigne de la vertu, il suffira du courage pour venir à bout de ces difficultés. Or, qui regrettera quelques efforts pour obtenir un secours si puissant qu'avec lui nous gagnons aisément la couronne de la vertu et celle de la gloire éternelle. «Le courage seul emporte d'assaut le royaume des cieux, » nous dit le Sauveur. Matth. xi. 1-2. Le courage chasse de notre âme l'amourpropre et le démon, et en ouvre l'entrée à l'amour de Dieu, ou plutôt à Dieu même; car quiconque demeure dans la charité demeure en Dieu. I Joan. iv, 10.

.Iriez aussi les yeux sur ces chrétiens qui, pour plaire au Seigneur, embrassent la pauvreté, la nudité, la mortification, et renoncent aux douceurs et aux plaisirs de cette vie. Il y en a parmi eux, qui chérissent tellement les austérités qu'à l'exemple des marchands et des étudiants qui recherchent, les uns les marchés les plus riches, les autres, les universités les plus illustres, ils recherchent de préférence les contrées et les monastères où la vie est la plus rigouieuse, où l'on trouve la faim au lieu d'une nourriture abondante, l'indigence au lieu de la richesse, les croix et les fatigues au lieu des satisfactions sensuelles. Ce n'est pas là une conduite conforme aux désirs et aux inclinations du monde, aux instincts de la chair et du sang; mais en revanche elle est conforme aux inspirations de l'esprit de Jésus-Christ. Comparez ensuite votre mollesse aux tourments épouvantables par lesquels les mar-

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