I.IVKK II. CHAPITRE XXI
tyrs ont conquis lf bonheur éternel. A peine Be passe-t-il un jour dans l'année sans que l'Eglise rions propose lenr exemple, autant pour les honorer que pour aous presser de les imiter et d'opérer notre salut. Il u'esl point de genre de tortures que l'histoire de leur triomphe n'offre à notre admiration. Les uns ont été écorchés \ ils, les autres on! péri dans les flots : ceux-ci mit été précipités el tenailles ; ceux-là ont eu leurs membres disloqués ou déchirés avec des ongles de 1er : quelquefois ils servaient de but aux flèches, ou bien ilsétaienl plongés dans des tonneaux d'huile bouillante. On grand nombre d'entre eux n'arrivaient à la mort qu'après avoir traverse la plupart de ces horribles supplices. Supportant toutes les soutlVaures dont la nature humaine est capable, ils enduraient successivement la prison, les fouets, les charbons ardents, les crocs de fer, enfin le coup mortel qui, en épuisant leur vie, n'épuisait ni leur foi, ni leur courage.
11 serait, trop long- d'énumérer les inventions affreuses qu'imagina la cruauté ingénieuse des démons pour accabler le courage et la foi des martyrs sous le poids des tourments. Souvent, après les avoir brisés de tortures, on les faisait coucher sur des planchers couverts de débris de pots cassés , afin que leurs membres n'éprouvassent que de la douleur au lieu de repos. D'autres fois ils étaient obligés de marcher, les pieds nus, sur des charbons ardents, ou bien on les attachait à la queue de cavales indomptées qui les traînaient au milieu des ronces et des épines. Quelquefois on dressait des roues hérissées de lames tranchantes qui mettaient en pièces le corps de l'infortuné martyr. On les étendait encore sur des pièces de bois disposées à cet effet, et on déchirait leur corps de haut en bas avec des pointes de fer. Enfin la férocité des tyrans imagina quelque chose de plus cruel et. d'entièrement nouveau : on attacha les martyrs par les pieds à deux arbres qu'on avait violemment courbés et qui, en se redressant, faisaient voler leurs membres en lambeaux. Un jour, à Nicomédie, ou flagella si cruellement un chrétien que les coups avaient enlevé, outre la peau, une partie des chairs, de telle sorte que l'on distinguait les o% à nu au milieu du sang qui ruisselait à flots. Non content de cette toi-, ture, on arrosa le corps du patient de vinaigre, et on le saupoudra
de sel ; puis, comme il lui restait encore quelque souffle, ou le mit
soi un gril avec du feu dessous, et on le retourna de côté et
d'autre avec une fourche jusqu'à ce qu'il eût rendu son àme à
Dieu.
Ce que la perversité de ces homicides se proposait n'était pas tant de causer la mort de leurs victimes, que de leur épargner les tortures qui auraient pu être mortelles, et de leur arracher l'âme à foire de tourments; supplices mille fois plus cruels que la mort même, encore que la mort soit la plus redoutable des choses d'icibas. Cependant les martyrs n'étaient point d'une autre nature que la nôtre; ils avaient le môme Dieu que nous pour les secourir, et ils n'espéraient d'autre gloire que celle que nous espérons. Si la vie éternelle leur a tant coûté, n'aurons-nous pas la force de mortifier, pour l'obtenir, les mauvais désirs de notre chair? Ils ne craignaient pas de mourir de faim ; pourquoi ne jeûnerions-nous pas un jour? Ils persévéraient dans la prière, sur la croix à laquelle ils étaient cloués; pourquoi ne resterions-nous pas quelques instants à genoux, en oraison? Ils ne faisaient aucune résistance lorsqu'on déchirait leurs membres; pourquoi ne réprimerionsnous pas nos passions et nos appétits? Ils supportaient sans murmurer l'obscurité des cachots ; pourquoi ne resterions-nous pas un moment recueillis dans notre cellule? Ils laissaient mettre leur corps en lambeaux; pourquoi ne chàtierions-nous pas le nôtre par amour envers Jésus-Christ ?
Si ces exemples ne vous suffisent pas, levez vos yeux sur cette croix, et considérez celui qui endure de si horribles souffrances pour votre amour. « Considérez, comme le dit l'Apôtre, celui qui a eu tant de persécutions à supporter de la part des pécheurs, et vous ne vous découragerez pas dans les épreuves. » hebr. xn, 3. A quelque point de vue que vous envisagiez cet exemple, il vous frappera infailliblement de stupeur. Si vous envisagez les souffrances, elles ne sauraient être plus grandes ; si vous envisagez la personne qui les endure, elle ne saurait être plus noble ; si vous envisagez la cause de ces souffrances, vous verrez que le Sauveur n'y est porté ni par ses fautes, car il est l'innocence même, ni par le besoin qu'il en a, car il est le maître de l'univers, mais par sa