‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 73 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE X. ni · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE X. ni

i is une étoile qui tomba du ciel sur la terre, et les clefe du puits de L'abîme lui furent données. EUe ouvrit les portes de ce

puits, el il s'en ('-leva une l'unir:' semblable à celle d'une grande fournaise; el le soleil el l'air en l'uivnt obscurcis. Ensuite il sortit de cette fumée tics sauterelles qui se répandirent sur la terre el auxquelles ml donnée la funeste puissance (1rs scorpions. Il leur fut défendu de nuire à l'herbe des champs, aux arbress à tout ce qui est vert; les hommes seuls qui n'auraient pas la marque de Dieu sur Le front leur furent abandonnés. » Bientôt le Prophète ajoute : a Dans ces temps Les hommes chercheront la mort, et ils ne pourront la trouver; ils l'appelleront de leurs vœux les plus ardents, et la mort fuira loin d'eux. Or la forme de ces sauterelles était semblable à celle des chevaux armés pour le combat; elles avaient sur la tète comme des couronnes qui paraissaient d'or; leur visage était comme des visages d'hommes. Elles avaient des cheveux comme des cheveux de femmes, et leurs dents étaient comme des dents de lion. Elles avaient comme des cuirasses de fer ; et le bruit de leurs ailes était semblable au bruit des chevaux et des chars qui se précipitent au combat. Leur queue était celle du scorpion ; là était l'aiguillon dont elles perçaient leurs victimes. » Telles sont les propres paroles de saint Jean. Or, dites-moi, je vous prie, qu'a prétendu l'Esprit-Saint, le véritable auteur de ce texte, en nous représentant sous des figures aussi terribles et que nul n'avait jamais entendues, les redoutables coups que doit frapper la justice divine ? Que s'est-il proposé, si ce n'est de nous bien montrer quels seront les effets de sa colère, les instruments de sa justice, les supplices des méchants, les traits dont seront armés nos ennemis? et cela pour que le sentiment d'horreur dont ces figures doivent nous frapper, nous tiennent à l'abri de toutes ces choses, et que par là même nous tremblions d'offenser le Seigneur. Quelle est, en effet, cette étoile qui tomba du ciel et à laquelle furent données les clefs de l'abîme, si ce n'est cet ange si beau, si resplendissant, qui tomba des cieux et qui fut investi de la principauté des ténèbres? Que représentent ces sauterelles aux traits hideux, aux armes menaçantes, si ce n'est les auxiliaires et les ministres de cet antique ennemi du genre humain? Que sont les herbes ver-

m LA GUIDE DES PÊCHEURS.

devantes auxquelles il ne leur est pas permis de porter atteinte? Ce sont les jusles qui fleurissent sous la céleste rosée de la grâceet qui donnent des fruits abondants pour l'éternelle vie. Qui sont ceux qui ne portent pas la marque de Dieu sur leur front? les hommes oui sont privés de son esprit, puisque cet esprit de Dieu distingue ses véritables serviteurs, les ouailles qui composent sa bergerie. C'est contre ces malheureux que sont armés ces ministres de la justice divine; il faut que dans cette vie comme dans l'autre, quoique de différentes manières, l'objet de leurs adorations devienne l'instrument de leurs supplices. C'est ainsi que les Egyptiens furent tourmentés par les diverses bêtes qu'ils adoraient. Quel affreux spectacle que celui de ces êtres dégradés et méchants, s'acharnant contre leurs victimes? Sous quels traits repoussants l'Ecriture nous les représente! Là ce dragon affamé, la c< nleuvre aux replis tortueux, et ce gigantesque Béhémot dont l'Esprit-Saint a pu nous dire, Job. xl, t8, qu'il absorbe les rivières et les montagnes.

Toutes ces considérations bien méditées suffisent à nous montrer la grandeur des peines qui sont réservées aux méchants. Les œuvres d'un être infini ont toujours quelque proportion avec sa puissance ; et l'enfer est une des œuvres de Dieu. Que n'avons-nous donc pas à craindre, si nous songeons à l'immensité des attributs divins , de sa justice dans les châtiments des pécheurs, de sa patience à supporter ici-bas leurs désordres, de sa bonté dans les grâces par lesquelles il n'a cessé de les rappeler à lui, de sa sainteté dans l'horreur qu'elle lui inspire pour le mal? Le péché, qui l'ignore? outrage la majesté suprême, et mérite dès lors une haine infinie. N'oublions pas aussi quels doivent être les êtres chargés d'exécuter envers nous les arrêts de la justice divine, la puissance qu'ils ont reçue, la rage dont ils sont animés. Que peut-il résulter de tout cela, si ce n'est un châtiment dont la seule pensée nous devrait glacer d'épouvante? Or, si telle est la perspective qui s'ouvre devant le pécheur, s'il est impossible de douter qu'il en soit ainsi; la foi nous l'annonçant de la manière la plus formelle, comment se fait-il que des hommes éclairés des lumières de cette foi, persuada de la vérité de sa parole, ne considèrent pas quel est le far-

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