‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 68 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE X

avec Dieu , ou que nous brûlions à jamais avec les démons ; pas de milieu qui doive subsister entre ces deux extrêmes, à parties limbes , dont la destination ne regarde pas les mauvais chrétiens, et le purgatoire , dont L'existence est temporaire et limitée.

Ce bonheur et ce malheur éternels dont l'un ou l'autre sera infailliblement notre partage, nous sont représentés dans le prophète Jérémie, xxrv, par une vision qu'il eut devant les portes du temple. 11 vit là deux corbeilles dont l'une était pleine de figues d'une beauté et d'une bonté parfaites, tandis que l'autre ne renfermait que des figues mauvaises , et tellement mauvaises qu'il était impossible d'en manger. Dieu voulut symboliser ainsi aux yeux du prophète les différentes destinées des hommes envers Lesquels il veut exercer sa miséricorde, et de ceux qui tombent sous les coups de sa justice. Le sort des premiers est heureux au point de ne pouvoir l'être davantage, et celui des derniers ne saurait également être plus misérable. Ceux-là contemplent Dieu, ce qui est le plus grand de tous les biens ; ceux-ci sont éternellement privés de la vision divine , ce qui est le plus affreux de tous les maux.

Voilà ce que devraient considérer les téméraires qui s'exposent à commettre un péché mortel , afin de voir s'ils n'assument pas sur leurs épaules un trop pesant fardeau. Les hommes qui font métier de transporter des charges plus ou moins lourdes , quand ils sont gagés pour cet objet, examinent d'abord avec soin le fardeau qu'on leur présente, ils essaient de le soulever, pour s'assurer qu'il n'est pas au-dessus de leurs forces. Et toi , pauvre insensé, que les funestes attraits du péché aveuglent et fascinent, tu vas pour un misérable plaisir te charger d'en porter les terribles conséquences. En as-tu bien examiné le poids, je te le demande, pour savoir si tes épaules sont de force à le soutenir? Mon but est ici de t'aider à faire cet examen , et de te présenter pour cela quelques considérations propres à te faire entendre la grandeur des châtiments réservés aux pécheurs. Tu pourras apprécier ainsi la pesanteur du fardeau que le péché t'impose. Et, quoique nous ayons déjà traité ce sujet dans plusieurs de nos autres ouvrages, nous pouvons y revenir encore sans craindre de

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l'ôpuiser. 11 est si profond et si vaste qu'on peut toujours le considérer sous un nouveau point de vue.

La première pensée qu'il fait naître dans notre esprit, c'est celle <le la fonte-puissance et de la grandeur infinie de Celui qui doit châtier le péché : il est Dieu dans toutes ses œuvres, partout il doit se montrer comme tel; je veux dire qu'il doit toujours être également grand, également admirable, non-seulement dans la mer,la terre et le ciel , mais dans l'enfer même et dans tous les ahîmes de l'immensité. Il faut donc que ce Maître suprême agisse en Dieu quand il exerce sa justice et son courroux, quand il se venge des outrages faits à sa majesté sainte. Voilà pourquoi lui-même, s'écrie par la houche de son Prophète : « Quoi ! vous ne me craindrez l>as? Vous ne tremhlerez pas en ma présence? C'est Moi cependant qui ai donné pour bornes à la mer quelques grains de sable, mais d'une manière si forte que jamais elle ne pourra les dépasser. Que ses ondes furieuses s'amoncellent et s'élancent vers les cieux , elles ne franchiront pas la faible limite que je leur ai tracée. » Jerem. v, 2-2.

C'est comme s'il nous disait en d'autres termes : Comment pourriez-vous ne pas craindre un Dieu dont la puissance éclate là d'une, manière si visible et si frappante? Il est bien grand dans les œuvres de sa miséricorde ; il ne saurait l'être moins dans celles de sa justice; par les unes il nous saisit d'admiration, nous transporte d'amour et de reconnaissance : ne faut-il pas que par les autres il nous pénètre de respect et de crainte? Il craignait et tremblait, ce même prophète que nous venons de nommer, lui néanmoins dontl'àme était si pure et qui avait été sanctifié dans le sein maternel. Voici comment il exprime ses religieuses frayeurs : « Qui ne tremblerait à votre approche, ô Roi des nations? A vous seul appartient la gloire. » Jerem. x, 7. Plus loin il flit encore : « Je me tenais seul et à L'écart , isolé de la compagnie des hommes, parce que vos menaces , Seigneur, avaient rempli mon cœur d'abattement et de crainte. » Ibid. xv, 17. Sans doute le Prophète n'ignorait pas que les divines menaces n'étaient pas

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