LIVRE PREMIER, CHAPITRE X
hre d'homm s tellement dénués de sentiment que, dès Le premier usage qu'ils ont hit de leur raison jusqu'au dernier moment de leur vie, ils ne cessent pour ainsi dire d'offenser 1»' Seigneur; de fouler aux pieds ses divins commandements, sans tenir compte ni de ses promesses, ni de ses menacés, m de ses bienfaits, ni de ses avertissements, ni, en un mot, de quoi que ce soit au monde. Et pendant tout ce temps, relie bonté suprême les supporte, ne tranche pas le (il de leurs jours; ne cesse de les appeler à la pénitence, sans pouv< ir obtenir d'eux le pins léger amendement. Mais quand une si longue et si prodigieuse patience ayant fini son cours, viendra l'heure où là colère du Seigneur, trop longtemps amassée dans son sein; et sa justice outragée reprendront leursdroits, qui pourraii dire avec quelle force, avec quelle impétuosité elles se répandront sur,! tète des m chants?
Le grand Apôtre n'a pas voulu dire autre chose, dans ces paroles si connues : « Ne vois-tu pas, ô homme, que la bonté du Seigneur attend ton retour et t'appelle à la pénitence? Et toi, par ton insensibilité, par l'endurcissement de ton cœur, tu accumules sur toi un trésor de colère, pour le jour où doit éclater le courroux du Seigneur et s'exercer la rigueur de sa justice. » Rom. n, 4 et 5. Le sens de ces paroles n'est pas difficile à comprendre. Amasser un trésor de colère, c'est une image terrible : comme l'avare qui n'a d'autre ambition eue de grossir son trésor, ajoute chaque jour or sur or, richesse sur richesse ; ainsi Dieu va réunissant toujours dans son sein les éléments de sa vengeance, ainsi s'accroît le redoutable trésor de son courroux ; mais c'est le pécheur lui-même qui par ses mauvaises œuvres ne cesse d'augmenter ce trésor et d'armer contre lui la justice divine. Supposez maintenant qu'un homme mi autant de persévérance et d'ardeur à élever sa fortune terrestre , et qu'il ne passât aucun jour, aucune heure de sa vie sans y ajouter quelque chose, et cela pendant cinquante ou soixante ans; ne serait-il pas lui-même étonné et comme effrayé du résultat de son labeur? Homme insensé et plus misérable encore! à peine se passe-t-il un jour, une heure même où tu n'ajoutes un élément de plus à ce mystérieux trésor de la vengeance céleste, puisqu'elle devra se mesurer au nombre et à la grandeur de tes péchés. N'y aurait-il
pas autre chose pour La justifier et la former, que les mauvais regards, les paroles honteuses, les coupables désirs auxquels tu as consenti , les jurements et les blasphèmes que tuas prononcés, c'en serait assez vraiment pour remplir un monde. A ces péchés ajoute tons les autres, et mesure, s'il se peut, le trésor de colère accumule dans le cours d'une longue vie.
L'ingratitude «les méchants et les désordres dont ils se rendent coupables, si l'on veut bien y réfléchir, nous donneront encore une idée de la grandeur des châtiments éternels. Et, pour vous en convaincre, considérez avec attention, d'une part, l'infinie honte, L'incompréhensible largesse de Dieu envers les hommes, ce que pour eux il a fait , dit et souirert sur la terre , les moyens et les secours qu'il leur a donnés dans le hut de leur faire mener une vie pure; ce qu'il a hien voulu leur pardonner et leur remettre; les biens dont il les a comhlés et les maux dont il les a mis à couvert ; tant d'autres sortes de bienfaits et de faveurs que Dieu ne cesse de leur accorder durant tout le cours de leur existence. Considérez , d'autre part, l'oubli où les hommes vivent par rapport à Dieu, leur ingratitude envers lui, leurs incessantes révoltes, leur déloyauté envers ce M titre suprême, leurs blasphèmes contre son nom , leur mépris de ses commandements; mépris qui va si loin quelquefois que, pour fouler aux pieds les ordres et les volontés du Seigneur, les hommes n'ont pas môme besoin qu'un intérêt quelconque les y pousse, ils agiront ainsi par malice pure ou simplement par caprice et s;ins réflexion.
Or, celui qui méprise de la sorte l'infinie majesté de Dieu , et la traite comme une idole de' bois sans puissance et sans vie; celui qui a si souvent «rejeté le Fils de Dieu et méprisé le sang de son testament, » comme parle saint Paul, Jlebr. x, 29; celui qui tant de fois a de nouveau crucifié Jésus-Christ et l'a pour ainsi dire souffleté par des actions tellement dégradantes qu'on aurait de la peine a les trouver chez un païen; que peut espérer un tel homme, quand sera venue l'heure de la justice divine, si ce n'est que l'honneur ravi à Dieu soit pleinement rétabli aux dépens du coupable , et que la réparation égale enfin l'injure? Puisque Dieu est le juge équitable par excellence, c'est à lui qu'il appartient de ré-