LIVRE PREMIER, CHAPITRE M. m
à ses serviteurs Les biens de la vie future* Il parle de ceux-là un peu plus loin ; mais dans ce passage il s'agil de biens présenta et immédiats. Convertissez-vous, dit Dieu, et vous verrez.. *. c'est
comme s'il (lisait : Je ne veux pas que VOUS attendiez jusqu'après
la nitirt pour connaître , du moins en partie, les avantages delà vertu, le bonheur d'un te] changement de vie. A peine serezvons converti nue vous sentirez et comprendrez la différence qui existe entre le bien et le mal: les richesses, la joie, la paix, les splendeurs et les ravissements de l'un; l'indigence, la tristesse, les luttes, les ténèbres et les affaissements de l'autre. L'expérience vous apprendra ce que les préjugés et les illusions delà terre voilaient à vus regards touchant la gloire et la félicite de la vertu. Nous trouvons une semblable réponse faite au nom de Dieu , dans des circonstances analogues, par un autre prophète. Jouets des mêmes séductions, égarés par les mêmes mensonges , les pécheurs insultent aux hommes vertueux , et leur disent : « Que le Seigneur fasse éclater son pouvoir et sa gloire, en vous comblant de biens ; et nous le reconnaîtrons alors dans votre délivrance et votre joie. » Isa. lxvi, 5 et 9. Mais, aussitôt après avoir rapporté cespaiv.lt>. le prophète annonce les terribles châtiments qui sont préparés aux ennemis de Dieu , le bonheur et l'allégresse qu'il réserve à ses enfants. « Réjouissez- vous avec Jérusalem, vous tous qui aimez la cité sainte (Jérusalem représente ici L'âme du juste) ; prenez part à sa joie, vous tous qui participâtes à sa tristesse ; que votre cœur soit rempli de l'abondance de ses consolations ; et que la grandeur de sa gloire future fasse tomber sur vous un torrent de délices ! Car j'enverrai dans son sein comme un fleuve de paix, un fleuve d'abondance et de gloire ; et vous pourrez tous vous abreuver de ses eaux. Je vous porterai sur mon cœur , je vous bercerai sur mes genoux comme de petits enfants ; la tendresse qu'une mère témoigne à son petit enfant , je l'aurai pour vous , et c'est dans ma céleste Jérusalem que vous serez pleinement consolés. Vous verrez alors l'accomplissement de mes promesses , et votre cœur sera comblé de joie, et vos os reverdiront comme l'herbe des champs. Les serviteurs de Dieu connaîtront ainsi la main puissante et miséricordieuse qui les aura sauvés. »
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le sens et la portée de cette dernière remarque : de même que par la grandeur du ciel, de la terre et de la hum-, par l'éclat du soleil . la beauté de la lune et des étoiles, les nommes reconnaissent la toute-puissance et la souveraine beauté du Créateur; de mène Les justes connaîtront son infinie bonté, les trésors de sa ■ùséricorde et de sonamonr, par l'immensité des biens, par les faveurs incompréhensibles qu'ils recevront de lui, qu'ils coûteront au dedans d'eux-mêmes. Ainsi donc, connue par les plaies et les malheurs dont Dieu frappa Pharaon et son peuple, il fit connaître au inonde la sévérité dont il userait envers les méchants; de même par les bienfaits et les faveurs inénarrables qu'il se plait à répandre sur les hons, il fait éclater aussi son amour et sa tendresse envers eux. Heureuse est l'àme assurément qui se trouve ainsi destinée à être le vivant témoignage des bontés du 3 a neur. Bien malheureuse au contraire est celle sur laquelle doit se manifester la grandeur de sa justice. Ces deux attributs divins sont également infinis ; et que ne doivent pas être les ruisseaux qui proviennent d'une telle source?
.le n'ajoute plus qu'une chose : Si le chemin de la vertu te parolt triste et morne, explique-moi, je te prie, ce qu'a voulu dire la divine Sagesse, quand elle dit en parlant d'elle même : « Je marcherai par les chemins de la justice, je me tiendrai au milieu des sentiers de l'équité, afin de récompenser et d'enrichir ceux qui m'aiment, et de remplir leur trésors de mes biens. » Prov. vm, 20 e! 21. Quelles sont ces richesses, quels pourraient être ces biens, si ce n'est ceux de cette divine Sagesse elle-même, lesquels surpassent toutes les richesses de l'univers réunies ensemble. Ils sont donnés, comme on vient de l'entendre , à ceux qui ne s'écartent pas du chemin de la justice; et justice est ici l'équivalent de vertu. S'il n'était pas indubitable qui' là se trouvent des richesses tout autrement dignes de ce nom que celles de la terre , comment se ferait-il que l'Apôtre rendit grâces à Dieu de ce que les Corinthiens possédaient tous les genres de trésors et de biens spirituels? I Corinth. i, r> et 7. 11 les appelle riches sans restriction; tandis qu'il n'en est plus ainsi des autres, et qu'il les appelle riches de ce siècle.
LIV« RftBftflER; CHAPITRE XI.
i,a doctrine >'\p I d'une manière éotataate par Pautorhé mette
de l'Evangile.
Kien ne saurait mieux établir la vérité dont nous venons de traiter, que la réponse si remarquable faite pa? te Suiveur au chef des Apôtres, quand celui-ci lui demanda qu'elle récompense ils auraient à recevoir pour avoir tout abandonné atin de ne suivre que lui seul. Voici bette réponse d'après sain! Marc : « Bn vérité je voua le dis, il n'est personne qui ait abandonné sa maison, ses frères ou ses sœurs, son père ou sa mère, ses enfants, ses champs, par amour pour moi et pour la cause de l'Evangile . qui ne reçoive d'abord et des le temps présent le centuple de ce qu'il a laissé, et dans le siècle futur la vie éternelle.» Mare, x, 29 et 30. Ces paroles ont été prononcées par le Verbe divin ; nous ne devons pas y passer rapidement et sans une sérieuse attention.
Reconnaissez, en premier lieu, que notre divin Maître distingue ici. deux sortes de récompense , l'une pour la vie présente , l'autre pour la patrie future; il promet celle-ci, il donne déjà celle-là. Impossible également de supposer que quelque, chose puisse manquer à l'accomplissement d'une telle promesse; car le ciel et la terre passeront, comme s'exprime l'Evangile, plutôt qu'une seule des paroles du Sauveur, quelque impossible que la réalisation puisse en paraître à nos yeux. De même que, sur la foi de la vérité divine , nous croyons à la Trinité dans l'unité , bien que ce soit là pour notre raison un profond mystère, de même devons-nous croire à la vérité dont il s'agit ici , tout incompréhensible qu'elle soit, puisqu'elle repose sur le même témoignage.
Mais en quoi consiste, me demanderez- vous peut-être, ce centuple que les justes doivent recevoir ici-bas et dès le temps de la vie présente ? Nous ne voyons pas en général qu'ils fassent grande figure dans le monde, que les richesses, les dignités ou l'éclat extérieur soient précisément leur partage ; la plupart vivent dans l'obscurité, dans l'indigence, oubliés du monde, accablés d'infirmités et de douleurs. Les choses étant ainsi , quel moyen de sauvegarder la vérité de la parole prononcée par le Sauveur? Pas
d'autre que de porter nos regarda sur les richesses spirituelles dont Dieu ne cesse de combler ses eiifans. C'est là pour eux une source de joie, de paix el de félicité, qui L'emporte infiniment sur la possession de tous les biens terrestres. Et n'en soyons pas trop surpris : Jésus-Christ déclare que l'homme ne vit pas seulement de pain el qu'il est au pouvoir de Dieu de le nourrir avec d'autres aliments; peur apaiser la faim de notre àme, Dieu n'a pas besoin non plus de recourir à ces biens temporels , les moyens abondent sous sa main toute-puissante. C'est ce qui nous est démontre par l'exemple des saints: leurs pieux exercices, leurs oraisons, leurs larmes elles-mêmes renfermaient pour eux des délices auprès desquelles tous les plaisirs de la terre ne sont que fatigue et néant. Il est donc bien vrai qu'ils gagnent le centuple de ce qu'ils sacrifient : pour des biens trompeurs et mensongers, ils obtiennent des biens réels et solides; pour des choses corporelles et périssables, ils acquièrent lest résors de l'àme et de l'éternité ; le calme, au lieu des soucis ; la sérénité de la conscience, au lieu des orages des passions; une vie non moins heureuse que vertueuse, au lieu d'une existence honteuse et tourmentée.
Noue m saurions assez insister sur le bonheur d'un tel échange : en dédaignant, pour l'amour du Christ, les vaines félicités de la terre , vous trouverez en lui d'inestimables trésors ; en renonçant à des honneurs futiles , vous parviendrez au seul véritable honneur; en brisant les liens qui vous rattachent à votre famille , vous devenez l'enfant et l'héritier du Père qui est dans les deux. A des plaisirs empoisonnés, à des voluptés funestes, auront succédé de pures et vivifiantes délices. Et quand vous en serez venu là, vous verrez que toutes les choses qui vous étaient auparavant si agréables et vous semblaient nécessaires au bonheur, non-seulement ne produiront plus sur vous la même impression, mais encore soulèveront votre répulsion et votre dégoût. En effet, sitôt que cette lumière céleste a frappé nos yeux et dissipé nos ténèbres, pour nous le inonde entier change de face et prend à nos regards un aspect nouveau. Ce qui naguère vous était doux, vous est maintenant un sujet d'amertume, et, de son côté, l'amertume s'est changée en douceur; ce qui nous glaçait de crainte,