PROLOGUE DE L'AUTEUR
Il y a peut-être quelque chose de supérieur à tous ces témoignages, et qui semble devoir agir avec plus d'efficacité sur un entendement quelconque : c'est la volonté même de Dieu exprimée par la bouche de Moïse. Celui-ci , après avoir proposé et manifesté au peuple la loi du Seigneur , ajoute : « Ces paroles que je vous transmets <ii ce jour, demeureront gravées dans votre cœur ; vous les enseignerez à vos enfants ; vous y penserez en entrant dans votre maison, en marchant dans les chemins, en vous couchant et en vous levant. Vous les lierez comme un signe à votre main , vous les porterez comme un mouvant tableau devant vos yeux. Vous les écrirez sur le seuil et sur les poteaux de la porte de vos maisons. » Dent, vi, b' et seq. Je ne sais s'il pourrait y avoir des paroles plus significatives et plus pressantes pour recommander à l'homme l'étude et la méditation de la divine loi.
Comme si cçla ne suffisait pas encore , un peu plus loin dans le même livre , cap. xi, le saint législateur renouvelle la même recommandation, et dans les mêmes termes, chose qui se voit rarement dans l'Ecriture ; tant cet homme divin , cet homme qui s'entretenait avec Dieu face à face , avait à cœur de graver profondément dans le nôtre la nécessité d'avoir toujours présente à l'esprit la loi de Dieu. C'est qu'il savait bien à quel point nous sommes obligés de nous appliquer à cette étude , et les inestimables avantages qui doivent en résulter pour nous. Or qui ne voit aisément combien la lecture des bons livres peut aider à cette continuelle méditation que nous demande ce grand prophète? Sous différentes formes et par diverses voies , ces livres traitent constamment de l'excellence et de la beauté de la loi divine , et du devoir qui nous incombe de l'accomplir. Sans la doctrine que l'on puise dans les bonnes lectures , quel fondement, quel appui donner à la méditation ? La lecture et la méditation sont tellement
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unies qu'on peul Les regarder comme deux sœurs inséparables: L'une procure et présente les aliments spirituels, L'autre les tri— tuiv. Les digère H Lesfait passer au sein de L'âme.
Pour établir de plus en plus cette vérité, je pourrais ajoutera oe qui a été «lit L'exemple d'un grand nombre de personnes qui, a maçonnais ont trouvé dans la Lecture des bons livres le
principe et te mobile d'un heureux rhangement dévie, exemples auxquels il nie serait aisé d'en joindre un grand nombre d'autres, pour les avoir lus ou entendu raconter. Plusieurs de ceux qui ont ainsi change de vie , ont t'ait ensuite de tels progrès dans la vertu, se sont élevés à un si haut degré de sainteté, qu'on les a vu fonder de pieuses congrégations ou même des ordres religieux, afin de ménager à d'autres le moyen de se sauver à leur exemple.
; n'avait tres-hien compris Henri VIII, roi d'Angleterre. Voulant attirer à ses erreurs quelques religieux, disciples de saint Bruno, et voyant que, malgré les persécutions qu'il leur avait fait subir , il ne pouvait les ébranler, il donna l'ordre alors qu'on leur enlevât tous les livres ayant la religion pour objet. Le tyran était -u. nié qu'une fois dépouillés de ces armes, les religieux ne isteraient pas longtemps à ses efforts. Cela nous montre clairement quelle est la puissance des bonnes lectures, combien les bons Livres sont des armes précieuses , pour nous défendre contre les attaques de l'hérésie. Cet habile ennemi de la religion nous donne en cela une leçon qu'il est aisé de comprendre.
Si tel est néanmoins, comme nous ne saurions en douter, la pnissance de ces armes, pourquoi ne travaillerions-nous pas à an pourvoir Le peuple chrétien? Nous voyons que l'un des grands artifices employés par Les bérifeiea de notre temps pour pervertir hommes, a été de répandre de toute part des livres remplis de leurs blasphèmes. Si le mensonge, s'enveloppant d'artificieuses paroles, a tant de force pour séduire et tromper, quelle ne sera
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pas la fore»' de la vérité pour famenet ou retenir les hommes dans le bien : quand elle est expliquée d'une manière nette el précise présentée SOUS des formes purëS H attrayantes? Car enfin la vérité est [.ai- elle-même incomparablement pins forte que l'erreur. Si de plus les hérétiques se montrent si zélés pour mettre en œuvre un semblable moyen quand il s'agit de perdre les âmes , comment se ferait-il que nous n'eussions pas de notre côté encore plus d'ardeur et de zèle à user des mêmes moyens pour les sauver?
Ce que nous venons de dire suffit et au delà, j'ose le croire, pour bien établir ce que nous nous étions proposé ; je désire néanmoins aller plus loin dans cette voie , en prouvant par la nécessité des devoirs qui s'attachent à la vie chrétienne , la nécessité où nous sommes de posséder une véritable instruction religieuse. Une telle considération m'a paru surtout nécessaire pour répondre à certaines personnes, dont la parole ne manque pas de gravité, et qui repoussent même les bons livres écrits en langue vulgaire pour l'usage de ceux qui ne connaissent pas le latin. Ces personnes ont raison dans un sens , mais non dans un autre. Elles ont raison si elles entendent par là qu'on ne doit pas écrire en langue vulgaire des choses trop élevées ou trop obscures, ni faire connaître les erreurs des hérétiques , alors même que c'est pour les réfuter, ni traiter enfin des questions purement théologiques ou d'autres matières analogues. Saint Augustin ne veut pas même qu'on en parle dans les sermons destinés au peuple; moins encore faut-il donc écrire dans la langue du peuple ce qu'il ne convient pas de lui prêcher. Cela s'accorde parfaitement avec la leçon que le grand Apôtre donne à son disciple Timothée, II Tim. m ; car il veut que, laissant de côté les questions obscures et difficiles, il enseigne la doctrine seule qui peut édifier. Il y a pareillement des
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livres de l'F.iTiture qu'il oe convient pas de traduire en langue vulgaire, par. la raison qu'ils renferment on grand nombre de
choses qui ne sauraient être présentées sans explication. Sous ce rapport donc . nous pouvons donner raison à ceux qui se déclarent contre les livres écrits en langue vulgaire. Mais vouloir qu'il n'y ait ainsi de livres d'aucune sorte , prétendre exclure ceux qui ont pour objet de nous enseigner à vivre conformément à la religion chrétienne, c'est-à-dire à la profession et aux vœux de notre baptême, je le regarde comme aussi peu rationnelque d'obliger un homme à la vie monastique, sans vouloir qu'il en lise ou qu'il en iss es statuts et les règles; car enfin le chrétien n'est pas moins obligé par sa première profession religieuse, que le moine ne l'est par la seconde ; et autant celui-ci serait coupable en négli- :it d'apprendre les lois sous lesquelles il s'engage, autant le lit un simple chrétien qui ne s'instruirait pas des lois du christianisme, la première de toutes les professions religieuses assurément, la condition et la base de toutes les autres.
Bien que les exemples et les témoignages de l'Ecriture sainte en faveur de la vérité que nous soutenons, la prouvent d'une manière surabondante, il ne me paraît pas inutile de la démontrer re par la nature môme des choses et la lumière qui s'en dégage à nos veux. Et d'abord, un homme qui désire réellement et de tout cœur être chrétien, non par la foi toute seule, mais par une Vie et des mœurs conformes à cette foi, doit connaître avant tout les divers articles qui la constituent ou les différentes vérités qu'elle enseigne, et il doit les connaître d'une manière explicite et distincte, non en s'en rapportant simplement à la foi des bommea d'instawre }» autres. 11 ne suffit donc pas évi-
demmentde réciter Les paroles du Symbole, sans y attacher aucun >: comme im perroquet pourrait les dire; il faut encore les comprendre. On pourrait aisément sans cela se former des idées
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ou des sentiments étrangers à la foi qu'on professe , comme saint Augustin le rapporte d'Alipius, son intime ami, Conf. vu, 19. Avant que le mystère de l'Incarnation lui eût été développé, Alipius pensait en lui-même que le Sauveur n'avait pris de notre humanité que le corps seul , et que le Yerbe divin lui tenait lieu de l'àme. Quand il s'agit également du mystère de la sainte Trinité , il faut que le chrétien en entendant ces noms de Père et de Fils dans l'exposition de ces mystères , n'aille pas s'imaginer qu'il y ait là quelque chose de corporel ; car la génération divine est toute spirituelle, bien que parfaitement naturelle. Il faut qu'il sache en outre que l'esprit humain ne doit pas scruter ce mystère, mais seulement le croire et l'adorer , considérant en cela , d'une part, la majesté suprême de cette substance infinie , par là même ineffable , incompréhensible , et , d'autre part , la faiblesse et le peu d'étendue d'une intelligence créée , laquelle n'est par rapport à la grandeur des choses divines que comme l'œil de l'oiseau des nuits pour contempler la lumière du soleil , selon une comparaison employée par les philosophes. Yoilà ce dont un chrétien doit avant tout être persuadé , pour ne pas arguer de son défaut d'entendement , ou de ce qu'il ne comprend pas , afin de se dispenser de croire. Il faut qu'il sache enfin que ce mystère, bien que supérieur à toutes les lumières de notre raison , ne leur est pas néanmoins contraire , n'implique pas contradiction , comme des hommes ignorants et simples l'ont quelquefois imaginé. Nouvelle preuve de la nécessité où nous sommes de recevoir une instruction solide qui puisse dissiper toutes ces ignorances et toutes ces erreurs dans des matières aussi graves.
Outre les divins mystères, le chrétien est encore obligé de savoir les commandements, ceux que Dieu lui-même nous a imposés et ceux qui nous ont été faits par l'Eglise ; car c'est en cela que consiste la loi selon laquelle nous devons vivre. Une instruction préa-
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imnntato. ■ '<•>( encore qu'on viole les commande*-
ui.'iiN. n..n->.-iiVnirnt par les actes, maifi aussi par la pensée t.. ut«> seule, c'est-à-dire par on consentement intérieur donné à ■m action mauvaise. Le chrétien doii savoir de plus que le mauttçu par la volonté, avec l'intention positive du mal, j toujours nécessaire pour constituer un péché mortel, quand il y a matière à un tel péché, mais qu'il suffit pour cela du plaisir que l'on goûte dans la simple pensée du mal, sans avoir M [Intention de l'accomplir; et c'est là ce que les théologiens u.p.'llent délectation morose.
Il existe pour le chrétien une obligation qui doit être spécialeesprft, c'est l'obligation de se confesser au 08 une fois dans l'année ; ce qui ne prouve pas que pour vivre d'une manière religieuse il ne faille avoir recours à la confession fréquente. Pour que la confession soit utile, on doit savoir examiner sa conscience en parcourant dans ce but les commandements et le- . afin de voir en quoi l'on a failli soit par œuvres ,
S4.it en paroi»- b il en pensées; tout cela est nécessaire si l'on ne -embler à ces hommes grossiers, qui se tenant aux pieds de leur confesseur , savent à peine accuser une faute au bout d'à quand ils en ont malheureusement commis un
si grand nombre.
nécessité de la confession et savoir confesser ses •ut des choses bien nécessaires sans doute, mais insuffisantes sans le repentir et la douleur de ces mêmes péchés. itin de pouvoir exciter ce sentiment dans notre cœur, il nécessairement <onnaître la laideur du péché, le mal qu'il lait, les raines aiorales qu'il accumule et le misérable état où il ne L'âme qui s'en est rendue coupable; il faut surtout savoir à quel point il outrage la majesté de Dieu, de qui nous avons cepenqJ de bienfaits, bienfaits dont nous abusons contre