LIVRE PREMIER, CHAPITRE \. \:a
dirigées contre lui ; mais, malgré cela, elles étaient telles qu'il ne pouvait les entendre sans frémir.
Nous comprenons par là qu'il suit dit des colonnes do «ici , qu'elles tremblenl devant l'infinie majesté de notre Dieu, et que les anges, ces purs el puissants esprits , les chefs eux-mêmes des milices smgéliques , éprouvent en la présence du Seigneur un saint frémissement. Ce n'est pas qu'ils puissent douter de leur bonheur et. de leur gloire ; c'est uniquement parce que l'admiration dont ils sont frappés à la vue de la Majesté divine, est tellement profonde qu'il s'y mêle en quelque sorte un sentiment de surprise et de frayeur. Mais si des créatures aussi parfaites sont capables d'un tel sentiment, quelle crainte ne doivent pas éprouver de malheureuses créatures, aussi coupables que fragiles, qui ont osé se mettre en guerre avec Dieu? Elles ne peuvent ignorer que c'est sur elles qu'il doit faire éclater sa fureur et retomber le poids de sa \ engeance.
Yoilà donc l'une des principales causes de douleur et d'effroi , quand nous songeons aux peines que la justice divine doit infliger aux pécheurs. C'est ce qu'enseigne de la manière la plus formelle l'apôtre saint Jean dans son Apocalypse, xvm, 8 : « En un même jour viendront sur Babylone toutes ces plaies à la fois , la mort, le deuil , la faim et le feu ; car celui qui doit la juger est le Dieu fort. » C'est encore parce, qu'il avait un sentiment profond de cette force que le grand Apôtre s'écrie : « C'est une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. » Hebr. x, 31. Tomber, en effet, entre les mains des hommes n'est pas une chose, vraiment horrible ; elles ne sont pas tellement puissantes que nul ne puisse leur échapper; elles n'ont pas du moins la force de précipiter une âme dans l'enfer. C'est pour cela que le Sauveur disait à ses disciples : « Ne craignez pas ceux qui peuvent tuerie corps, mais qui ne peuvent plus rien contre vous. Je vous dirai , moi, qui vous devez uniquement craindre : Craignez celui qui , après avoir tué le corps, a de plus le pouvoir de perdre votre âme dans les flammes éternelles. » Matth. x, 28. Telles sont les mains dans lesquelles il est horrible de tomber, comme s'exprime l'Apôtre. La puissance de ces mains divines n'est pas inconnue de ceux qui
s'écrient dans VEcclésiastiqm . n, ±2 : « Si nous ne faisons pas pénitence nous tomberons entre les mains de Dieu , et non entre les mains des hommes, b La réunion de ces imposants témoignages nous montre de plus en plus la vérité de ce que nous avons dit; e'est que la grandeur et la puissance que Dieu possède en luimême et qu'il manifeste dans toutes ses œuvres, il devra les faire éclatei aussi dans les châtiments dont sa juste colère accablera les ennemis de son nom et de sa grâce.
Cette terrible vérité se découvre à nos yeux sous un jour plus éclatant encore , si nous portons spécialement notre attention sur la grandeur de cet attribut divin que nous appelons la justice, en nous souvenant que le châtiment des pécheurs est l'exercice même de cet attribut. Ici , comme en beaucoup d'autres circonstances, c'est par les effets que nous remontons à la cause. Représentons-nous pour cela les châtiments effrayants dont les exemples sont si nombreux dans l'Ecriture sainte. Combien ne sommesnous pas saisis de frayeur en voyant le sort de Dathan et d'Abiron et de tous ceux qui avaient pris part à leur crime ! ils furent engloutis tout vivants dans les entrailles de la terre et entraînés au fond des enfers , pour s'être rendus coupables de résistance à l'égard de leurs chefs, Nina. xvi. Qui jamais entendit des menaces et des malédictions aussi terribles que celles dont le Seigneur fait gronder le tonnerre sur la tète des prévaricateurs de sa loi? Deut. xxviu. Entre autres paroles, toutes également effrayantes , en voici quelques-unes que l'Auteur sacré met dans la bouche de Dieu : « J'enverrai contre vous les armées ennemies; elles serreront de si près les murs de vos cités et vous réduiront à un tel état de désolation et de famine, que la femme riche et délicate qui pouvait à peine se tenir sur ses pieds, tant elle craignait la moindre impression de malaise et de fatigue, en viendra, au jour de son enfantement, à dévorer le sang et les ordures de son propre corps; et cela en cachette de son mari, afin de n'avoir pas à partager avec lui cette affreuse pâture , tant sera grande la faim qui lui déchirera les entrailles. » Assurément ce sont là des châtiments épouvantables.
Mais ni ceux-là, ni tous ceux qui peuvent être exercés dans la