CHAPITRE XI
Du neuvième motif qui M /»' chemin de la vertu, lequel
consiste dans les biens înestimabl dés U ternes m
de ta oie présente.
Je ne sais en vérité à quels prétextes les hommes pourraient avoir recours pour refuser d'embrasser la vertu , tant sont nombreuses et puissantes les raisons qui les y engagent. Pourrait-on. sans en être ébranlé, avoir considéré ce que Dieu est en luimême, ce qu'il mérite de notre part, ce qu'il nous a donné, ce qu'il nous promet , ce dont il nous menace? Il y a donc bien lieu de se demander comment il se fait que parmi les chrétiens, qui croient et professent toutes ces vérités , il y en ait un si grand nombre qui aiment si peu la vertu. Les infidèles ne la connaissent pas; il n'est donc pas étonnant qu'ils ne sachent pas l'apprécier. Un paysan , en creusant la terre , trouve une pierre d'un grand prix, la dédaigne et la rejette, par la raison toute simple qu'il ne la connaii pas. Mais qu'un disciple de Jésus-Christ, n'ignorant pas ce que nous venons de dire, vive comme s'il n'en savait ou n'en croyait rien ; qu'il soit tout aussi éloigné de Dieu par ses pensées, plongé dans la boue du vice, esclave de ses passions, affectionné aux choses visibles, oublieux des invisibles trésors du ciel, souillé de toute sorte de péchés, absolument, comme s'il n'y avait pour lui ni mort, ni jugement , ni paradis, ni enfer, c'est là ce qu'on ne saurait comprendre, le sujet d'un continuel et douloureux élounement. On se demande, encore un fois, d'où peuvent venir cette stupeur de l'âme, cet égarement de la raison.
cette fascination. s'il est permis de le dire, de l'iiomme tout entier.
In ni. il aussi graod ne provient pas d'une source unique ; il a des causes multiples el diverses. L'une des principales, il faut L'avouer, esl la persuasion où sout en gênerai les honunes du monde que tous les biens promis par Dieu à la vertu , lui seront accordes seulement dans la vie future, et que dans le temps présenl elle ne doit rien espérer. L'intérêt agissant sur les hommes tant île puissance, et la présence des objets étant tout pour la plupart d'entre eux , s'ils n'obtieunent rien dans le présent , l'avenir n'a sur eux qu'une bien faible influence. Ainsi se comportaient-ils , à ce qu'il nous est facile de voir, du temps des prophètes. Lorsque Ezéchiel faisait passer sous leurs yeux les proiii -ses et les menaces du Seigneur, ils le tournaient en dérision et disaient : » Les révélations que celui-ci nous annonce, auront leur effet d'ici à un bon nombre de jours ; il faut du temps avant que ces prophéties s'accomplissent. » Ezech. xn, 27. Ils tournaient également en dérision le prophète Isaïe , et pour les mêmes motifs, ils contrefaisaient et parodiaient en quelque sorte son langage : « Instruisez , instruisez encore ; commandez , commandez encore ; espérez , espérez encore ; d'ici à peu de temps , et puis encore à peu de temps. » Isa. xxvm, 10.
Par conséquent , rien de plus vrai : l'une des principales causes qui font que les hommes en appellent des jugements de Dieu et se dérobent au joug de ses préceptes , c'est qu'ils se persuadent que rien ne leur est donné dans le présent, que tout est renvoyé pour l'avenir. Ainsi le comprenait le plus sage des rois , quand il disait : « Parce que Dieu n'exécute pas immédiatement ses sentences contre les p écheurs, les enfants des hommes prennent pied là-dessus pour se jeter sans crainte aucune dans toute sorte de. vices. » Eccl. vin, 11. Le même auteur sacré dit plus loin : « La pi iv de toutes les choses qui arrivent dans la vie, celle qui fournit le plus de prétextes pour mal faire , c'est que le cours de cette vie soit le même (au moins dans ce qui paraît au dehors), c'est que tout arrive de la même manière aux bons et aux méchants , à l'homme pur et à l'homme corrompu, à celui qui offre .des sacri-