CHAPITRE XTI
Du premier privilège de lu vertu, ou du soin spécial que la divine Preni- Énma prend des hommes vertueux pour les (juvler dans la voie du bien , comme aussi du soin visible qu'elle nut a punir les désordres des méchants.
Parmi les privilèges dont le Seigneur favorise les hommes vertueux, le premier, le principal, celui dont tous les autres émanent comme d'une source intarissable, c'est donc le soin vigilant, la tendresse palernelle qu'il ne cesse de montrer à leur égard. Bien que sa piovidence, en effet, se déploie sur u u'es les créatures en général, elle s'étend avec, plus de sollicitude sur ses fidèles serviteurs. Dieu les regarde comme ses enfauls, il leur a donné l'esprit
et le cœur d'un fils; et Lui à son tour à pour eux Le cœur du père le plus tendre. C'est en vertu de cette paternité, qu'il en fait l'objet spécial de sa miséricordieuse providence.
Mais pour comprendre la grandeur et la bonté de la Providence
divine il tant en avoir expérimenté les bienfaits et goûté les faveurs; ou bien il faudrait encore avoir étudié les saintes Ecritures avec une profonde attention, et avoir précieusement recueilli tous les passages qui se rapportent à ce sujet. Celui qui se livrerait à une semblable étude ne tarderait pas à se convaincre que la Bible tout entière, depuis le premier verset jusqu'au dernier, d'une manière directe ou indirecte, nous montre presque partout les desseins et l'action de la divine Providence. Ce monument sacré porte en quelque sorte sur deux points, comme le monde sur ces deux pôles : préceptes et promesses. D'une part, Dieu exige que l'homme lui obéisse et observe ses commandements; d'autre part, il promet d'inappréciables récompenses à ceux qui les auront observés, et menace des plus terribles châtiments ceux au contraire qui les auront transgressés. Cette doctrine se manifeste à nos yeux sous un double aspect : dans les livres moraux, l'Ecriture ne cesse de commander et de promettre ; et dans les livres historiques nous voyons en fait l'intime lien qui rattache ces deux choses, puisqu'on nous y montre à chaque instant combien est différente la conduite de Dieu envers les bons et envers les méchants.
Comme Dieu toutefois est si puissant et si magnifique, l'homme au contraire si faible et si indigent ; comme Dieu est si riche dans ce qu'il promet, l'homme si exigu dans ce qu'il donne, on ne saurait vraiment établir aucune proportion entre le peu qu'il exige de nous et ce qu'il se propose d'accomplir en notre faveur. Il ne nous demande presque rien, et il nous promet des biens inestimables : ce qu'il nous demande, c'est l'obéissance et l'amour, et il nous les donne lui-même; il nous offre en retour tous les trésors de la grâce et de la gloire, toutes les richesses du temps et de l'éternité. Au premier rang de ces bienfaits divins, nous apparaît cette providence paternelle dont il entoure ceux qu'il reconnaît pour ses enfants. Cette amoureuse providence de notre Dieu, de notre Père céleste, l'emporte sur tous les amours, sur toutes les sollicitudes
l.INRK PREMIER, CHAPITRE XII. 161
»t Les prévoyances que tous Les pères de la terre sans exoeptiea peuvenl jamais déployer à L'égard «le leurs enfants. Quel père i jamais pu ou pourra jamais tenir en réserve pour ces tendres ob* jeta de ses affections, des biens comparables à ceux que Dieu nous a préparés dans les inépuisables trésors de son amour? Il veut nous rendre participants de sa propre gloire. Quel père s'est jamais imposé dans ce but les labeurs auxquels le Fils de Dieu s'est condamné pour nous? 11 a versé son sang pour nous acquérir à ce prix la félicite suprême. Quel père a jamais déployé une sollicitude égale à celle de notre Dieu? Il nous a sans cesse présents à ses yeux, il nous aide et nous soutient dans tous les travaux de la vie. C'est ce que le Prophète royal reconnaît et confesse, quand il s'écrie : « Vous m'avez reçu dans vos mains, Seigneur, à cause de mon innocence, et vous m'avez pour toujours affermi devant vous. » Psalm. xl, 13. C'est comme s'il disait : Tous ne détournez jamais vos regards de moi, et votre tendre vigilance ne connaît ni lassitude ni dégoût. Ailleurs le Psalmiste avait dit : « Les yeux du Seigneur sont fixés sans relâche sur les justes, et ses oreilles sont attentives à leurs prières. Mais il regarde d'un œil irrité ceux qui commettent le mal, pour effacer de la terre jusqu'à leur souvenir. » Psalm. xxxm.
Puis donc que la plus magnifique richesse du chrétien consiste dans cette paternelle providence dont Dieu ne se lasse pas de l'entourer, puisque notre confiance et notre joie doivent croitre avec la certitude que nous en aurons, il sera bon de joindre ici quelquesuns des nombreux témoignages que l'Ecriture sainte nous donne de cette consolante vérité. Nous verrons là comme autant de preuves authentiques et d'éclatantes attestations des magnifiques promesses que Dieu nous fait, des titres glorieux inscrits en notre faveur dans le testament de ce tendre père. Voici d'abord comment s'exprime l'auteur sacré de Y Ecclésiastique, xxxiv : «Les yeux du Seigneur ne se détournent pas de ceux qui le craignent ; il est pour eux une garde invincible, un asile sacré, un lieu de refuge, un bouclier protecteur, une défense contre les brûlantes chaleurs de l'été, un ombrage qui les met à couvert des rayons du soleil au plus haut de sa course , un secours puissant dans les plus grands dangers ,
TOM. x. il
un moyen de se relever après toutes leurs chutes; c'est lui qui soutient leur âme chancelante, qui éclaire leur entendement, qui répand enfin sur eux le salut, la vie et toutes les bénédictions. » Telles sont les paroles de V Ecclésiastique; et vous voyez là les di- - offices d'amour que Dieu daigne remplir à l'égard de ceux qui lui appartiennent.
Le prophète David dit encore : « Le Seigneur prendra soin de diriger et de soutenir les pas de l'homme juste ; si le juste vient à tomber, il ne se brisera pas dans sa chute, parce que Dieu lui prêtera l'appui de sa main pour le garantir de toute blessure. » Psalm. xxxvi, 24. Remarquez, je vous prie, ce qu'il y a d'admiral »le et de doux dans ces expressions de l'Auteur sacré : quel mal une chute pourrait-elle causer à celui qui tombe sur un coussin aussi moelleux que la main de Dieu lui-même ? Dans un autre de ses cantiques, le même auteur s'exprime ainsi : « Les tribulations des justes sont bien nombreuses; mais le Seigneur les en délivrera complètement. Il connaît le nombre de leurs os, et il ne permettra pas qu'un seul soit brisé. » Psciltn. xxxiu, 20 et 21. Le saint Evangile renchérit encore sur ce dernier témoignage; car nous y apprenons de la bouche du Sauveur lui-même que Dieu connaît, non-seulement le nombre de tous nos os, mais encore celui de tous les cheveux de notre tète, si bien qu'un seul ne saurait tomber sans sa permission. Pouvait-il nous représenter d'une manière plus frappante les soins merveilleux et constants de sa divine Providence à l'éga d de ceux qui le servent? En quoi pourra les oublier celui qui pousse jusqu'à de semblables détails les jalouses précautions de son amour? Et si cela vous paraît une chose étonnante, rapprochez de ce texte, celui du prophète Zacharie, n, 8 : « Celui qui vous touche, me touche moi-même à la prunelle de l'œil. y> Assurément c'eût été beaucoup de dire : Celui qui vous touche, me touche. Mais non, voici la pensée exprimée par le Prophète : Celui qui vous touche, en quelque partie du corps que ce soit, me blesse autant que s'il me touchait à la prunelle de l'œil.
Ce n'est pas uniquement par lui-même, c'est aussi par le ministère de ses anges, que Dieu veille à la garde de ses fidèles serviteurs; car voici comment il s'en explique dans le Psaume xc,