V VU. KM EN, SON PARENT
par les moyens qui sont le secret de la sagesse suprême. L'ardent désir que j'éprouve de procurer votre bien, me fera vous parler sans détour et sans crainte. J'oublierai nia faiblesse et mon incapacité, pour ne consulter (pie votre avantage.
La première obligation de l'homme, mon très-cher Valérien, c'est de connaître l'Auteur de la vie qui Lui a été donnée, de l'adorer comme son souverain maître, d'employer enfin au service de Dieu tous les instants de cette vie mortelle ; de telle sorte qu'une existence qui d'abi ni a ete l'œuvre de la divine bonté, se poursuive pour sa gloire, soit consacrée à son amour, revienne ainsi à celui qui en est le principe ; il faut qu'un bien que vous avez d'abord reçu sans l'avoir mérité , soit plus tard un objet de mérite, par l'usage que vous en ferez. Dire que nous nous devons entièrement à celui qui nous a faits ce que nous sommes , à celui qiù nous a tirés du néant, n'est-ce pas proclamer la vérité la plus évidente ? Et pouvons-nous mieux reconnaître l'intention de notre créateur, qu'en regardant comme une chose indubitable que c'est bien lui qui nous a créés , et qu'ils nous a créés pour lui-même.
La seconde obligation de l'homme, celle qui vient immédiatement api es celle-là, c'est de considérer le prix de notre àme. L'àme étant ce qu'il y a de plus noble en nous , ne serait-ce pas une chose étrange qu'elle fût le dernier de nos soucis? Ah! bien plutôt conservons-lui dans nos préoccupations le rang qu'elle occupe par son essence; qu'elle soit le principal objet de nos soins et de notre sollicitude, puisque ce qui nous importe avant tout, c'est que la partie la plus noble de notre être demeure saine et sans défaut. Disons mieux, c'est elle qui doit être, non le principal, mais en quelque sorte l'unique objet de nos constants efforts : sachons maintenir et défendre à l'exclusion de tout autre intérêt, la noblesse de notre àme. Et ne pensez pas que ceci soit en contradiction avec ce qui précède. Il est vrai sans doute que notre première pensée doit se porter vers Dieu, et la seconde seulement vers notre àme ; mais ce sont là deux pensées inséparables , elles sont d'une égale nécessité, et l'une ne saurait exister sans l'autre.
J ETIRE DE SAINT BUCHER, ■ on. il nV>t pas possible de remplir ses devoirs envers Dieu, si l'on néglige les intérêts de son âme; e1 l'âme elle-même est inévitablement négligée, quand on publie ce qu'on doit à Dieu. Soyons bien persuadés que. ces deux obligations spirituelles se trouvent tellement liées ensemble qu'on ne peut pas en accomplir une d'une manière sérieuse et réelle, sans que les deux soient parla même accomplies : L'ineffable bonté de notre Dieu a voulu que notre bien à nous se trouvât indissolublement uni à sa gloire.
Que de temps et quel travail les hommes emploient à s'occuper de leur corps pour le mettre à l'abri des maladies et de la souffrance ! Est-ce que par hasard ils jugeraient leur âme indigne de leurs soins ? Tandis que l'on consacre à la chair tant de choses diverses, se peut-il que l'âme soit comme abandonnée, comme dans un obscur recoin, privée des biens les plus nécessaires, dépouillée, elle seule et comme exilée de ses propres richesses? Si nous traitons notre corps avec tant de libéralité, que ne devonsnous pas faire pour notre àme ? Nous ne pourrons jamais nous montrer assez magnifiques à son égard. Si notre chair est l'esclave, notre àme la reine et la maîtresse, selon la belle expression de plusieurs sages, n'allons pas tomber dans l'étrange inconséquence, de prodiguer les honneurs à celle-là, les mépris et les outrages à celle-ci. Ne faut-il pas , à vouloir respecter l'ordre, que notre plus grande sollicitude soit reportée sur la meilleure portion de nous-mème, que nous concentrions tous nos soins sur ce qui fait la grandeur et la dignité de notre nature? N'est-ce pas méconnaître toutes les lois, renverser tous les principes, d'assigner le premier rang dans nos respects et notre estime, à ce qu'il y a de plus vil en nous , le dernier à ce qu'il y a de plus noble ? Or, que la chair soit ce qu'il y a de plus vil en nous, c'est ce dont on ne saurait douter, si l'on songe qu'elle nous entraîne incessamment vers la terre, dont elle est sortie ; tandis que lame, comme un feu pur et subtil , tend par elle-même à s'élever vers le ciel , d'où elle est descendue. C'est par l'âme surtout que l'homme est fait à l'image de Dieu. Et ce précieux avantage est le reflet anticipé de la gloire qui nous a été promise.
Sachons donc maintenir sa noblesse, défendons-la de toutes nos