VALÉRIEN, BON PARENT
dans l'adversité, et dans Le bonheur on ami qui le partage, il aers votre consolation cl votre joie. Dites-moi maintenant s'il u'esl pas just»', ({tic v(»ns aimiez par-dessus boutes choses, que vous estimiez plus que (mis les biens. Celui eu qui toul voua sera donné. Et ce n'est pas seulement Les biens supérieurs, Les choses divines que vous trouverez en lui ; mais c'est de Lui-même que vous tenez tous ces Mens temporels que L'homme t'ait tourner si souvent à sa propre perte.
Cet amour qui s'était jusqu'ici répandu sur tant d'objets indignes, consacrez-le désormais tout entier au service de Dieu. Il
- irait a la suite des affeetionfi sensuelles, qu'il s'épure maintenant et se fixe dans la contemplation des choses éternelles. Ce cœur ballotté jusqu'ici par tant de souffles contraires, mettez-le sous le joug de la charité , imposez-lui le frein de la véritable sagesse. M'oubliez pas que tout ce que vousaimez, tout ce que vous savez sur la terre, vient uniquement de Dieu. Tout lui appartient, et seul il serait déshérite de votre amour! 11 est le souverain Maître de l'univers, et ceux qui ne l'aiment pas sont forcés, en dépit d'eux-mêmes, d'aimer quelque chose de lui. Tout homme qui aie jugement sain doit se demander par là même s'il est raisonnable de mépriser l'Auteur de tous les êtres, tandis qu'on aime ses œuvres; de s'en aller partout à la poursuite des créatures, contrairement à la volonté du Créateur, alors qu'on ne saurait ignorer que Dieu les a faites comme autant de degrés par où notre cœur doit remonter à lui. Mais l'homme dont l'intelligence est pervertie laisse errer ses affections et ses désirs parmi tous les objets terrestres; il dénature ses propressentiments, en admirant les effets de l'art divin, au mépris du suprême Artiste lui-même, en s'attachant à la beauté qui n'est qu'une image, sans élever ses regards vers le principe et le type de toute beauté, dont nous avons plus haut essayé de reproduire quelques traits. Mais que sont toutes nos paroles, que peut dire la langue humaine pour exprimer les trésors infinis de l'essence divine? L'ange lui-même est-il capable d'atteindre par la pensée à la hauteur de ce profond mystère?
Mon intention n'est pas seulement de vous dire que c'est un bonheur d'aimer Dieu, mais j'entends encore que c'est une né-
vite, Bo effet, indépeiidammenl de l'obligation où nous sommes de L'aimer pour ce qu'il est en Lui-même, nous l'aimons inévitablement pour les choses qui Tiennent de lui; et de même que nous sommes incapables de L'aimer autant qu'il mérite de l'être, notre cœur ne suffi! pas non plus à reconnaître les biens qu'il nous a prodigués. Quelle injustice donc de ne pas aimer du tout celui que nous ne pourrions jamais assez aimer! Quelle injustice de refuser le peu qui est en votre pouvoir à celui envi rs qui vous ne sauriez jamais remplir les obligations que vous lui avez! Voilà pourquoi David s'écriait : « Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'il m'a donnés? » Psalm. c.xv, 12. Comment pourrionsnous égaler notre reconnaissance même à un seul bienfait divin, à la bonté que Dieu nous a témoignée-, par exemple, en faisant dépendre notre salut de choses si faciles, en ouvrant les portes de son royaume éternel à tous les habitants de la terre, sans en excepter aucune nation, pas même la contrée la plus sauvage, l'île la plus éloignée! Pensez-vous que l'univers presque tout entier, tous les peuples et tous les royaumes connus, seraient jamais tombés au pouvoir des Romains, de manière à ne plus former qu'un seul peuple, si la Providence n'avait voulu préparer par là le moyen de répandre la foi dans toutes les parties du monde? Comme la nourriture se répand dans tous les membres, la foi put alors, en pénétrant dans cette ville qui était la tète de l'humanité , descendre aussi dans tous les membres de ce vaste corps. S'il en eût été autrement , jamais elle n'aurait couru avec tant de rapidité dans des terres et chez des nations profondément s parées, par la langue et les mœurs encore plus que par la distance. Combien ses progrès auraient été plus lents , si à chaque frontière elle eût rencontre de nouveaux obstacles et de nouvelles oppositions! De là ce que l'Apôtre saint Paul disait aux Romains: « Votre foi est annoncée dans tout l'univers. » C'est pour cela que lui-même put porter la lumière de l'Evangile chez tant de peuples divers, de Jérusalem à l'IUyrie. Non, cela n'eût pu s'accomplir si la multitude innombrable des nations n'eût été réunie sous une même puissance, si la fierté des nations barbares n'eût été assouplie au joug.
v \ M.i r.ir.v SON PARENT.
Ainsi s.' réalisail le magnifique travail dont nous voyons maintenant Les résultats. De L'orient à L'occident, du septentrion au midi , dans toutes les parties du monde, retentissenl Les louanges du Christ, le Thrace et L'Africain, Le Syrien e1 L'Espagnol ont égalemenl embrassé la foi. Ou avait vu Le mystérieux prélude, le signe avânt-coureur de ces merveilles, quand Octave devenu empereur tenail I'' sceptre de L'univers, au moment où le Fils de Dieu allait descendre sur la terre. C'esl pour préparer cette venue du Fils de Dieu , c'esl pour la prompte dilatation de sa gloire, qu'avait été fondée el que s'était accrue d'âge en âge l'étonnante puissance des Romains, dès le temps de leurs anciens rois , aussi bien que sous le gouvernement de leurs consuls. Rien ne serait plus facile que de le démontrer même avec les faillies ressources d'un talent médiocre, s'il était nécessaire d'établir une semblable vérité. Mais vous 1 \ connaissez mieux que je ne pourrais vous la dire, étant aussi versé que vous l'êtes dans l'histoire de votre nation. Je laisse donc cela de côté, et j'en reviens à mon premier objet. « N'aimez pas le monde, ni les choses du monde, » vous dirai-je avec l'Apôtre de la dilection , I Joan. n, 15. Et rien de plus sage qu'Un tel conseil ; car tout ce que le monde renferme nous séduit par des apparences trompeuses et de fausses couleurs. La vue nous a été donnée pour jouir de la douce lumière des cieux, et non pour contempler de vains et stériles fantômes; ce qui doit entretenir en nous le foyer de la vie, gardons-nous d'en faire un instrument de mort. Le prince des apôtres a dit, I Petr. n, 11 : « Les appétits de la chair luttent contre les aspirations de l'âme, et se trouvent sans cesse en opposition avec l'esprit. » Or, comme il arrive toujours entre deux puissances ennemies , les forces de la chair grandissent , à mesure que celles de l'esprit
diminuent.
Jusqu'ici , noble et cher Yalérien, en vous parlant des attraits séduisants des richesses, de l'éclat mensonger des honneurs, j'ai considéré le monde dans toute la puissance de ses dangereux appâts. Mais combien plus déplorable est la fascination des hommes, quand elle survit aux splendeurs du monde , quand sa
gloire s'esl obscurcie, quand il nous montre à nu ses artifices et lideor. Autrefois il pouvait nous éblouir de Bes rayons empruntes, nous séduire par sa joie factice, par son amour simulé, par ses ornements adultères. Mais un sombre nuage s'est maintenant répandu sur ce front riant qui semblait promettre le plaisir et trompait ainsi notre Faiblesse. 1! s'entourait alors de brillantes illusions, d'images enchanteresses; et encore échouait-il contre un cœur droit et une raison éclairée. Aujourd'hui le changement es! si profond que tout homme, quel qu'il soit, peut connaître les
»es gl ssi( rs qu'il nous tend. Autrefois les Mens réels lui manquaient ; il n'ea a plus même d'apparents; à peine s'il lui reste quelques fausses couleurs à mettre sur son visage. 11 ne se couronne plus de fleurs; comment pourrait-il présenter quelques fruits à notre faim dévorante? Si nous n'allons nous-mêmes nous jeter dans ses lacets, le monde n'a plus rien qui nous attire. Et pourquoi ne pas dire immédiatement ce qu'il y a de plus fort? Pourquoi me Lorner à vous représenter ses prospérités éteintes et Bes i" mpes évanouies? C'est le monde lui-même qui se meurt , qui penche vers la tombe et rend déjà le dernier soupir. Pourquoi ie 'M- 1 puiser à signaler la fin de ses grandeurs et de ses joies, quand c'est lui-même qui huit évidemment à nos yeux? Et ne disons pas que ses biens et ses forces lui échappent avant le temps ; car sa défaillance est bien réellement l'effet de sa décrépitude. Le dernier âge du monde est plein d'infirmités et de douleurs, aussi bien que la vieillesse de l'homme. Et n'avons-nous pas vu de nos jours, toutes les perturbations de la vieillesse, les famines, les épidémies, les guerres, les calamités publiques et privées, les tremblements de terre, le dérangement des saisons, les enfantements monstrueux? Or qu'est-ce que cela, si ce n'est le prélude de la chute du siècle? Il précipite sa course, et le voilà qui tombe d'épuisement! C'est ce qui vous est montré, non-seulement par faibles paroles, mais encore par l'autorité même de l'Apôtre, puisqu'il pouvait déjà dire de son temps, I Corinlh. x, 11 : « Nous qui sommes venus a la fin des siècles. »
11 y a bien des années que ces choses ont été dites, quelle confiance dès lors pouvons-nous maintenant avoir? Le dernier jour
\ S M.imi.v SOW PARENT.
viciii en toute bâte; el je ne dis pas notre dentier jour a nous, mais bien celui du monde. La morl du genre humain , aussi bien que la nôtre en particulier, est à chaque instant suspendue sur n08 tètes ; c'est ce que mms dénoncent les périls publies el privés . oui bous menacent chaque jour. Homme deux foie misérable, je porte sur moi Les terreurs de la mort du siècle, comme si ce n'était pas assez d'être sans cesse en proie à la crainte de ma propre mort! Pourquoi dissimuler notre épouvante? Il n'est pou* nous aucune sécurité; nous n'avons aucun moyen d'échapper ni à notre mort individuelle, nia celle de l'humanité. Bien déployable est donc, surtout à l'heure présente, la condition des hommes mondains, dans cet ébranlement universel des choses, dans cette ruine imminente de l'univers. Ils ne peuvent plus jouir des biens visibles, qui s'écroulent sous leur main; ils ne sauraient se consoler ave. l'espérance des biens à venir, paire qu'ils ne les méritent pas. Le plaisir de la vie passe comme une ombre, en vain s'elforeent-ils de le saisir au passage; ils n'aspirent pas au bonheur de la vie future , sachant bien qu'ils n'ont aucun droit de le posséder. Les biens temporels leur échappent , ils perdent les biens éternels. Ils ont bien peu de chose sur la terre, ils n'ont aucun titre à la possession du ciel. Non, rien n'est déplorable, rien n'est malheureux comme une telle situation, si l'homme ne fait servir cette cruelle nécessité à ressaisir le trésor de la vertu, en donnant un autre cours à ses affections, en rentrant dans la voie qui conduit à la félicite suprême. Pour quiconque refuse de prendre ce parti, tout est perdu , et le bien qu'il désire , et le bien dont il ne connaît pas le prix.
Mais alors même qu'on pourrait jouir des biens d'ici-bas et que ces biens seraient de quelque valeur, comme se le persuadent les partisans du monde, ne vaut-il pas mieux avoir l'espérance assurée d'un bien infini, que la possession actuelle d'un bien restreint et misérable. Laissez-moi vous montrer cela par un exemple : Si un grand seigneur promettait à un homme pauvre de lui donner à son choix, ou bien cinq pièces de monnaie le jour même, ou -cinq cents le jours suivant; un vase de cuivre aujourd'hui, un vase d'or demain, quel est celui qui n'accepterait un si court dé-
lai, pour obtenir l'objet Le plus précieux? Considérez donc la brièveté de la vit- présente, et n'allez pas vons contenter (l'une chose vile, quand VOUS pouvez en obtenir une qui sera d'une inestimable valeur. Le monde n'a plus rien à nous donner que ce que nous voyons, ce «pie nous avons déjà reçu de lui; n'espérons pas qu'il puisse nous donner quelque chose de plus précieux; car ce que nous possédons déjà, ne saurait plus être l'objet de notre espérance. Les biens a venir, au contraire, dépasseront tous les dénrs dont notre cœur est maintenant capable; or, encore une fois, une telle espérance vaut mieux que toutes les possessions terrestres. Celui qui serait d'un autre sentiment, jugerait bien mal les choses de la terre ; il les a tellement sur les yeux qu'il ne peut pas les voir. En effet, l'expérience nous apprend que nous ne distinguons plus l'objet qui touche immédiatement notre œil ; que cet objet soit placé à une certaine distance , et nous le percevons alors d'une manière claire et distincte.
C'est ce qui nous arrive par rapport aux biens de ce monde ; nous y sommes tellement attachés qu'ils offusquent notre entendement, ce qui nous met hors d'état de les connaître ; tandis que nous pouvons mieux juger des biens célestes, par la raison qu'ils sont placés loin de nous. Non , l'espérance de ces biens à venir n'est pas une vaine espérance ; nous en avons pour garant Notre- Seigneur Jésus-Christ lui-même, et rien n'est plus sûr que sa promesse. Il a promis à ceux qui se feraient pauvres pour lui, à ceux qui renonceraient au monde, le royaume des cieux, les incomparables richesses de l'éternité. Et pour nous donner une sécurité complète, il est venu de sa propre personne traiter avec nous, dans L'ineffable mystère de son incarnation. Unissant la nature humaine avec sa nature divine, se posant comme médiateur entre Dieu et les hommes, en vertu de ses deux natures réunies dans une même personnalité, il nous a rétablis dans l'amitié du Père; et par le mystère de sa passion, mystère dont nous ne pourrons jamais pénétrer toutes les profondeurs, il nous a délivrés de la dette effrayante qui pesait sur nous. C'est par l'Esprit-Saint, selon la remarque du grand Apôtre, qu'a été manifestée l'incarnation du Verbe ; c'est par sa vertu qu'il a été conçu, révélé aux
A VAI l Kl! V SON PARENT. SOI
anges, prêché aux nations, cm par tout L'univers, élevé enfin an comble de la gloire. Voilà pourquoi le Père éternel Lui a donné un nom a i-dessus de loua les noms ; si bien que toutes Les créatures, au ciel , sur la terre, dans t<>us les abîmes de la mer el enfers, reconnaissent que Jésus-Chris! esl le roi immortel des
siècles.
Voulez-vous participer à sa gloire, le posséder lui-même dans votre cœur, laissez là les doctrines des philosophes, qui ont été jusqu'ici L'objet de vos études et de vos travaux; consacrez désormais toutes vos heures de loisir et toutes les forces de votre àme à la doctrine du Christ. Ne craignez pas que votre esprit y soit à l'étroit, elle ouvrira un vaste champ à votre pensée. Goûtez-la seulement, et bientôt vous aurez compris, j'en ai la certitude, de combien la divine science et l'amour divin L'emportent sur les préceptes de la philosophie humaine. Ici vous n'avez rencontré, j'ose le dire, que la contre-fan m de la vertu, une pâle copie de la sagesse; tandis que dans la doctrine de l'Evangile vous découvrirez la perfection même de la justice et la substance de la vérité. J'affirmerai doue sans crainte que les sages du monde ont usurpé le nom de philosophes, et que les disciples du Christ en ont embrassé la vie. Dites-moi, je vous prie, quels préceptes peuvent donner pour la conduite de la vie ceux qui ne connaissent pas même l'auteur de la vie? Ignorant Dieu, ne sachant pas se guider euxmêmes dans les sentiers de la justice, comment pourraient-ils y conduire les autres connue par la main ? Ils se trompent déjà dès le principe, ils errent à leur point de départ ; comment pourraientils ensuite rencontrer le droit chemin, et n'est-ce pas en vain qu'ils s'efforcent d'avancer?
C'est ce qui parait d'une manière évidente à celui qui les observe de près. Ceux d'entre eux qui ont posé les plus beaux principes de morale, n'ont réellement en vue que l'orgueil ou la vanité; et de la sorte, tandis qu'ils combattent les vices et travaillent aies extirper, ils sont encore le jouet d'un vice. Voilà les hommes dont il est écrit qu'ils savent uniquement les choses terrestres ; la terre est l'objet de leurs discours, elles est aussi l'objet de leurs
LETTRE DE SAINT BUCHER, proposant qu'une telle fm, ils ne sauraient jamaii parvenir à la véritable sagesse, ni posséder La véritable vertu. Serait-ce par hasard un disciple d'Aristippe qui pourrait enseigneo la doctrine delà véritél .Mais il ne porte passes regards plus haut que ne le font les animaux immondes j puisqu'il met la félicité de lTioinme dans les plaisirs corporels, se taisant un Dieu de son ventre, ne cherchant la gloire que dans l'ignominie? Quel est celui qui prononcerait sur le juste et l'honnête, alors que sa philosophie ne tend qu'à glorifier la gourmandise, la fornication et l'avarice? Mais nue autre occasion peut s'offrir d'attaquer les hommes qui professent d'aussi dégradantes doctrines. Venons-en à ceux dont les principes sont plus avouahles et plus propres à satisfaire votre esprit : car mon désir est de vous dégoûter de ces leçons indécises et vagues qui n'ont pour fondement que la science humaine, et de vous amener à l'étude de nos saints docteurs, de ceux en particulier qui nous présentent la vérité dans toute sa force et dans toute sa grâce. Là vous trouverez à désaltérer pleinement votre cœur, vous boirez à longs traits l'eau pure dont les sages du monde n'avaient fait que mouiller vos lèvres.
Il est bon que j'entre ici dans quelques détails. 11 y aura des principes qui vous paraîtront les mêmes ; mais ils ne vous seront pas présentés sous le même jour. Dans les livres de nos maîtres, ils auront pour effet de vous inspirer la foi aux promesses divines. La parole de Dieu est telle qu'on ne saurait l'entendre si on n'y croit pas. Là il vous sera dit que si vous reconnaissez Dieu pour votre père, vous devez l'aimer de tout votre cœur. Vous y apprendrez quels sacrifices sont agréables à Dieu. Ces sacrifices ne sont autres que la justice et la miséricorde. Voici encore ce que vous y lirez : Si vous vous aimez vous-même , aimez aussi votre prochain ; car vous ne trouverez nulle part votre propre avantage comme dans le bien que vous ferez à vos semblables ; au fond rien de plus juste ; tout comme il n'y a rien qui vous soit plus funeste à vous-même que de nuire injustement aux autres. Concernant le vice impur, il vous sera dit : Résistez à la luxure, ne vous laissez pas vaincre par une passion qui se jouerait de vous après vous avoir flétri. Pour combattre en vous la cupidité, on vous tiendra
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œ lang ige : Plus heureux est celui qui ne désire rien que celui qui possède ce qu'il désire. La colère à Bon tour vous sera repré- Bentée comme une passion tyrannique, dont il faut secouer le joug si on veut jouir de quelque repos; car enfin celui qui s'emporte en toute occasion vivrait dans un emportement continuel, si de uouvelles occasions se présentaient sans cesse a lui. On vous prescrira d'aimer vos ennemis eux-mêmes, en vous disant : Aimez eelui qui vous hait, si vous désirez faire quelque chose de plus que les méchants, puisque les méchants aiment ceux qui les aiment. Le devoir de secourir les pauvres ne sera pas oublié : Celui-là garde liien ses richesses, vous sera-t-il dit, qui les répand dans le sein des pauvres ; on ne saurait plus les perdre quand on les a ainsi placées en lieu sur. Vous trouverez là des leçons de perfection, telles que celle-ci : Le plus beau fruit du mariage, c'est la chasteté. Vous comprendrez encore pourquoi les calamités de ce monde tombent sans distinction sur les bons et les méchants. Vous demeurerez également convaincu que les vices qui dégradent l'âme sont un plus grand malheur que les souffrances qui tourmentent le corps. Voici comment on vous exhortera à la patience : La ressemblance des caractères, d'où naît ordinairement l'amitié, est pour les impatients une occasion de discorde. On vous apprendra à tirer profit des travers mêmes des hommes , en vous disant : Pour celui qui est éclairé de la véritable sagesse, les bons et les mauvais exemples sont également avantageux : les premiers lui montrent ce qu'il doit faire ; les seconds ce qu'il doit éviter. Vous sentirez augmenter en vous le sentiment de la reconnaissance envers le Seigneur , en apprenant que son amour infatigable nous comble sans cesse de bienfaits, même à notre insu. Vous en conclurez que cet amour s'exerce en secret autant que d'une manière ostensible; que vous ne devez pas moins lui rendre grâce dans l'infortune que dans la prospérité, en reconnaissant que vous avez mérité l'une et que vous n'avez aucun droit à l'autre. Vous comprendrez que la divine Providence s'étend à tout dans l'univers; que l'homme est parfaitement libre, et que ses actions procèdent de sa propre volonté. De là vient que les lois humaines elles-mêmes châtient les malfaiteurs et décernent une tom. x. 38
récompense aux gens du bien. Or, ce n'est là qu'une faible image de la justice divine; c'est elle surtout qui doit rendre à chacun selon ses œuvres, sinon dans le temps de la vie présente, du moins au jour du dernier jugement.
C'est parce qu'ils ignorent ces choses que les hommes accusent Dieu d'injustice, voyant qu'il permet que les méchants prospèrent ici-bas, et que les bons soient affliges. Daigne le ciel éloigner de vous une telle pensée ! Et pour qu'il en soit ainsi , pour que vous persévériez dans la crainte de Dieu, nos saints docteurs vous diront : Ce que vous ne voulez pas laisser voir aux hommes, ne le faites pas; ce que vous voulez cacher aux yeux mêmes de Dieu, ne le pensez pas. Ils couperont court à toute injustice, en vous montrant que c'est un plus grand malheur pour l'homme de tromper les autres que d'être lui-même trompé. Ils feront une guerre mortelle à l'orgueil, en vous tenant ce langage : Plus vous avancerez dans la vertu, plus vous devez fuir la vaine gloire; car tous les vices se corroborent les uns par les autres , tandis que celui-là trouve son aliment dans les bonnes œuvres elles-mêmes.
Tels sont, parmi tant d'autres que je pourrais citer, les principes philosophiques magnifiquement enseignés par nos docteurs chrétiens; tels les fondements de leur utile et sublime doctrine. Si vous prêtez une oreille docile à leurs leçons , ils vous mèneront encore plus loin dans le chemin de la vertu. Si vous remontez ensuite à la source pure de tous ces enseignements, si vous ouvrez nos divines Ecritures, vous y découvrirez les plus précieux trésors , les plus étonnantes merveilles ; ce qui brille au dehors n'est rien en comparaison du sens profond qu'elles renferment. Les textes de nos Livres saints resplendissent aux yeux de l'àme comme autant d'escarboucles aux lumineux reflets. Il faut que votre esprit se familiarise avec cette divine lumière ; c'est de ce céleste aliment que vous devez nourrir votre âme. 11 en sera ainsi, je l'espère; la miséricorde du Seigneur vous dégoûtera de ce qui vous a captivé jusqu'à ce jour, et vous inspirera le goût delà science chrétienne; vous repousserez la vanité, pour vous jeter entre les bras de la vertu. Hien imprudent est l'homme qui refuse de s'appliquer à des exercices aussi nécessaires au bien de son àme, quelle que
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soi! La peine qu'il peut y trouver. Quoi 1 I-'- Seigneur aurait accompli pour nous de si grandes œuvres, il aurait toul t'ait pour procurer notre bonheur ei notre gloire, el nous demeurerions dans L'indifférence ei 1 1 torpeur! Que peut-il y avoir de plus important pour nous que de nous consacrer au service de notre Dieu, reconnaissant enfin les droits qu'il a surtout notre être; d'aspirer à La véritable félicité , en dédaignaul tous les faux plaisirs du siècle; de diriger au ciel tous Les sentiments de notre cœur, en foulant aux pieds toutes Li s choses de la terre !
Courage donc, mon cher Valérien, et désormais que Dieu seul soit le but de vos œuvres et de vos paroles. Que l'innocence soit la Inlèle compagne de votre vie; elle en sera la protectrice et la gardienne. Ne redoutez pas trop les chaînes de vos anciennes habitudes; avec le secours d'en haut, avec un peu de courage et de constance, vous ne tarderez pas à les briser. Confiez- vous sans crainte à ce médecin qui saura d'autant mieux vous guérir et vous rendre la plénitude de la vie, qu'il peut modifier à son gré la complexion même d'un être qu'il a créé. Il mettra le comble à sa miséricorde, en couronnant des œuvres que vous aurez accomplies par le "secours de sa propre puissance. Quand je parle de couronne j'entends celle de l'éternité. Notre Ame ne saurait ici -bas en comprendre l'excellence ; non , l'esprit humain ne peut pas concevoir la grandeur des biens qui nous ont été préparés. Si la magnificence divine a répandu tant de bienfaits sur les hommes durant le cours même de cette vie, s'ils jouissent de cette douce lumière des deux, si les rayons du soleil brillent également pour le juste et l'injuste, s'ils peuvent tous sans distinction user des créatures, si le monde présent est indifféremment leur domaine, si le Seigneur, en un mot, a tant fait pour des êtres à qui rien n'était dû , quelle ne sera pas sa générosité quand il s'agira de récompenser le mérite ? Un Dieu si libéral dans ses dons , ne le sera-t-il pas mille fois plus en payant ses dettes ? Sa largesse actuelle nous laisse à peine entrevoir celle du suprême rémunérateur de la vertu. Nul ne pourrait dire quels sont les biens que Dieu réserve à ceux qui l'ont aimé , la gloire et le bonheur dont il les comblera dans la patrie céleste.
Levai donc les yeux, et de cet océan de pensées et d'affaires Iles où vous êtes comme perdu, regardez le port tranquille où la religion vous attend; tournez de ce côté la proue de votre navire. C'est là seulement que vous échapperez aux périls Me mer orageuse; c'est là que vous trouverez le repos après les labeurs et les tourmentes du siècle. Il n'est pas d'autre asile, il u'est pas d'autre espoir pour les hommes fatigués des orages de la vie. On n'entend plus ici les affreux mugissements des flots, et l'agitation des ondes ne se fait plus sentir dans cet heureux
"Ui\ Un ciel pur et serein, un calme inaltérable y régnent à jamais. Venez oublier ici les dégoûts et les amertumes du passé, jetez-y l'ancre de l'espérance, repliez votre voile autour de la croix du Sauveur! et respirez enfin avec une complète sécurité.
Mais il est temps de m'arrèter, j'ai déjà dépassé les limites d'une lettre. Faites bon accueil , je vous en conjure, à ce rapide abrégé des préceptes divins, à ces quelques épis glanés dans le vaste champ des Ecritures. Je ne me suis proposé que la gloire du Seigneur et le bien de votre âme; pardonnez aux défauts qui pourraient s'être glissés dans ce rapide travail.