LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII
aparer son amour pour nous à L'amour ordinaire ei commun d'une mère quelconque; entre toutes Les mères, il choisit pour terme de comparaison celle qui 8e montre La plus Insatiable ou la plus prodigue d'amour maternel, c'est-à-dire l'aigle, en qui l'on se pLaîl à reconnaître ce caractère. Nous lisons dans Y Exode, \i\ . I : « Gomme l'aigle aime ses petits el défend son nid, ainsi le Seiur agit-il à L'égard de ses enfants; il étend ses ailes et se plaçant au-dessous d'eux, les emporte dans les airs. » C'est ce que le même prophète dit d'une manière encore plus formelle, en s'adressanl au peuple de Dieu, parvenu déjà à la terre promise : « Le rneur t'a porté dans tout ce long chemin que tu viens de parcourir , comme un tendre père porte dans ses bras son tout petit enfant, d Deut. i, 31.
De même que Dieu prend à notre égard le nom de père et celui même de mère, il nous .donne aussi le nom d'enfants, et d'enfants tendrement chéris. Il le dit clairement par la bouche de Jérémie, xxxi , "20 : « Ephraîm est mon enfant bien-aimé, mon cher petit enfant ; du jour où je commençai à m'occuper de lui je l'ai toujours tenu présent à ma mémoire; aussi mon cœur a-t-il contracté pour lui' une extrême tendresse, j'aurai donc pitié de lui, oui, j'en aurai pitié. » Chacune de ces paroles , quand on songe surtout que c'est Dieu même qui parle, mériterait d'être pesée et considérée avec une attention toute spéciale ; chacune d'elles est faite pour attendrir notre cœur et l'enflammer d'amour envers Dieu, puisque nous voyons là à quel point ce grand Dieu s'est laissé luimême attendrir pour d'aussi pauvres créatures que nous.
C'est encore à raison de cette douce Providence , qu'il veut porter, en même temps que le nom de père, le nom de pasteur, comme nous le lisons dans l'Evangile. Pouvait-il mieux nous montrer jusqu'où va son amour à l'égard de ses brebis, et quelle est la sollicitude dont il les entoure , qu'en s'exprimant comme il le fait : « Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et elles me connaissent. » Joan. x , 11. Comment les connaissez-vous , Seigneur? et de quel œil les regardez-vous? Les sentiments avec lesquels mon Père céleste repose ses yeux sur moi , et moi sur lui , ce sont ceux avec lesquels je regarde mes brebis, et mes brebis
me regardent 0 sentiments fortunés [tour elles! ô bienveillance infinie de notre Dienl ô miséricordieuse Providence! quelle plus grande gloire, quel plus riche trésor, on homme pourrait-il dé* s'uvr que d'être regardé par le Fils de Dieu avec les mêmes senfiments, du même œil que son Père le regarde lui-même? Et, quoique une telle comparaison ne soit pas juste de tout point, les enfants par adoption ne pouvant jamais égaler les mérites et la dignité du Fils par nature, certes c'est une assez grande gloire pour nous qu'on puisse l'établir sur certains points. Mais quelles sont les œuvres, quels sont les bienfaits de cette divine Providence! C'est eeque Dieu lui-même prend soin de nous expliquer sous les plus riches et les plus gracieuses images , par la bouche du prophète Fzéchiel, xxxiv, 10 et seq. : «J'irai à la recherche de mes brebis, et je les visiterai. De même quele berger poursuit et ramène son troupeau, quand il le trouve dispersé, j'irai de même à la poursuite de mes brebis, et je les ramènerai de tous les lieux où elles étaient égarées, au jour de la tempête et des ténèbres. Je les arracherai du milieu des peuples, je les retirerai des pi étrangers, pour les réunir dans leur terre natale , pour les établir sur toutes les montagnes et dans les riantes vallées d'Israël. Oui, je les établirai dans de riches pâturages ; elles y reposeront sur l'herbe tendre , elles y trouveront une nourriture aussi délicate qu'abondante. Je donnerai la paix et la sécurité à mes brebis, je leur donnerai un sommeil calme et tranquille, a dit le Seigneur. Je retrouverai de mon troupeau ce qui aura été perdu, je recouvrerai ce qui aura été volé ; je guérirai ses blessures et je lierai avec soin les membres brisés; je rendrai la force à ce qui est faible et je la conserverai à ce qui est déjà fort. Je dois établir mon troupeau dans la justice. » Et la justice représente ici la douce et paternelle providence du Seigneur.
Peu après le même prophète ajoute, faisant toujours parler Dieu lui-même : « Je ferai un traité de paix avec mes brebis , et j'éloignerai de leur terre toutes les bêtes malfaisantes; celles-là même qui habitent le désert, reposeront en paix au milieu même des bois. Mes brebis se répandront autour de mes bergeries, et je ne cesserai de verser sur elles l'abondance de mes bénédictions;