‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 60 sur 308 · IA Glll'i: DES I'KClllXRS · texte numérisé non relu

IA Glll'i: DES I'KClllXRS

vait jamais eu pitié du pauvre assis à la porte de son palais, et qui pour cela devint la proie des flammes daus le séjour des vengeances éternelles ; en vain il demandait une goutte d'eau pour apaiser la soif qui le dévorait, le saint patriarche Abraham ne lui donne pas même un m faible secours dans ce cruel supplice.

Puisqu'il en est ainsi , pourquoi ne nous aiderions-nous pas les uns les autres, tandis qu'il nous est possible encore d'exercer les devoirs de cette mutuelle charité ? Pourquoi ne rendons-nous pas gloire à Dieu , avant que se soit couché pour nous le soleil de la justice et que la lumière du jour nous soit à jamais dérobée? Mieux vaut sentir ici-bas sa langue desséchée à force de privations et de jeûnes, que de lui prodiguer les satisfactions et les délices, pour avoir ensuite à désirer ardemment une goutte d'eau , sans pouvoir jamais l'obtenir. Si nous sommes maintenant tellement délicats que nous puissions à peine supporter une fièvre de trois jours , comment pourrons-nous plus tard supporter un feu dont la durée doit être éternelle? Si l'homme est si profondément effrayé d'une sentence de mort prononcée par un juge sujet à la mort lui-même , sentence qui ne nous prive tout au plus que de quarante ou cinquante ans de vie, quelle épouvante ne nous causera pas la sentence prononcée par le Juge suprême et qui doit avoir pour effet de nous priver d'une vie immortelle? Nous ne pouvons supporter la vue de certains supplices infligés à d'insignes malfaiteurs par la justice des hommes ; les diverses tortures que leur font subir les exécuteurs de la justice humaine, nous glacent de terreur ; mais qu'est-ce que tout cela , si ce n'< st un vain fantôme, un jeu puéril en comparaison des tourments de l'autre vie ? En définitive, tout cela se termine avec la vie présente elle-même; mais, dans l'enfer, ni le ver rongeur ne meurt jamais, ni le bourreau ne se lasse, ni le feu ne s'apaise, ni la vie ne finit. Comparez donc, à de semblables supplices, tout ce que vous pourrez imaginer de cruel, le feu, le fer, la dent des bêtes féroces; et vous n'aurez encore une fois qu'un rêve fugitif, une pâle et froide image, en face de la plus terrible des réalités.

Qu'en sera-t-il donc des malheureux qui, du sein de toutes les félicités terrestres, seront précipités dans l'abîme de tous ces

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