‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 65 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE

La différence que nouspouvons remarquer entre les habitants de cis trois demeures successives, ne nous en dit pas moins bous «•.' rapport que la différence même des Hetix ; car enfin il doit néeestairemenl y avoir uni" sorte de resserabla*ice et «le conformité entre ces divers séjours e1 ceux qui les habitent'. C'est ici, ne l'oublions pas. la terre de cenx qui meurenl ; là-haut est la terre des vivants, (l'est ici la demeure des pécheur»; là-haut est celle des justes. C'est ici la patrie de l'homme; là-haut est celle de l'ange. C'est ici le lieu où l'on fait pénitence, la lice où l'on combat; là-baut est le palais de la sainteté reconquise, le trône des triomphateurs. En un mot. amis et ennemis sont confondus sur la terre; le ciel ne reçoit que les amis el les élus. Telle étant donc la différence qui existe entre les habitants du monde présent el ceux du monde futur, quelle n'est pas celle qui doit exister entre ces deux mondes euxmêmes? La sagesse divine ne se dément ni ne se contredit dans ses œuvres. De celles que nous voyons, nous pouvons rigoureusement conclure à celles que nous ne voyons pas encore. Oui vraiment, « des choses glorieuses ont été dites de toi , ô cité de Dieu ! » PsaJm. lxxxvi, 3. Tu es incommensurable dans ta grandeur, d'une incomparable beauté dans ta structure, d'un prix infini dans les matériaux qui te composent ; la noblesse de tes habitants, la suavité de tes exercices, la richesse de tes biens, ne peuvent être comparées à rien de ce que nous avons vu sur la terre ; aucun des maux que nous avons souffert ne peut pénétrer dans tes murs sacrés. Rien ne manque à ta grandeur, par la raison que celui qui t'a créée est la grandeur par essence, que la fin à laquelle il t'a destinée est la plus sublime qu'il soit possible de concevoir, et que tes heureux habitants sont les plus nobles de toutes les créatures.

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici regarde seulement la gloire accidentelle des élus. Mais, outre cette gloire, ils en possèdent une autre incomparablement supérieure, qui est nommée par les théologiens la gloire essentielle. Celle-ci consiste dans la vision et la possession de Dieu même. Voici comment en parle saint Augustin : « La récompense de la vertu sera Celui-là même qui la donne ;

m LA GUIDE DES PÉCHEURS .

nous Ifl verrons sans lin, nous l'aimerons sans crainte de jamais noua dégoûter de cet amour, nous le louerons sans nous lasser jamais de BCfi louantes. » De Civit. Ihi , xxu, 30. Et de la sorte eette récompense esl la plus grande qui puisse exister; ce n'est ni le ciel, ni la terre, ni la mer, ni une créature quelconque, mais bien k Créateur lui-même, le souverain Seigneur de toutes choses. Quoiqu'il soit parfaitement un et d'une absolue simplicité , en lui se trouve la réunion de tous les biens.

Pour l'intelligence de cette vérité, il faut savoir que l'une des grandes merveilles qui distingue la substance divine, c'est que malgré sa parfaite unité et l'absolue simplicité de sa nature , elle renferme en elle d'une manière éminente et infinie toutes les perfections qui se trouvent dans les choses créées. Eternel auteur de toutes ces choses, créateur de l'univers, dirigeant tous les êtres vers une fin déterminée par lui-même, faisant servir à l'accomplissement de ses desseins les propriétés diverses dont il les a douées, il est de toute impossibilité qu'il ne possède pas lui-même ce qu'il donne avec tant de générosité, et que les biens dont il enrichit les autres, lui fassent défaut à lui-même. Il résulte de là que 1rs bienheureux habitants de l'immortelle patrie verront et posséderont en lui seul tous les biens possibles, chacun suivant le degré d'élévation où il sera parvenu dans la gloire. De même que dans les conditions de la vie présente, les créatures sont un miroir où nous voyons se refléter en quelque sorte la beauté de Dieu, de même alors Dieu sera comme le miroir où nous contemplerons, mais transfigurée et agrandie, la beauté des créatures. Dieu sera donc le bien universel et suprême de tous les Saints, leur souveraine béatitude, le parfait accomplissement de tous leurs désirs. Il sera là -haut une pure lumière à nos yeux , une ravissante musique à nos oreilles, le miel le pins suave à notre palais, le plus délicieux des parfums à notre odorat. Là-haut nous verrons réunies les beautés diverses de toutes les saisons, la douce fraîcheur du printemps, la sérénité transparente de l'été, la richesse et l'abondance fi»; l'automne, le calme et le repos de l'hiver. Là, en un mot, tout ce qui peut réjouir nos sens et ravir les puissances de notre âme. Rivalisant avec le grand évèque d'Hippone, saint Ber-

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