LIVBE PREMIER, CHAPITRE XI
ii.ms ravit de joie; ce qui nous semblait beau, grâce à notre ignorance, nous le jugeons laid et repoussant, maintenant que
nous le voyons dans sa réalité. Ainsi se vérifient Ifs promesses de L'Evangile; ainsi s'accomplit en nous la volonté du Christ; ainsi se manifestent déjà sur la terre sa miséricorde et sa bonté.
Quoique rien ne soit mieux établi que cette doctrine, je veux néanmoins la confirmer par un exemple bien remarquable qu'on lit dans le livre des hommes illustres de l'ordre de CHeaux. Pendant que saint Bernard prêchait dans les Flandres, avérée brûlant désir de gagner les âmes à Dieu, qui distingue la prédication des Saints, parmi tant d'autres qui furent touchés de la grâce et changèrent de vie, se trouva l'un des gentilshommes les plus distingués et les plus influents de ces contrées, lequel se nommait Arnulfe. C'était là un véritable captif du monde, tant étaient nombreux les engagements , puissantes les chaînes qui l'y rattachaient. Et cependant il rompit si bien avec le monde, qu'il prit l'habit religieux dans le monastère de Clairvaux. Le saint abbé ressentit tant de joie de cette conversion , qu'il dit en présence de tous ses religieux que le Christ ne s'était pas montré moins admirable dans la conversion de frère Arnulfe , qu'il ne l'avait été dans la résurrection de Lazare. Celui-là se trouvait enlacé par des liens encore plus nombreux et plus forts que les bandelettes dont le corps de celui-ci était enveloppé dans le sépulcre; ce n'est pas depuis quatre jours seulement, c'est depuis de longues années qu'il était enseveli dans le vice. En l'appelant du sein de cette corruption à une vie nouvelle, le Sauveur avait fait un prodige d'autant plus éclatant que les suites de cette conversion la montrèrent plus décisive et plus féconde.
Mais comme il serait trop long de raconter en détail les vertus et les œuvres de ce fervent religieux, j'en viens à ce qui se rapporte immédiatement à notre sujet. Une maladie violente, dont Dieu permit qu'il fût affligé , lui faisait éprouver de si cruelles souffrances, qu'on le crut plus d'une fois au moment de la mort. Un jour qu'il avait perdu la parole et presque tout sentiment , n'ayant plus aucun espoir de le sauver , on lui donna l'extrèmeonction. Revenu bientôt à lui, il se mit à louer Dieu avec de
III ! \ Gl [DE DES PECHEURS.
grands transporte de reconnaissance, ei il ne cessait de répéter : Qu'elles son! vraies toutes les choses que vous avez dites, ô bon Jésus! Et comme les religieux, étonnés de l'entendre toujours redire la même parole, lui demandaient avec instance de leur en expliquer le sens, il ne leur répondait qu'en répétant la même exclamation : Qu'eltessont vraies, ô lion Jésus, toutes les choses que vous avez dites! Quelques-uns de ceux qui étaient là prétendirent que la grandeur de ses souffrances avait altéré ses idées, et que c'étaient là des paroles échappées à son délire. Non, mes hères, s'ecria-t-il alois, non, il n'en est pas ainsi , c'est avec ma pleine connaissance que je vous le dis : Tout ce qu'a dit le Sauveur .lesus est bien vrai ! Les religieux lui répondirent : Mais c'est là une chose que tout le monde sait ; nous le croyons bien , nous aus.-à. Pourquoi donc nous répéter cette parole? Or, voici quelle fut la réponse de ce grand serviteur de Dieu: Le Seigneur a dit dans son Evangile : Celui qui, par amour pour moi, renoncera à toutes les affections terrestres , recevra le centuple en ce monde, et la vie éternelle dans l'autre. Ah! je l'éprouve en ce moment; ce centuple promis, je le reçois dès la vie présente. Mes douleurs, «z-le bien, si grandes qu'elles puissent être, je ne les changerais pas maintenant pour le centuple de tous les biens que je laissai dans le monde; elles me sont douces et précieuses, puisque par elles je viens d'obtenir l'assurance de mon salut. Et si un homme coupable, un pauvre pécheur comme moi , jouit d'une tel.»- consolation au milieu de ses angoisses, quel ne doit pas être le. bonheur des parfaits et des saints dans les joies que le ciel leur ménage! En vérité, les délices spirituelles que l'espérance verse dans mon cœur, l'emportent mille fois sur tous les plaisirs matériels qu'on peut rencontrer sur la terre.
Pendant qu'il pailait ainsi, tous les habitants du monastère étaient dans l'admiration en entendant de semblables discours dans la bouche d'un frère peu instruit sur les choses de la religion et qui n 'était [tas engagé dans les rangs du sacerdoce. Chacun reconnaissait que L'Es prit-Saint, dont celte àme pure était la demeure, pouvait seul lui inspirer de te les pensées. Qui ne verrait dans cet exemple une preuve touchante de la vérité que nous nous effor-
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çons de mettre eD lumière? Nul ne peut le révoquer <mi doute, les huiis que le monde promet à ses partisans, alors même qu'il serait en suri pouvoir de réaliser ses promesses, ne sont rien en comparaison de ceux que Dieu donne à ses fidèles serviteurs, somme un simple avant-rgoùl de la récompense étemelle. Bien insensés ei bien malheureux son! «eux qui se persuadent que la vertu n*a rien à prétendre in-!us. el qui parlent de cette conviction pour merdier dans le sentier du vice.
Mais pour dissiper entièrement, s'il est possible, cette funeste erreur, je voix, dans les douze chapitres qui vont suivre, exposer autant d'heureux fruits », ou de glorieux privilèges que la vertu possède, même durant le cours de celle vit'. Les mondains pourront voir par la si elle est aussi dénuée de consolations et de douceurs qu'ils se la représentent. Il est vrai que pour entendre parfaitement ces choses, il faudrait surtout l'expérience même de la vertu, par la raison qu'elle seule connaît à fond ses propres richesses ; mais, jusqu'à un certain point, la foi peut suppliera cette expérience , en s'appliquent spécialement à la vérité des saintes Ecritures; car c'est là que je puiserai mes principales preuves , pour établir d'une manière inébranlable l'importante doctrine qui captive désormais toute notre attention.