‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 81 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII

ment fait connaître dans la race de David son serviteur; par égard pour ce fidèle observateur de sa loi, il n'a voulu à aucune époque, détruire sa famille, exterminer ses enfants, quoiqu'ils l'eussent i.int de fois mérité par leurs désordres. La race d'Abraham ne nous montre pas cette vérité d'une manière moins éclatante; Dieu ne cesse de pardonner aux enfants en considération des mérites de leurs pères, [smaël esl né d'une esclave, mais il est le fils d'Abraham, et Dieu lui promet de multiplier et d'agrandir sa posléiité sur la terre. La divine protection s'étend même sur le serviteur de ce grand patriarche ; Dieu le dirige dans le voyage qu'il entreprend , il le soutient dans les moyens qu'il doit mettre en œuvre pour aller chercher une femme pour Isaac, le fils de son maître. Mais l'Ecriture, après nous avoir montré le fidèle serviteur protégé par les mérites d'un maître selon le cœur de Dieu, nous montre un mauvais maître, chose bien plus étonnante, béni par le Seigneur , à cause des vertus d'un serviteur fidèle ; car nous voyons l'abondance et la prospérité entrer dans la maison du maître de Joseph , c'est-à-dire dans la maison d'un idolâtre , en faveur du saint jeune homme que cette maison comptait parmi ses habitants.' Peut-on concevoir une plus grande bonté, une providence plus généreuse ? Qui ne se déterminerait enfin à servir un maître aussi magnifique, fidèle et reconnaissant, que se montre notre Dieu à l'égard de tous ceux qui se consacrent à son service, à l'égard même de toutes les choses qui peuvent les intéresser.

Des noms que l'Ecriture sainte donne au Seigneur à raison de sa providence.

Comme cette divine Providence embrasse tant d'effets et des effets si merveilleux, Dieu reçoit dans l'Ecriture sainte des noms multiples et divers. Mais celui de tous qu'on rencontre le plus souvent et semble s'élever au-dessus des autres, c'est le doux nom de Père, que nous entendons pour ainsi dire retentir à chaque page de l'Evangile. Ce n'est pas l'Evangile seul néanmoins qui donne à Dieu le nom de Père ; l'ancien Testament le désigne également sous ce nom dans un grand nombre de passages. Le Psal-

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miste «lisait : a De même qu'un père a pitié de ses enfants, de même le & igneur a pitié de U»us ceux qui le craignent ; car il connaii les faiblesses de sa créature. » PscUm. eu, 13 et 1 \.

Kt comme si c'eût été trop peu, dans la pensée d'un autre prophète, de donner à Dieu ce nom de Père, vu que sonamour l'emporte par sa sollicitude et sa tendresse sur celui de tous les pères de l'univers, ce prophète laisse ainsi déborder les sentiments de son cœur: « Seigneur, vous êtes notre père; Abraham ne nous b pas connus, et Israël n'a rien de commun avec nous. » Isa. i.xiu, 10. 11 veut nous faire entendre par là que les fondateurs du peuple de Dieu, ses pères selon la chair , ne méritaient nullement ce nom, en comparaison de Dieu lui-même.

Mais comme , dans le genre d'affections représenté par ce nom sacré , celle de la mère est ordinairement et plus vive et plus tendre, Dieu ne se contente pas de prendre le nom de père ; il est encore une mère, et plus qu'une mère, au témoignage des Livres saints. Voici les douces effusions de son amour dans le prophète Isaïe : « Quelle est la mère qui pourrait oublier son petit enfant , et dont le cœur se détacherait jamais du fruit de ses entrailles ? Mais s'il était possible qu'un tel oubli entrât dans l'âme d'une mère, pour moi je ne vous oublierai jamais ; je tiens toujours votre image écrite dans mes mains, vos murs sont sans cesse présents devant moi. » Isa. xlix , 15. Quelle paroles plus suaves ont jamais frappé l'oreille et le cœur de l'homme ? Quel est l'homme assez aveugle ou assez abattu, qui n'ouvre les yeux , ne se réjouisse, ne ressuscite en quelque sorte et ne relève la tête , en s'entendant prodiguer de semblables expressions d'amour et de tendresse ? Quand on considère que celui qui nous les fait entendre , est Dieu lui-même , dont la vérité ne connaît pas d'erreur, dont les richesses ne connaissent pas de bornes, dont la puissance est infinie, que pourrait-on craindre? que ne doiton pas espérer ? Comment ne pas laisser la joie pénétrer au fond de notre cœur avec de si douces paroles , de si glorieuses espérances, une si tendre effusion d'amour?

Il faut encore aller plus loin, pour tâcher d'atteindre toute la portée de cette dernière considération. Dieu ne se contente pas de

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