LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII
je leur enverrai dans le temps opportun les pluies qui fertilisent la barre.» Telles sont les expressions dTSzéchiel. Or, je vous le demande, que pouvait Dieu nous promettre de plus ? Dans quels termes plus affectueux ou plus magnifiques pouvait-il nous représenter les effets de son amour? Qui ne comprend, en effet, que le Seigneur parle en cet endroil dans un sens spirituel et métaphorique? Ne voit-on pas clairement dans le texte même qu'il désigne les hommes vertueux sous cette image d'une bergerie? Il leur promet là , non-seulement les biens temporels nécessaires à leur existence, mais encore et surtout les faveurs spirituelles, les grâces de prédilection et ces attentions spéciales que sa providence aime à leur accorder. Il nous représente tout cela en s'offrant lui-même à nous sous la figure d'un berger dont tous les soins et la vie tout entière se dépensent à la garde de son troupeau. Il s'en explique dans un autre prophète : « Comme un berger, il paitra son troupeau, il portera les petits agneaux sur ses bras et les réchauffera sur son sein , il portera sur ses épaules leurs mères fatiguées. » Isa. xl, il. Peut-il y avoir des images plus attendrissantes ou déplus suaves expressions? L'Esprit-Saint revient encore à cette image si gracieuse et si féconde d'un berger veillant à la garde de son troupeau; il y consacre tout le Psaume xxu, commençant par ces mots : « Le Seigneur me conduit et rien ne me manquera dans les riches pâturages où il m'a placé. » Saint Jérôme traduit ainsi la première partie du verset : « Le Seigneur est mon pasteur. » C'est là comme le point de départ , et dans la suite du Psaume on voit se dérouler les divers offices d'un bon pasteur. Inutile de les rappeler ici, chacun peut les lire dans ce touchant cantique, dont le sens du reste est bien facile à saisir. De la même manière que le Seigneur se donne à notre égard le nom de pasteur, par la raison qu'il nous guide et nous nourrit, il se donne aussi le titre de roi , par ce qu'il nous protège et nous défend; de maître, parce qu'il nous instruit et dissipe notre ignorance; de médecin, parce qu'il guérit nos infirmités; de père de famille , parce qu'il nous porte dans ses bras ; de gardien fidèle , parce qu'il veille constamment à notre conservation et à notre bonheur. Ce sont là des noms qui reviennent sans cesse dans
l'Ecriture sainte. Mais le plus tendre et le plus expressif, celui qui nous découvre le mieux cet amour qui esl comme le mobile de sa providence, c'esl le nom d'époux. Il le prend spécialement dans le Cantique des cantiques, et il se le donne encore en beaucoup d'autres passages des Livres saints. Voilà le titre sous lequel il veut être invoqué par l'âme du pécheur lui-même, quand il dit dans Jérémie, ni, i : « Qu'elle m'appelle maintenant, et son père, et le guide de sa virginité.» Le grand Apôtre se plaît à relever la grandeur et la beauté de ce nom. Après avoir rappelé les célèbres paroles (pie le premier homme adressa à la première femme : a L'homme abandonnera son père et sa mère , pour s'attacher à sa femme; ils seront deux dans une chair; » saint Paul ajoute: « C'est là un grand sacrement, mais entendu comme je l'entends moi-même , en Jésus-Christ et son Eglise. » Il l'est encore , quoique d'une autre façon dans toute âme que la grâce unit avec Dieu. Que ne peut-nu pas espérer de celui qui porte un tel nom, et qui ne le porte pas en vain?
.Mais pourquoi irions-nous cherchant ainsi dans l'Ecriture sainte , tantôt un nom et tantôt un autre qui puissent convenir à notre divin Seigneur? Tous les noms ayant une signification heureuse et nous donnant l'espoir d'un bien quelconque ne lui appartiennent-ils pas essentiellement? Celui qui l'aime et le cherche, ne trouve-t-il pas en lui tout ce qu'il peut désirer? C'est ce qui fait dire à saint Ambroise dans un de ses sermons : « Nous possédons dans le Christ toutes les choses désirables , ou plutôt le Christ nous est à lui seul toutes ces choses à la fois. Si vous désirez être guéri de vos blessures, il est le vrai médecin; si vous êtes brûlé par la soif, il est la source d'eau vive ; si vous êtes accablé sous le poids de vos péchés, il est la justice même ; si vous avez besoin d'un point d'appui, il est la force; si vous craignez la mort, il est la vie; si vous voulez échapper à vos ténèbres, il est la lumière incréée ; si vous désirez aller au ciel, il est la voie qui peut seule vous y conduire; si pour vous ranimer vous avez besoin d'une nourriture, substantielle, il est votre aliment immortel. » Voyez à quel point se multiplient et se diversifient les noms qu'on peut appliquer à cet Etre absolument un et parfaitement simple ; car