‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 8 sur 308 · PROLOGUE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PROLOGUE DE L'AUTEUR

dans la prière, croyez que vous l'obtiendrez, et cela vous sera donné. » Marc, n, 34. A la prière , l'Apôtre veut que nous joignions l'action de grâces pour les bienfaits reçus. C'est là le sacrifice de louanges que Dieu nous demande avec tant d'instance par la bouche du Prophète Royal, Psalm. xlix. Mais comment un chrétien pourra-t-il s'acquitter de ce devoir avec la dévotion et la reconnaissance qui doivent l'animer , s'il ne sait ni le nombre ni la grandeur des bienfaits qu'il a reçus de Dieu?

Ajoutons à cela qu'il y a dans la vie des tentations inévitables, puisque, selon la parole de Job, la vie tout entière de l'homme est une tentation perpétuelle. Le Prince des Apôtres dit : « Le diable, notre ennemi, tourne sans cesse autour de nous comme un lion rugissant, cherchant quelqu'un qu'il puisse dévorer. » 1 Petr. v, 8. L'apôtre saint Paul , E plies, vi , renchérit encore sur le pouvoir et l'action de ce terrible ennemi , et il nous pourvoit de diverses armes spirituelles qui nous mettent en état de lui résister et de le vaincre.

Cet ennemi possède néanmoins un nombre comme infini de moyens et d'artifices pour nous attaquer : tantôt il jette dans notre esprit des paroles de blasphème , ou des pensées contraires à la foi , tantôt il nous tente de haine , de colère , de vengeance ; souvent il excite les passions et les grossiers appétits des sens ; parfois aussi il procède avec dissimulation , ayant soin d'enduire de miel les bords du vase où il nous donne le poison à boire , c'està-dire en nous présentant le vice sous le masque de la vertu. Si donc le chrétien n'est pas prévenu de tous ces écueils et de tous ces bas-fonds, qui recèlent tant de dangers pour le fragile vaisseau de l'innocence ; s'il ne sait pas, d'une manière au moins suffisante, les moyens qu'il faut adopter pour s'y soustraire, que peut-il espérer si ce n'est d'aller à chaque instant se heurter contre les obstacles, et de sombrer enfin dans l'abîme du péché?

H PROLOG! ;: DE L'AI Tl-XK.

mortelle est une mer semée d'écueils, où nous navi-

os parmi il»1-- vents contraires; ils semblent nous seconder

quelquefois, le pins sonvenl ils déchaînent les orages. J'entends

exprimer par là ces alternatives de prospérité et d'adversité qui

partagent notre existence. La prospérité nous enorgueillit,

remplit notre âme de vaines pensées, nous faisant oublier

• île Dieu. Les effets de l'adversité peuvent varier selon sa

nature et notre caractère; elle nous pousse h l'impatience ou

au découragement . à une tristesse sans bornes ou à une révolte

insensée contre Dieu, ou même à des désirs de vengeance contre

le prochain.

I PS donc qu'un homme aspire à être vraiment chrétien, ne doit-il pas être instruit et prévenu durant la paix , des fatigues et des périls qui l'attendent dans la guerre? Comment pourra-t-il autrement avoir quelque chance de salut et de victoire? Je le demande aussi , où trouvera-t-il mieux cette instruction salutaire , tous ces moyens dont il doit se prémunir , que dans les livres où respire la bonne doctrine et qui ont pour objet de former l'homme à cette milice spirituelle ?

Quatre vertus sont principalement nécessaires à l'homme qui veut s'acheminer du côté du ciel : l'amour de Dieu , l'horreur du péché, l'espérance dans la miséricorde de Dieu et la crainte de sa justice. Ces vertus résument en elles tous les moyens de salut. On les nomme affectives, parce qu'elles consistent dans les mouvements et les affections de la volonté. Mais comme la volonté est une puissance aveugle , qui ne se meut vers son objet qu'autant que l'intelligence lui en fournit les motifs, il suit de là qu'il est nécessaire au chrétien de bien connaître ce qui peut le mouvoir et l'exciter vers chacune de ces vertus. En effet, quoiqu'elles soient divinement infuses dans l'Ame des justes , l'homme ne doit pas négliger de les cultiver autant qu'il le peut, ni laisser tout ù

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