LIVRE PREMIER, CHAPITRE IV
d'amour, qui leur révèle de plus en plus La nature divine. Ah! qui ne Berait comme abîmé sous le coup de ces étonnantes merveilles, submergé par Les vagues de cet océan sans limites, perdu dans ces abîmes de compatissante bonté? Qui ne serait comme jeté hors de Lui-même, ainsi que le fut Moïse quand Dieu lui montra sur la montagne la figure anticipée de ce mystère, à la vue de laquelle le Prophète ne cessait de crier : « 0 miséricorde, ô pitié, ô souffrance ! o Dieu d'amour et de bonté ! » Et il ne savait que proclamer ainsi la grande miséricorde dont Dieu venait de lui présenter la figure. Qui ne se couvrirait les yeux à ce spectacle, comme le fit le prophète Elie, quand il vit passer Dieu, non dans l'éclat de sa majesté suprême, mais sous les voiles d'une profonde humilité ; non avec cette puissance qui transporte les montagnes et brise les rochers, mais succombant, au contraire, sous les outrages des méchants et brisant les rochers par le spectacle de ses douleurs? Mais en fermant ici les yeux de l'intelligence, incapables de comprendre ce mystère de bonté, qui n'ouvrirait son cœur pour y recevoir les douces impressions d'un amour si prodigue de luimême ; qui ne s'efforcerait de lui rendre un amour sans restriction et sans mesure ? 0 abîme de charité et d'humilité ! ô miséricorde Infinie î ô incompréhensible bonté !
Mais si je vous suis à ce point redevable, Seigneur, pour m'avoir racheté, que ne vous dois-je pas pour la manière dont vous avez accompli cette œuvre ? Pour me racheter vous avez enduré d'indicibles souffrances et les abaissements les plus profonds ; vous avez voulu être l'opprobre des hommes et le rebut de l'univers. De vos ignominies, vous m'avez fait un incomparable honneur, de vos accusations, une inébranlable défense, de votre sang, un bain salutaire ; votre mort m'a redonné la vie , et par vos larmes vous m'avez délivré des larmes éternelles et de l'éternel grincement de dents. 0 tendre Père , combien n'avez-vous pas aimé vos enfants! 0 bon pasteur, qui vous donnez vous-même pour aliment à vos brebis! 0 gardien fidèle, qui vous dévouez à la mort pour défendre le dépôt qui vous a été confié ! par quel don pourrai-je reconnaître un tel don? Quelles larmes vous donnerai-je en retour de vos larnies? Quelle vie pourra jamais payer votre vie? Qu'est
6d I v r.nnE DES PÊCHEURS.
ki fie de l'homme, en effet, en comparaison de la vie de Dieu? Que Boni Les larmes d'une créature en présence des larmes versées par le Créateur?
N'allé/, pas vous imaginer, ô homme, que votre dette envers lui u'.-t pas tellement grande, par la raison qu'il n'a pas souffert pour vous seule! qu'il a souffert en même temps pour tous les hommes;
- îait là une triste illusion. En réalité il a souffert pour tous de manière à souffrir également pour chacun. Sa science infinie rendait présenta à sa pensée tous ceux pour lesquels il endurait ses souffrances, comme s'il s'était dévoué pour un seul ; et son immense charité, en s'étendant à tous les hommes, les embrassait chacun en particulier ; il a versé son sang pour chacun comme pour tous. Sa charité pour nous était si grande qu'en supposant qu'un homme seul fût tombé dans le péché , il eût souffert pour lui , disent les saints Docteurs, ce qu'il a voulu souffrir pour tous les hommes. Tâchez de comprendre par là ce que vous devez à un Maître qui a tant fait pour vous, et qui eût fait encore davantage s'il l'avait fallu pour votre bien.
Que toutes les créatures réunies me disent maintenant si l'on peut concevoir un plus grand bienfait, une obligation plus grande, une grâce supérieure à cette grâce. Que tous les chœurs des anges me disent si le Seigneur a fait pour eux ce qu'il a fait pour nous. Qui ne se consacrera donc sans réserve au service d'un tel Maître ? Saint Anselme s'écrie : « Je vous dois trois fois tout ce que je suis, ô mon Dieu : Vous m'avez créé, et je vous dois à ce titre tout ce qui est en moi ; vous m'avez racheté, et c'est un second titre qui confirme et redouble cette dette; vous m'avez promis de vous donner •i comme mon éternelle récompense, je me dois donc encore une fois tout à vous. Comment ne me donnerai-je pas, une bonne l'ois du 1 1 1 < > î 1 1 s . a celui qui a sur moi tant de droits irrévocables? 0 ingratitude, ô dureté du co'ur humain ! Se peut-il qu'il résiste à emblables bienfaits? Il n'est chose si dure qui ne se ramollisse par quelque moyen. Les métaux cèdent à l'action du feu; le fer est façonné dans la forge; la dureté du diamant est domptée par le