LIVRE PREMIER, CHAPITRE \. \M
lablir L'ordre e1 l'égalité, en proportionnani le cbàtimenl à L'outrage. Or, n'oubliez pas que c'esl Dieu lui-même qui est L'outragé; que deviendront alors 1 aine el le corps qui doivent fournir une réparation équivalente pour des injures faites à ce grand Dieu , payer deleur propre substance une dette ainsi contractée? Si le . d'un Dieu fui nécessaire pour réparer les outrages Caits à Dieu, alors que la dignité de la victime suppléail à la rigueur des tourments, que sera-ce lorsque la réparation devra se faire par la grandeur seule de la peine, sans que la dignité de la personne y puisse rien ajouter?
Après avoir porté vos regards sur le juge qui doit vous' condamner, portez-les sur le bourreau qui doit exécuter la sentence. Ce bourreau n'est autre que le démon; et vous pouvez augurer déjà ce qu'il faut attendre d'un tel exécuteur. Pour avoir une idée de sa cruauté et de sa haine, rappelez-vous à quel état il réduisit le saint homme Job, après que Dieu lui eut donné le pouvoir de le persécuter. Tout ce qu'on peut entreprendre contre un être doué de raison et de sensibilité, il le fit avec une persistance implacable, sans ménagement et sans pitié; il détruisit ses brebis, lui enleva ses autres troupeaux, réduisit leurs gardiens à l'esclavage, renversa ses maisons, le couvrit lui-même, de la tète aux pieds, d'ulcères et de vers, ne lui laissant d'autre couche qu'un fumier, ni d'autre instrument pour nettoyer ses plaies qu'un débris de pot cassé; et, pour mettre le comble à tant de souffrances, il lui laissa sa femme et ses amis, qui par leurs paroles étaient pour lui des vers encore plus terribles que ceux qui rongeaient ses chairs, puisque ceux-là pénétraient jusqu'à ses entrailles. Voilà comment le démon agit envers Job. Mais que ne fit-il pas contre le Sauveur du monde, dans cette douloureuse nuit où Jésus fut livré à la puissance des ténèbres? La langue humaine est impuissante à le raconter.
Or, si le démon et tous ses anges sont tellement cruels, inhumains, ennemis de l'homme, s'ils éprouvent en quelque sorte la passion de le tourmenter, de boire son sang, et s'ils ont en outre reçu de Dieu une telle puissance sur les damnés, comment ne frémiriez-vous pas d'horreur et de crainte, malheureux pécheurs, à
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la pensée île tomber entre les mains de ces bourreaux, à qui la justice divine aura permis d'exercer sur vous toute leur méchanceté,
non pendant une nuit et un jour seulement, mais pendant tous les les des siècles] Que penserez-vous de votre situation, quels seront vos sentiments quand vous serez tombés entre leurs mains barbares? Quel jour ténébreux, quelle nuit lamentable, que le
jour et la nuit où vous serez parmi ces loups dévorants 1
Mais [tour que vous puissiez encore mieux juger du traitement que vous devez en attendre, je veux vous rapporter un trait mémorable que saint Grégoire raconte dans ses Dialogues, iv, 37 : « Dans un de ses monastères, un religieux bien jeune encore, par tes mœurs autant que par les années, se trouvait au moment de la mort. Tous les religieux du mona>tère s'étant réunis autour de lui pour venir l'aider dans cette dernière lutte, au moment où prosternée autour de son lit ils priaient tous en faveur du mourant, celui-ci rompit le silence et se mit à crier : Eloignez- vous d'ici, mes pères, éloignez-vous, éloignez-vous, abandonnez-moi à ce terrible dragon, afin qu'il achève de me dévorer ; il tient déjà ma tète entre ses dents, et de ses écailles, comme d'autant de lames d'acier, il déchire et laboure mon corps. Retirez-vous tous au plus vite, fuyez loin d'ici; c'est votre présence qui l'empêche de [n'achever, et mon supplice n'en est que plus intolérable. Et comme les religieux l'engageaient à faire le signe de la croix, voici quelle fut sa réponse : Comment le pourrais-je faire? Des replis de sa queue le dragon infernal tient mes mains et mes pieds immobiles; je ne suis plus libre de mes actions. Les religieux ne l'abandonnèrent pas néanmoins et ne perdirent pas courage ; ils semirentà redoubler leurs prières avec de grands gémissements et d'abondantes larmes. Touché de leurs instances et mù par son propre amour, le l'ère des miséricordes délivra ce malheureux de cette agonie terrible. Ce fut là pour lui le commencement d'une vie nouvelle ; il fut tellement secoué par une telle vision qu'à partir et M jour sa conduite devint un continuel exemple de zèle et de [>■- niante. "
Les démons nous sont représentés sous des images encore plus effrayantes par l'apôtre saint Jean dans l'Apocalypse, ix, 1 et seq. :