LIVRE PREMIER, CHAPITRE \F. li
Beee »'tà celui qui en l'ail an objel de mépris. » ///. iw 2 el •'!. I»"'
là vient que le cœur îles hommes se déprave et se laisse entraîner
à ions les désordres, se précipitanl ainsi dans 1rs abîmes de L'enfer;
-i cet aspecl trompeur «les choses de la terre qui séduit leur
fiiihle raison, tandis que les passions mauvaises s'agitent dans les régions inférieures de l'àme.
Or, ce que Salomonafilrme dans repassage, les méchants euxmêmes le confessent ouvertement par la bouche du prophète Malachie : « C'est une chose vaine de servir le Seigneur ; quel fruit avons-nous relire de L'observation de ses préceptes , de cette triste viequenous avons menée devant le Dieu des armées? Nous tenons pour heureux les amhitieux et les superbes, puisque les voilà dans la grandeur et la prospérité, ayant une large existence, pleins de sécurité , après avoir tant outragé Dieu. » Malach. m , I \. Tel est le langage des méchants, tel l'un des plus puissants motifs qui les retiennent plongés dans leur malice. Or , selon l'ingénieuse pensée de saint Ambroise , ce leur paraît une chose dure d'encourir des dangers pour acheter des espérances , c'est-à-dire , de sacrifier les biens présents pour gagner les biens à venir , de lâcher ce qu'on tient à la main en vue de ce qu'on pourra saisir plus tard .
Pour détruire une illusion aussi funeste , quel autre principe pourrai-je invoquer, plus touchant et plus explicite, que la parole prononcée par le Sauveur , à la vue de l'infidèle et coupable Jérusalem? Il pleure sur les malheurs qui la menacent et s'écrie : « Si tu connaissais , encore en ce moment , dans ce jour qui t'appartient encore , quels biens te donnerait la paix ! Mais tout cela est maintenant caché à tes yeux. » Le divin Sauveur considérait, d'une part , la grandeur des biens que sa personne adorable avait apportés à ce peuple, et dans le fait, toutes les grâces, tous les trésors du ciel étaient descendus sur la terre avec le Maître du ciel; il considérait, d'autre part, que ce peuple tout préoccupé de grandeurs terrestres, repousserait le salut, ne voudrait pas reconnaître le Libérateur et le Messie , parce qu'il avait paru sur la terre dans l'indigence et l'humilité. Or cette nation criminelle devait être bientôt châtiée, non-seulement par la perte des richesses
lié Lk (U'iD!-: des im;»:!!!:i us.
temporelles et .Ifs trésors du salut, mais encore par sa ruine et sa dispersion. C'est parée qu'il prévoit tons ces malheurs, que Jésus rfeftoe des tantes et prononcé ces paroles courtes et inachevées, d'autant pins expressives néanmoins qu'elles semblent plutôt cou tenir tfa'ép&néher les profondes douleurs de l'âme.
Ces mêmes sentiments et ces mêmes paroles . nous pouvons certes les appliquer au sujet qui nous occupe. Voyez, en effet, la béante de la vertu, d'abord . les inappréciables richesses et les <-rraces abondantes qu'elle porte avec elle ; voyez, ensuite, combien toutes ces choses demeurent c« ht es aux regards des hommes charnels, et la vertu s'en allant dans le monde comme une étrangère et une inconnue. N'est-ce pas là, je vous le demande, un juste sujet de gémissements et de larmes? Ne sommes-nous pas en droit de nous écrier à l'exemple du Sauveur : 0 monde, si tu connaissais, toi aussi , l'hôte céleste qui vient te visiter ! 0! si le Seigneur dessillait tout à coup les yeux, et qu'il te fût donné de voir la paix et les richesses, le calme et la liberté, la lumière et la joie, et tant d'autres biens que la vertu possède et pourrait te donner; ah ! combien tu la prierais d'établir chez toi sa demeure, de quels ardents désirs elle serait l'ohjet ! Ni peines, ni sacrifices ne te coûteraient pour l'obtenir. Mais tout cela reste caché à des regards plongés dans les ténèbres du monde. Ne voyant en elle que la dureté et l'humiliation de sa condition extérieure, n'ayant jamais expérimenté le bonheur qu'elle donne, l'ineffable suavité qu'elle verse au fond des cœurs, les mondains se persuadent qu'il n'y a rien en elle que de repoussant, de triste et de douloureux; ils pensent, s'ils ne le disent, que c'est là une monnaie qui n'a pas cours dans la vie pré*sente et qui doit seulement servir pour la vie future ; en un mot , que les biens dont elle peut renfermer le secret , sont tous pour l'avenir , aucun pour le présent.
Raisonnant là-dessus d'après les principes d'une philosophie terrestre et chamelle , ils disent qu'ils ne sauraient acheter des espérances au prix de sacrifices actuels, ni engager le présent pour l'avenir, (l'est l'extérieur de la vertu qui leur inspire ces pensées et ce langage; ils ne, comprennent pas que la divine philosophie du Christ est faite à l'image du Christ lui-même : il se
l.IVriK PREMIER, UIU'ITKK XI. If»
luniiir.iii .ni dehors simplement comme un bomme , ci comme U
plus humble des hommes, ci au dedans il était Dieu, souverain maître de l'univers. Voilà pourquoi ii es! dit «lèses Qdèles dise** pies , « 1 11 ils soûl un'! ts au nii'ii |e . mas que leur vie est cachée avec le Christ eu Dieu. De menue , eiiell'el , que la gloire du Sauveur était couverte des voiles de RQTJ huiuauite. ainsi doit ùtre voilée celle de tous les hommes généraux qui veulent Uiarclier
eau «es traces. Ou raconte que les anciens fabriquaient des statues auxquelles ils donnaient le nom de Sylè.nes, statues dont les dehors étaient vils et ridicules, mais qui étaient richement travaillées au de, lans; de telle sorte que la laideur était pour le public, et la lie taie pour las initiés; Tune provoquait les regards des ignorants, l'autre captivait Les yeux, des sages. On peut remarquer Quelque chose de semblable dans la vie des prophètes, dans celle <\r> apôtres et de tous les parfaits chrétiens ; ils ressemblent sous ce rapport à lesus-Christ, leur éternel modèle.
Si vous me dites encore que les sentiers de la vertu sont bien rudes, et bien âpres les devoirs qu'elle nous impose , je vous dirai de porter les yeux sur les nombreux et puissants secours que Dieu vous offre pour vous aider à la pratiquer; telles sont les grâces intérieures, les vertus infuses, tels les dons du Saint-Esprit, les sacrements de la Loi nouvelle , et tant d'autres faveurs qui nous sont prodiguées par la divine miséricorde. Ce sont là comme les rames et les voiles qui poussent l'esquif sur la mer, ou bien comme les ailes rapides qui portent l'oiseau vers le ciel. Vous devriez en outre retlechir au nom , à la nature même de la vertu : elle est une habitude, et la plus noble de toutes; à ce titre, elle doit avoir pour effet, d'une manière au moins générale , de nous faire accomplir ses œuvres avec facilité et suavité, puisque c'est là le propre de toutes les habitudes.
Souvenez-vous aussi que non-seulement le Seigneur a promis aux siens les biens de la gloire , mais qu'il s'est encore engagé à leur donner ceux de la grâce, les premiers pour la vie future, les seconds pour la vie présente. C'est ce qu'exprime le Prophète royal quand il dit : « Le Seigneur nous donnera la grâce et la gloire. » Pmlm. lxxxiii, 12. Double trésor émanant de la même
In'iito et embrassant notre vie dais sa double phase. N'est-ce pas là m «us bien faire comprendre qu'il doit nécessairement y avoir autre chose dans la vertu que ce qui frappe au premier abord? N'oubliez pas un autre principe, également établi sur la raison et sur la foi ; c'est que l'Auteur de la nature ne nous fait pas défaut dan- les choses nécessaires. Dr. il n'y a pas dans le monde de chose plus nécessaire ni plus importante que la vertu. Lui donc qui a pourvu ses moindres créatures de tous les moyens qui doivent servir à l'accomplissement de leur destinée, pouvait-il oublier le chef-d'œuvre de sa grâce , abandonner la vertu à la merci d'un libre arbitre aussi faible que le nôtre, d'un entendement obscurci par tant de ténèbres, d'une volonté sujette à tant de défaillances, d'un appétit sollicité par tant de mauvais instincts, en un mot , d'une nature aussi profondément dégradée par le péché? Se pouvait-il qu'il ne lui donnât pas les secours dont elle a besoin pour arriver au but, les voiles et les rames qui doivent la pousser sur la mer orageuse du monde, vers le port de l'éternité? Les plus petits insectes, le moucheron, l'araignée, la fourmi ont reçu de la divine Providence toutes les aptitudes, tous les instruments nécessaires à la conservation de leur vie; et l'homme aurait été privé de ce qui doit assurer l'honneur et la félicité de la sienne ! Non , cela ne se pouvait pas.
Ajoutons encore une considération : le monde et le prince du monde ont grand soin de procurer à ceux qui se dévouent à leur service , toutes sortes de contentements et de plaisirs , au moins apparents , ce qui seul est en leur puissance ; Dieu peut-il se montrer moins généreux envers ses amis fidèles et ses humbles serviteurs? Les laissera-t-il sans nourriture ou sans rafraîchissement, au milieu des travaux qu'ils accomplissent pour lui ? Quoi ! le parti de la vertu vous parait-il donc à ce point désespéré, et celui du vice tellement triomphant, que tout serait d'un côté et rien de l'autre? Que signifierait alors la réponse que Dieu fait par son Prophète aux reproches et aux plaintes des méchants : « Convertissez-vous à moi , et vous verrez la différence qu'il y a entre le bien et le mal, entre celui qui sert Dieu et celui qui refuse de le servir. » Malach. m , 18. Dieu ne se contente donc pas d'offrir