LIVRE PREMIER, CHAPITRE V T'i
même en disant : « Si quelqu'un m'aime, il gardera mes commandements; et mon Père L'aimera aussi, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. » Joan. xiv, 23.
Tous les docteurs de L'Eglise , et tous les théologiens avec eux . induisent rigoureusement de ces paroles que L'Esprit-Saini réside d'une manière toute spéciale dans l'âme de celui qui a été justifié. Ils distinguent entre l'Esprit-Saint lui-même et les dons qu'il répand ; non-seulement, disent-ils, L'âme justifiée reçoit les dons du Saint-Esprit, mais elle reçoit encore l'Esprit-Saint lui-même. En entrant dans cette âme, il la transforme en un temple magnifique ; c'est lui-même qui en fait la pureté, la sainteté, l'ornement, par les dons précieux dont il la comble; elle devient ainsi une habitation digne d'un tel hôte.
A tous ces bienfaits il faut en ajouter un plus merveilleux encore, c'est que tous les justifiés deviennent les membres vivants du Christ , de membres morts qu'ils étaient auparavant, ne recevant plus alors ses divines influences. De là naissent de grandes prérogatives et de nouvelles grandeurs : le Fils de Dieu les regarde comme ses propres membres ; c'est ainsi qu'il les aime , ainsi qu'il leur donne ses soins , et il ne cesse de répandre en eux sa propre vertu , c'est-à-dire sa propre vie , comme la tête la fait circuler dans les membres. 11 suit encore de là que le Père éternel les regarde avec des yeux de tendresse , puisqu'il voit en eux les membres vivants de son Fils unique, unis, incorporés à ce divin Fils par la participation du même Esprit. Leurs œuvres dès lors sont agréables à ses yeux, ont droit à ses récompenses ; car n'estce pas le Fils de Dieu qui accomplit en eux et par eux tout le bien qui existe dans leur vie?
Lue telle dignité fait que lorsqu'ils demandent à Dieu quelque grâce , ils la demandent avec une entière confiance , n'ignorant pas qu'ils ne sont pas tout seuls l'objet de leur prière , mais qu'ils prient, en quelque sorte, pour le Fils de Dieu lui-même , puisque c'est à lui que revient l'honneur de tout le corps. De même , en eifet, que le bien que l'on fait aux membres, rejaillit spécialement sur la tète , du moment où le Christ est leur chef, il est évident qu'ils ne sauraient se séparer de lui dans l'objet de leurs prières.
M) l.\ i,i îDi; DBS PÉCHEURS.
S'il est vrai, comme l'Apôtre l'atteste, 1 Corinth. vi, 15, que ceux qui pèchent contre les membres du Christ, pèchent contre le Christ lui-même; s'il est vrai que le Christ regarde comme dirigea contre lui-même les persécutions dont ses membres sont l'objet, ainsi qu'il l'a «lit à ce même Apotiv . quand celui-ci persécutait l'Eglise, A< l. i.\ , faut-il s'etouuer que le Christ se trouve également honoré dans ses membres? Les choses étant ainsi , quelle confiance ne doit pas accompagner le juste dans sa prière ! Quand il se présente aux pieds du Père éternel , c'est comme si son Fils bi.'ii-aime s'y présentai! lui-même ; car enfin , nous le savons, la grâce qu'on accorde à l'un par amour pour un autre , est censée principalement faite , non à celui qui la reçoit , mais à celui pour l'amour de qui on l'accorde. C'est ainsi qu'en venant au secours du pauvre par amour pour Dieu , ce n'est pas tant le pauvre que Dieu lui-même, qu'on sert.
Mais il est un bienfait qui s'élève au-dessus de tous les autres , par rapport auquel tous les autres sont coordonnés, et que pour cela nous mettons ici en dernière ligne ; c'est le droit qu'obtiennent les justifiés de posséder un jour la vie éternelle. Notre grand Dieu, en qui brillent du même éclat et dans une harmonie parfaite , la justice et la miséricorde, condamne tous les pécheurs impénitents à des châtiments éternels, mais aussi ouvre l'accès de l'éternelle vie à tous ceux qui font vraiment pénitence. 11 eût pu pardonner aux hommes leurs péchés, les admettre à son amitié, les enrichir de sa grâce, sans les élever à la participation de sa gloire ; ce n'est pas ainsi qu'il a voulu en agir envers eux. Ceux auxquels il a misêricordieusement pardonné, il les a justifiés aussi ; ceux qu'il a justifiés, il les a faits ses enfants ; et ceux qu'il a faits ses enfants, il les a faits ses héritiers, il les a rendus participants de son héria lui et des biens qui lui sont communs avec son Fils unique. E1 de là nait la vive espérance qui les soutient et les réjouit dans toutes leurs tribulations; ils opposent à tous les maux de la vie présente la perspective de cette incomparable félicité. Au sein des plus profondes angoisses, assaillis par toutes les infirmités et toutes Les misères d'ici-bas, ils savent à n'en pas douter que tous les tourments de la terre ne sauraient entrer en comparaison avec