‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 52 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE VII

de leur vie, beaucoup d'entre eux seul saisis de sombres terreurs, le découragemenl s'empare de leur âme à ici point qu'ils se croient abandonnés el repoussés déjà par la divine miséricorde. Ils sont encore au milieu du jour, c'est-à-dire dans les limites de la vie , qui est le temps de mériter et de démériter ; et il leur semble que pour eux il n'y a plus ni mérite ni démérite possible, et que l'horizon leur est fermé de toutes parts.

Puissante est la passion de la peur; des choses les plus petites elle fait de grandes choses , elle rend présents les objets les plus éloignés. Or , si cela est vrai quelquefois d'une crainte même légère, (pie ne fera pas alors la terreur d'un danger si terrible et si prochain? Ils voient bien qu'ils sont encore en possession de la vie , que leurs amis les entourent ; et néanmoins il leur semble que les douleurs de l'éternelle damnation ont déjà commencé pour eux. C'est comme s'ils étaient en même temps dans le sein de la vie et de la mort. Les biens présents qu'ils vont quitter, les déchirent et les tourmentent ; et les maux à venir qu'ils pressentent, ils les éprouvent déjà. Ils tiennent pour des êtres fortunés ceux qui demeurent encore sur la terre , et cette sorte d'envie augmente encore leur douleur. Oui, dans ce moment , le soleil se couchera pour eux au milieu du jour; car de quelque côté qu'ils portent les yeux , il leur semblera que de toutes parts le chemin du ciel leur demeure fermé, et que l'horizon ne leur présente plus un seul point lumineux. S'ils pensent à la miséricorde de Dieu , ils savent aussi qu'ils n'y ont plus aucun droit ; et s'ils pensent à sa justice, ils la regardent comme pouvant à tout moment éclater sur leur tête. Ils ne sauraient se le dissimuler , jusque-là c'était le jour de l'homme, et maintenant commence le jour de Dieu. S'ils portent leurs regards sur la vie écoulée, elle n'a qu'une voix pour les accuser ; s'ils songent au moment présent, que voient-ils, si ce n'est qu'ils se meurent? S'ils les portent un peu plus avant, ils croient apercevoir le Juge suprême qui les attend sur son tribunal. Au milieu de tant d'objets effrayants ou lamentables , que faire, encore une fois ? où se réfugier ?

Le texte sacré va plus loin ; il dit que pour eux la lumière se changera en ténèbres au milieu de la clarté du jour ; ce qui si-

gniôe que l»*s choses qui leur étaient auparavant le sujet de la plus grande joie, leur seront maintenant la source des plus poignantes douleurs. Bien douce est pour l'homme qui jouit de la vie,

la vue de ses enfants et de ses amis, de sa maison et de sa fortune, de tout ce qu'il aime enfin. Eh bien, eette douée lumière se ebanalors en ténèbres, puisque toutes ces choses alors feront la honte et le supplice de Leurs coupables adorateurs. Si la possesmoii et la présence de l'objet aime est une cause d'allégresse, son éloignement et sa perte doit par là même être une cause de douleur. C'est pour cela qu'on dérobe à un père mourant la vue de enfants bien-aiméa ; c'est pour cela que la tendre épouse dis- ; irait et se cache quand le moment suprême est arrivé , afin de iistraire à l'échange fatal de si cruelles impressions. Ah! c'est que l'homme s'engage alors dans une route inconnue , il part pour un si Lointain voyage , que la douleur n'a plus ni bornes ni m- -ure; il n'a ui le courage ni le temps de dire à ses amis un dernier adieu. Si jamais vous vous êtes trouve dans une semblable situation, vous rendrez aisément témoignage à la vérité de toutes mes paroles ; et si vous n'avez pas encore été soumis à cette épreuve, croyez en à l'expérience de ceux qui sont passés par là. « C'est à ceux qui ont nav gué sur la mer, dit le Sage , Eccli. xliii, -2u, à nous en raconter les dangers. »

Si telles sont les circonstances qui précèdent le départ , que seront celles qui doivent le suivre? Si telle est la veille de ce grand jour, que sera ce jour lui-même? Aussitôt après la mort vient ce terrible compte que nous devons rendre de la vie, et le sombre tableau du jugement de Dieu. Ce que ce jugement doit avoir de formidable, ne le demandez pas aux hommes qui vivent selon l'esprit et les meeurs de ce siècle. Ceux-là sont comme les malheureux habitants de l'Egypte, plonges dans d'épaisses ténèbres, frappés d'un déplorable aveuglement, jouets des plus funestes erreurs. Demandez-le aux saints, à ceux qui demeurent dans la lei iv de Jessé , ou resplendit la lumière du jour véritable. Ceux- Ja vous diront, non-seulement par leurs paroles , mais encore et

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