‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 62 sur 308 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Du neuvième motif que nous avons de pratiquer la xriiu , à savoir, la 'le nos dernières fins, qui est la gloire du paradis.

Certes, chacun des motifs que nous avons exposés jusqu'ici suffirait pour incliner notre cœur à l'amour de la vertu. Mais puisque l'obstination du cœur humain est si grande qu'elle résiste bien souvent à toutes ces considérations réunies, je dois en ajouter une autre non moins puissante que celles qui précèdent , elle aura pour objet la grandeur de la récompense promise à l'homme vertueux, c'est-à-dire la gloire de la patrie céleste. Deux choses se présentent ici à notre admiration : l'excellence et la beauté de ce séjour , qui n'est autre que le ciel empyrée ; l'excellence et la beauté du souverain Roi qui l'habite avec tous ses élus.

Et d'abord , aucune langue mortelle ne saurait exprimer les splendeurs et les richesses de cet immortel séjour. Nous pouvons seulement émettre à cet égard quelques vagues conjectures , en retracer faiblement comme une lointaine image. Disons en premier lieu quelle est la fin de cette œuvre sublime ; car c'est par leur fin surtout qu'on peut apprécier la nature et la grandeur des choses. La fin pour laquelle le Seigneur a créé et disposé ce séjour , c'est d'y manifester sa gloire. Bien qu'il soit vrai de dire avec le plus sage des rois , que « le Seigneur à tout fait pour sa propre gloire , » Prov. xvi , 4, c'est surtout et spécialement dans ce but qu'il a fondé la patrie céleste ; c'est là que devront briller dans tout leur éclat sa grandeur et sa magnificence. De même que le grand roi Assuérus , dont l'empire embrassait cent vingtsept provinces, célébra dans Suze, sa capitale , un banquet solennel pendant l'espace de cent quatre-vingts jours, afin de manifes-

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ter à tous ses peuples L'étendue < 1 « * son pouvoir et celle de richesses ; de même le K<>i suprême de l'univers a résolu de © luvr dans les cieux un banquet tout autrement splendide , non pendant L'espace de cent quatre-vinirls jours, mais durant l'éternité tout entière, afin de manifester aux yeux de ses créatures L'immensité de son pouvoir, L'inépuisable grandeur de ses riehessea, l'infinie sagesse de ses desseins, l'incompréhensible profondeur de son amour. C'est là Le festin dont parle le Prophète, Isa. xxv. c». quand il dit : « Le Seigneur fera sur cette montagni un magnifique banquet où il conviera toutes les nations de la terre ; les vins les plus exquis et les mets les plus délicieux leur y seront offerts. » Ce qui veut dire qu'où leur y prodiguera des biens d'une inestimable valeur et d'une suavité inénarrable. Puisque Dieu célèbre ce banquet solennel dans le but de manifester toute la grandeur de sa gloire , et que cette gloire est infinie , quelle ne devra pas être la magnificence de ce banquet divin , la variété des richesses que le Seigneur étalera aux yeux de ses élus?

C'est ce que nous entendrons d'une manière beaucoup plus claire, si nous considérons le pouvoir sans bornes et l'inépuisable fécondité de ce souverain Seigneur lui-même. Son pouvoir est si grand qu'avec une seule parole il a créé cet admirable ensemble de l'univers, et qu'avec une autre parole il pourrait le détruire. Mais ce n'est pas un monde seul, c'est mille mondes à la fois qu'il pourrait créer avec une seule parole , pour les détruire encore et les anéantir par un seul signe de sa volonté suprême. Ajoutons à cela que ce qu'il fait , il le fait sans efforts et sans peine ; la création du plus sublime des séraphins ne lui a pas été moins facile que celle du plus petit des insectes ; ni la plus lourde charge ne lui est un fardeau , ni la plus légère un soulagement : il peut tout ce qu'il veut, et vouloir, pour lui, c'est accomplir.

Or, je vous le demande, si la puissance du Roi qui nous appelle à son royaume est tellement vaste et décisive , si telle est la gloire de son saint nom , s'il éprouve un tel désir de communiquer cette gloire et de la manifester , que sera le palais où il doit la faire éclater à nos yeux , la fête qu'il nous prépare , le banquet auquel

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il nous convie ? Ou*' pourrait-il manquer à la? perfection d'une œuvre ayant un semblable Auteur et une aussi sublime destination? Gè n'est pas la force qui manquerait ici , puisque l'ouvrier possède une puissance infinie ; ce n'est pus l'aille de tète non plus que l'univre demeurerait inachevée , puisque c'est là un archikftHe infiniment Sage ; ce n'est pas le vouloir qui ferait défaut , puisqu'il est infiniment bon; ce ne sont pas les ressources enfin qui viendraient à lui manquer, puisqu'il est l'abîme sans fond de toutes les richesses. Quelle ne sera donc pas l'œuvre autour de laquelle se trouvent réunies tant de conditions de grandeur et de magnificence? Quelle création que celle qui doit jaillir de ce mystérieux foyer où concourent vers un même but la toute-puissance du Père, l'infinie sagesse du Fils , l'inépuisable bonté de l'Esprit- Saint ! Ici c'est la bonté même qui veut, c'est la sagesse môme qui dirige, c'est la toute-puissance enfin qui se met au service, et de cette bonté infinie, et de cette infinie sagesse ; car ces trois choses n'en forment qu'une dans la parfaite unité de l'être commun aux trois personnes divines.

FI est une autre considération qui se place naturellement à la suite de celle-là, parce qu'elle présente avec elle une frappante analogie. Ce n'est pas seulement pour sa propre gloire que le Seigneur a préparé cet immortel séjour, c'est aussi pour la gloire de tous ceux qu'il appelle à l'habiter. Il veut les honorer selon toute l'étendue de sa puissance et de son amour ; il veut accomplir pleinement ce qu'il a lui-même dit par la bouche de son Prophète : ^ J'honore ceux qui m'honorent. » I Reg. u, 30. C'est ce qu'il montre clairement dans ses œuvres ; car même , pendant qu'ils vivent encore sur la terre , « il a soumis à leur empire et placé sous leurs pieds toutes les créatures visibles qui composent cet univers,» Psalm. vin, 8. Combien ne sommes-nous pas frappés d'admiration quand nous voyons Josué commander au soleil de s'arrêter au milieu de sa course, et, comme s'il eût tenu en main les rênes du monde, suspendre en effet la marche de cet astre, " Dieu lui-même obéissant à la voix d'un homme, » comme prime le Livre saint 1 Josue, x, 14. Nous éprouvons ce même sentiment en voyant le prophète Isaïe demander au roi Ezéehias

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