LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII
.>'i! est un «'ii Lui-même, il devient en quelque sorte multiple par rapport à nous, afin de guérir chacune de nos infirmités, dont le nombre est incalculable.
11 eût ilonc été trop long de réunir ici (nus les textes des divines Ecritures qui se rapportent à ce sujet, .le me suis contenté d'en rapporter incertain nombre pour qu'ils servent de consolation
et de stimulant à ceux qui sont entrés déjà dans le service de Dieu, d'encouragement et d'attrait à ceux qui ne le servent pas encore ; et qui oserait prétendre qu'il existe sous le ciel un plus riche trésor? Comme on voit, au service des rois de la terre, des hommes qui ont accompli quelque action d'éclat, recevoir du monarque une attestation écrite de leur généreux dévouement, et la promesse qu'ils seront magnifiquement récompensés; ces hommes gardent avec le plus grand soin de si précieux témoignages, soit pour s'animer et s'exciter encore à continuer leurs nobles travaux, soit pour obtenir le prix de leurs services passés; c'est ainsi que Les serviteurs de Dieu gardent au fond de leur cœur toutes ces touchantes paroles, tous ces divins témoignages, mille fois plus assurés que ne le furent jamais les promesses des rois de la terre. C'est là-dessus que repose leur espérance; c'est là ce qui les anime et les soutient dans leurs travaux; c'est là qu'ils puisent la confiance au milieu des dangers, la consolation dans les peines, une ressource enfin dans toutes leurs nécessités. Les divins témoignages les enflamment d'amour pour Dieu, et les font se consacrer sans réserve au service d'un maître qui leur promet ainsi de s'employer lui-même tout entier à leur gloire et à leur bonheur, de leur être tout en toutes choses. Cela nous montre clairement que l'un des principaux fondements de la vie chrétienne git dans la connaissance, mais dans la connaissance pratique de cette vérité. Maintenant, je vous le demande, est-il possible de concevoir une chose plus heureuse pour nous , plus capable d'enflammer nos désirs et d'exciter notre reconnaissance ? Peut-il y avoir dans la vie un plus grand bien que d'avoir Dieu pour père, pour mère, pour pasteur, pour médecin, pour guide et pour appui, pour défenseur et pour garant, et, ce qui est bien plus touchant encore, pour le fidèle époux de nos âmes? En un mot, il a voulu être tout
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pour nous. Le monde pourra-t-il jamais donner à ses amateurs quelque chose de comparable à ce que Dieu nous promet? Ceux qui possèdent un tel bien ne sont-ils pas mille fois en droit de se livrer aux transports de l'allégresse, aux pensées les plus consolante, de se confier et de se glorifier en Dieu par dessus toutes les choses dn monde? Le Prophète-Roi s écrie: «Que les justes se réjouissent dans le Seigneur, que les hommes au cœur droil mettent en lui toute leur gloire, o Psai. xxxi, 11. .N'est-ce pas là comme s'il disait : Que les autres se réjouissent dans les biens matériels ou dans les honneurs du monde , dans la noblesse de leur origine et l'éclat de leur nom , dans la faveur et la familiarité des princes , dans l'importance de leurs emplois et la prééminence de leurs dignités; pour vous qui possédez l'amitié de Dieu, dont Dieu luimême veut être l'héritage et la possession, c'est à juste titre que vous devez vous réjouir et vous glorifier dans cet unique bien ; car ce bien est autant au-dessus de tous les autres que le Créateur est au-dessus .de toutes les choses créées.
Le même prophète confesse et proclame ailleurs cette douce et consolante vérité dans les termes les plus formels : « Délivrezmoi , Seigneur, des mains de ceux qui vivent hors de votre service et de votre maison ; ils n'ont de langue que pour parler de vanités, de bras que pour faire le mal. Leurs fils pleins de fraîcheur et de jeunesse, sont comme des arbres vigoureux et récemment plantés; leurs filles sont arrangées et parées comme les statues d'un temple ; leurs demeures sont pleines et regorgent de toute sorte de biens ; leurs brebis sont fécondes et les agneaux bondissent constamment autour d'elles. Bienheureux a été proclamé le peuple qui possède tous ces biens ; mais plus heureux encore est le peuple dont le Seigneur est le Dieu. » Psal. cxliii, I i et seq. Pourquoi cela, ô prophète ? La raison en est bien simple : c'est que dans un seul bien ce peuple possède tous les biens que le cœur de l'homme peut désirer. Voilà pourquoi j'abandonne aux autres toutes les félicités et toutes les gloires humaines; et moi, quoique investi de la puissance royale et possédant avec elle les plus vastes trésors, c'est en lui seul que je mettrai ma gloire. In autre prophète exprime la même pensée à peu près dans
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h mê s termes : a Je me réjouirai dans le Seigneur; je ttrai
en Dieu, mon Sauveur, toute mon allégresse ; car il est mou Dieu, il est ma force; c'est lui qui rendra mes pieds agiles comme ceux du cerf, pour courir sans obstacle dans les chemins de la vie; il fera que je me transporterai sur les hautes montagnes, élevant vers lui des chants de reconnaissance ei d'amour, faisant partout retentir ses louanges. » Uabac. m, 18 et seq. Voilà donc l'inappréciable trésor et la gloire spéciale que possèdent, même dans ce monde, les fidèles serviteurs de Dieu. Voilà l'une des plus puissantes raisons qui devraient engager tous les hommes à son service, l'une des plus légitimes plaintes qu'il fasse entendre contre ceux qui ne le servent pas. Comment se peut-il, en effet, que de faihles créatures refusent d'obéir à ce bon Maître, lui qui soutient et protège L'existence qu'il leur a donnée? Ce sont là les reproches qu'il mettait dans le cœur et sur les lèvres de Jérémie, quand il l'envoyait auprès de son peuple, pour le ramener de ses égarements : « Quelle est l'injustice que vos pères ont découverte en moi, pour s'éloigner ainsi de mon amour, pour marcher à la poursuite de la vanité et devenir vains eux-mêmes?» Jerem. n, 5. Plus loin il ajoute : « Est-ce que je fus jamais pour ce peuple une terre inculte, une terre ingrate et lente à donner ses fruits? » Ibid. 31. La réponse, à cette question se présente d'elle-même. Evidemment non, il n'en fut point ainsi; je leur ai donné tant de victoires et de prospérités dont ils ne sauraient méconnaître la source. Qu'a donc pu dire ce peuple pour excuser ou motiver sa rébellion ? Il a dit : Je me suis éloigné de ton service et je ne veux plus revenir à toi. Est-ce que par hasard la jeune fille oublie le plus précieux de ses joyaux, la ceinture d'honneur dont elle aimait autrefois à se ceindre? Comment se fait-il donc que mon peuple m'ait laissé si longtemps en oubli, moi son unique ornement , moi sa parure et sa gloire ? Si Dieu se plaignait avec cette amertume des hommes de l'ancienne loi, dans un temps où sa miséricorde n'avait pas encore débordé sur la terre , quels reproches n'a-t-il pas le droit de nous adresser aujourd'hui , quand il semble avoir épuisé sur nous toutes ses faveurs, des faveurs désormais spirituelles et divines ?
De la manière dont la providence de EMeo s'exerce à l'égard des méchants, pour h- chalimenl il»' leurs désordres.
Si L'amour de cette bienheureuse providence que nous voyons se dépl< lyer sur les justes, ne peut émouvoir nos cœurs, peut-être se laisseront-ils ébranler parla crainte des châtiments que cette même providence ne cesse d'infliger aux pécheurs. Pour les punir, Dieu les traite comme ils l'ont traité eux-mêmes, il leur applique leur propre mesure , il leur rend les mépris et l'oubli dont il a été lui-même l'objet de leur part. Pour nous montrer en fait cette conduite de sa justice outragée, il commande à l'un de ses prophètes, au prophète Osée, de prendre pour épouse une femme de mauvaise vie. C'était là l'image vivante de l'étrange fornication où ce peuple était tombé en abandonnant , pour des idoles étrangères, son légitime époux et son souverain Maître. Le premier enfant qui naît de cette union, reçoit de la part de Dieu même un nom qui signifie : « Vous n'êtes plus mon peuple. » Puisqu'ils ne l'ont plus reconnu ni servi comme leur Dieu , il ne veut pas non plus les reconnaître et les traiter comme son peuple. Et pour mieux confirmer cette interprétation effrayante , bientôt après il s'écrie : « Jugez vous-même votre mère, jugez-la; car elle n'est plus mon épouse et je ne suis plus son époux. » Israël n'est donc plus qu'une femme infidèle; elle n'a pas gardé l'obéissance et la foi qu'elle devait à son Dieu , elle ne doit plus en attendre la protection et l'amour que l'époux accorde à son épouse. Pouvonsnous douter après cela que le Seigneur ne mesure chacun de nous à notre propre mesure, et qu'il ne soit pour l'homme ce que l'homme est pour lui?
Les méchants vivant donc sur la terre comme s'il n'y avait pas de Dieu , ils ressemblent dès lors à un bien délaissé et qui n'a pas de maître, à une école sans chef, à un navire sans pilote, à un troupeau dispersé et sans pasteur, sans cesse exposé à la rage des loups. C'est ainsi que Dieu s'en explique par le prophète Zacharie , xi , 9 : « Je ne veux plus avoir le soin de vous garder et de vous conduire; que ce qui doit mourir meure, que ce qui doit