AU LECTEUR CHRETIEN
Cette lettre d'un saint Kvèque, disciple de saint Augustin, m'a paru faire suite , ami lecteur, à l'ouvrage que je viens de placer sous vos yeux,; le sujet en est le même, à savoir le mépris du monde et l'amour de la vertu. Cette raison n'est pas la seule ; je puis ajouter que la lecture de cette lettre m'a fait éprouver une satisfaction profonde. Vous y trouverez comme moi, tant de poids dans les sentences , de force dans les raisonnements , de beauté dans le style, et par-dessus tout une onction si touchante et si persuasive, qu'il vous semblera pour ainsi dire impossible qu'un esprit droit repousse la lumière de la vérité , quand elle se présente à lui sous une telle forme. Il vous arrivera, j'en ai la conviction, ce qui m'est arrivé à moi-même : vous aurez beau relire cette lettre, jamais elle ne vous causera ni fatigue ni dégoût. C'est là le trait distinctif des œuvres parfaites en leur genre : On y revient sans cesse , et chaque fois elles vous procurent un plaisir nouveau. Mais sur ce point je m'en rapporte sans crainte au discernement d'un lecteur éclairé et qui sait estimer les choses à leur juste valeur. Comme je ne voudrais pas m'attribuer une gloire étrangère , je dois déclarer que la traduction n'en est pas de moi ; elle est du R. P. Jean de la Croix, maintenant en possession de la gloire céleste. Ce saint religieux avait reçu pour ces sortes d'oeuvres une grâce toute spéciale, comme on peut en juger par d'autres traductions qui nous sont restées de lui.
LETTRE DE SAINT El'CHER,
Que les liens du sang sont heureux quand ils s'ajoutent aux liens de l'amour! Ces! une laveur divine, dont nous pouvons à bon droit nous glorifier; aux sentiments de la nature, Dieu se plaît à unir ceux de la charité. Il y a donc deux affections qui de nos deux cœurs n'en font qu'un : celle qui nous vient de notre naissance et qui nous a été transmise par nos parents ; celle que la grâce du Seigneur a formée dans nos âmes.
C'est à cause de ce double nœud, du devoir et de l'amour, qui nous rattache l'un à l'autre , que je me suis senti porté à vous écrire avec une certaine étendue, pour recommander précisément aux inspirations de votre cœur le bien de votre àme, pour vous rappeler que la véritable félicité , celle qui consiste dans la possession des trésors éternels , ne saurait être acquise que par les lumières de la foi et la pratique de la vertu. Vous aimant autant que moi-même, il est naturel que je désire votre bonheur autant que le mien propre. Ce qui me réjouit et m'encourage, c'est que la vie sainte dont je voudrais vous inspirer ledessein, est déjàconforme aux nobles inspirations de votre âme. Dès l'âge le plus tendre, votre heureuse vie s'est couverte des fleurs qui présageaient les fruits les plus abondants. Par une miséricordieuse disposition de la Providence la nature avait admirablement préparé en vous les merveilleuses opérations de la grâce ; de telle sorte que celle-ci trouve dans votre cœur le germe de tous les biens qu'elle doit y accomplir. Certes je n'ignore pas les titres que vous avez à la gloire du siècle, la grandeur de votre rang , l'antique noblesse de yotre double origine ; mais incomparablement plus grande est la gloire à laquelle j'aspire pour vous ; je viens vous appeler, non aux honneurs de la terre, mais bien aux honneurs du ciel ; ce n'est pas un siècle seul, mais les siècles des siècles que vous devez remplir de l'éclat de votre nom. La seule gloire assurée, la seule digne de notre ambition, c'est d'être un homme grand d'une grandeur que rien ne pourra jamais nous ravir. Et je vous la persuaderai, non par les raisonnements de la sagesse humaine, mais par cette divine philosophie que le ciel a daigné nous révéler dans les temps et