‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 54 sur 308 · LIVRB PREMIER, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRB PREMIER, CHAPITRE VII

la tiédeur et la négligesee, en voyanl dans quelle incertitude ce moment a plongé des hommes aussi vertueux..

Si vous un- demandes maintenant quelle est la cause de ces profondes terreurs éprouvées par Les saints , c'est sainl <ùvgoire qui vous répondra pour moi ; a Les hommes adonnés à la pratique de la sainteté, considérant avec attention quelle est la justice du souverain Juge qui (luit décider de leur sort, remettant chaque jour sous leurs yeux le ternie de leur existence, ne cessent de rechercher en eux-mêmes ce qu'ils pourront répondre aux diverses questions qui leur seront alors posées. Et si par bonheur ils se trouvent exempts de toutes les mauvaises actions qu'ils eussent pu commettre, ils se demandent avec crainte s'ils le sont aussi des mauvaises pensées qui ont coutume d'assaillir le cœur humain. S'il est relativement facile de vaincre les tentations qui nous entraîneraient à des œuvres coupables , l'est-il donc également de remporter une continuelle victoire dans la guerre qui nous est faite pas les mauvaises pensées? Ils ont toujours craint les secrets j ugements de ce Juge inflexible ; mais ils les craignent surtout quand arrive le moment de payer l'inévitable dette de la nature humaine, et de comparaître au tribunal de Dieu. Et cette crainte augmente quand l'àme se dégage déjà des entraves de la chair ; car alors les vaines pensées de la terre , les fantômes trompeurs de l'imagination disparaissent à nos regards, et aucune des choses du siècle ne se présente plus à l'esprit de celui qui n'appartient pour ainsi dire plus à ce siècle. De telle sorte qu'au moment de la mort , l'homme ne voit plus que deux choses, lui-même et puis Dieu, en présence de qui il se trouve déjà ; tout le reste disparaît comme un vain songe et s'ensevelit dans la nuit de l'oubli. Si l'on ne se souvient pas alors d'avoir omis de pratiquer le bien dont on avait la connaissance , on redoute encore d'avoir omis celui qu'on ne connaissait pas ; car quel est l'homme qui se connaît parfaitement, et qui se juge avec une impartialité complète? C'est pour cela que les terreurs de la conscience se réveillent avec plus de force que jamais et viennent nous assaillir d'une manière plus accablante , à l'heure de la mort. » Mural, xxiv, 16 et 17. Yoilà comment s'exprime le grand

docteur que nous venons de nommer. C'en est assez pour noué foire comprendre à quel point cette heure et ce jugement sont plus redoutables que les mondains n'aiment à se tes représenter. Or, si le jugement de Dïeu doit s'exercer avec tant de rigueur, s'il saints Le sujet d'une si profonde et si juste

crainte, quels doivent être 1rs sentiments, quelle doit être la conduite de «eux qui sont loin d'être saints? Que deviendront les hommes dont la vie presque tout entière a été connu. • absorbée par les vanités de ce monde? les hommes qui tant «le fois ont méconnu la puissance de Dieu ? les hommes qui ont vécu dans un tel oubli de leur salut éternel, et qui ont tenu si peu compte de la préparation qu'il fallait apporter à cette heure suprême? Si le juste est saisi d'une telle frayeur, que ne doivent pas éprouver le pécheur et l'impie? Que deviendra le roseau du désert, quand le oèdre du Liban est si profondément ébranle ? « Kt si , dit le Prince des apôtres, le juste est à peine sauvé, quel espoir reste-t-il au malheureux pécheur? » I Petr. iv, 18.

bites-moi, si vous le pouvez , quelles seront les impressions de votre âme à ce moment solennel , lorsque séparée du corps elle paraîtra tout à coup au j ugement de Dieu, seule, pauvre et dénuée de tout secours, sans autres défenseurs que ses bonnes œuvres, Bans autre compagnie que celle de sa propre conscience 1 Avez-vous pesé la question qui doit se débattre à ce redoutable tribunal? ce n'est plus celle d'une vie fragile et temporelle; c'est bien encore une question de vie ou de mort, mais d'une vie ou d'une mort éternelle. Et si dans la marche de ce jugement vous vous êtes trouvé insolvable à l'égard de la justice divine, à quelles étranges défaillances votre cœur ne sera-t-il pas livré? Quelle ne sera pas votre confusion, et quel sera votre tardif repentir ?

Grande fut la surprise et profond l'abattement des princes de Juda, quand ils virent l'épée vengeresse de Sésac , roi d'Egypte , voler à travers les places de Jérusalem , et quand , par la rigueur du châtiment qui leur était alors infligé, ils purent juger du crime de leurs erreurs passées. Mais qu'est-ce que tout cela en comparaison do trouble et de la honte qui saisiront les méchants, au jour de la justice ? Que feront-ils? à qui demanderont-ils un-

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