LIVRE PREMIER, CHAPITRE IX
ombres éphémères, il y a néanmoins des choses si belles <-i si parfaites, quelle ae sera pas la beauté de la céleste patrie, d'une terre peuplée par des êtres immortels? Portea vos yeux de toutes parts dans ce monde visible , que tic merveilles excitent partout votre admiration et votre reconnaissance! L'immensité des oieux défie 'Vos regards et accable votre pensée; la splendeur cl. la magnificence du Boleil, la douce clarté de la lune et celle des ('toiles vous ravissent d'etminement. Quelle n'est pas la beauté de la terre, d s arbres et des plantes, des oiseaux et des animaux de toute sorte qui L'embellissent et l'animent? Quel spectacle ne nous ofi'rent pas, et les vastes campagnes, et les montagnes élevées, la riante verdure des vallées, la fraîcheur des fontaines, les gracieux contours des ruisseaux, la majesté desgrands fleuves, distribués comme de puissantes artères dans tout ce vaste corps du globe terrestre ? Que dirons-nous encore de l'immense étendue des mers, du nombre et de la grandeur des merveilles qu'elles renferment dans leur sein ? Ne semble-t-il pas que les lacs profonds et limpides soient comme les yeux de la terre , où se mire la splendeur des cieux? Et les prairies émaillées de fleurs ne sont-elles pas comme un ciel étoile dans une nuit sereine ?
Que dirais-je après cela des mines d'or et d'argent, de tant d'autres métaux précieux qui gisent dans les entrailles du globe? Que dirais-je des rubis, des émeraudes, des diamants et de tant d'autres pierreries qui paraissent rivaliser avec les étoiles en éclat et en beauté? Que dirais-je enfin des merveilleuses couleurs, des nuances admirables que nous présentent le plumage des oiseaux, la fourrure de certains animaux et d'une infinité d'autres choses, animées ou inanimées, qui s'étalent à la surface de la terre ou se cachent dans son sein? A la beauté de la nature se joint celle de l'art , qui vient en quelque sorte doubler la magnificence de la création. C'est l'art qui nous donne et ces magnifiques écrins où la richesse de l'or ciselé se marie si heureusement à la resplendissante pureté des pierres précieuses, et ces tableaux dont la perfection paraît embellir la nature elle-même, et ces jardins où le génie de l'homme dispose à son gré des œuvres du Créateur, et les splendides édifices, revêtus de marbre et d'or, qui servent de de-
124 LA GUIDE DES PÉCHEI us.
uu'uivs ;iii\ rois de la terre, ou de temples au Roi des eieux. Si dans Q8 monde visible, dans cette sphère terrestre, la plus humble de toutes, comme BOUS L'avons dit, dansée triste séjour des mourants, il y a tant de choses qui ravissent nos veux et notre àme, quel est le >pectaclequi nous attend dans l'immortel séjour de la gloire céleste? Place au-dessus de t<ms les eieux et de tous les éléments, il doit également l'emporter sur tous par sa noblesse, ses trésors et sa beauté. Déjà les choses que nous pouvons découvrir dans les cieux, celles qui frappent nos reyards, comme les étoiles, la lune et le soleil, surpassent incomparablement, par leur splendeur comme par leur puissance, la richesse et l'éclat de tout ce que nous possédons ici-bas de plus grand et de [dus magnifique. Si telle est la beauté de ce côté du ciel qui se penche vers nous, quelle ne sera pas celle du côté supérieur qui se présente aux regards des immortels? Là expirent toutes les pensées et toutes les conjectures des hommes.
Disons encore qu'il y a comme trois séjours que l'homme habite successivement, dans la triple évolution de son existence. Le premier est le sein de notre mère ; le second , ce monde où nous faisons notre entrée en naissant ; le troisième, cette patrie céleste où nous sommes transportés après notre mort si nous avons vécu selon la loi divine. Or, il existe une sorte de gradation, une progression ascendante entre ces trois séjours. Autant le second l'emporte sur le premier, par sa durée aussi bien que par sa grandeur et sa magnificence, autant et plus encore le troisième l'emporte sur le second. Pour la durée, c'est une chose évidente, puisque la vie qui s'écoule dans le premier ne dure que neuf mois, tandis que la durée du second dépasse quelquefois un siècle, et que celle du troisième n'est mesurée que par l'éternité. Il en est de même de la grandeur comparée de cette triple habitation de l'homme : le ciel est à ce monde visible ce que celui-ci est au sein d'une femme. Il est aisé d'appliquer cette môme proportion à tout ce qui doit faire la gloire et la félicité de l'immortelle patrie à laquelle Dieu nous destine. C'est encore ici, vous le voyez, une route aventureuse qui nous jette dans le domaine de l'infini, ne laissant d'exercice à notre jiensee que pour avouer sa faiblesse et son impuissance.