LIVRE PREMIER, CHAPITRE MF
être retranché le soit, et que le reste s'eut re- dévore. » La même pensée avait été exprimée par Moïse dans son cantique : «Je détournerai d'eux mes regards de miséricorde; immobile, je considérerai les souffrances et les calamités qui doivent fondre sur eux, et je ne ferai rien pour porter un remède à leurs maux. » Deut. xxxu , 20.
Mais cette conduite de la divine Providence à l'égard des méchants nous est représentée d'une manière plus complète par le prophète Isaïe; il parle de son peuple sous l'image d'uni' vigne cultivée et défendue avec le plus grand soin, mais dont les fruits n'ont pas récompensé tant de sacrifices et de peines; el Itieu prononce alors contre cette vigne ingrate la sentence qui suit : « Je vous dirai le sort que je veux infliger à ma vigne. Je détruirai la haie qui la protège , et elle sera ravagée ; je renverserai le mur dont elle est entourée, et elle sera foulée aux pieds; je la transformerai en une terre solitaire et déserte. Elle ne sera ni taillée ni labourée, elle se couvrira de ronces et d'épines; je commanderai aux' nuées de ne plus verser sur elle une pluie bienfaisante. » Isa. v, 5 et 6. Ceci veut dire simplement que Dieu retirera aux hommes dont cette vigne est la figure , tous les secours et tous les appuis dont il les avait pourvus ; de telle sorte que leur chute et leur ruine deviennent inévitables. Que vous semble-t-il d'une telle providence, et n'est-elle pas pour nous un juste sujet de terreur ?
Quel plus grand danger pouvez-vous concevoir, et quelle plus profonde misère, que de vivre en dehors de la tutelle du Seigneur, que d'être en quelque sorte déshérité de son amour paternel, et de demeurer ainsi exposé à tous les écueils dont le monde est semé , à tous les outrages et à toutes les calamités qui attendent l'homme sur la terre? D'une part, en effet, le monde peut avec trop de raison nous être représenté, soit comme une mer orageuse et qui met sans cesse en péril les jours du pauvre matelot, soit comme un désert infesté par les brigands et les bètes féroces; les accidents et les désastres de la vie humaine sont si nombreux, les .ennemis qui nous attaquent sont si forts , tant de pièges nous sont dressés avec un art perfide, et nul ne pourrait dire les périls
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dont nous sommes entourés ici-bas. D'autre part, l'homme est âne créature si faible, si indigente, si aveugle, si désarmée, si dénuée de conseil et de force, que, la faveur et le secours divin vouant à lui manquer, il ne peut que succomber aux attaques de ses ennemis. Que fera parmi les forts un être aussi débile, le nain parmi les géants, un aveugle entouré d'embûches, un homme seul et sans armes, enfin, au milieu des machinations aussi puissautes que perfides dressées contre son salut?
Mais là ue s'arrête pas le malheur des méchants; la divine Providence ne se ((.ntente pas de les abandonner à leur propre faiblesse, cause certaine de tant de chutes et de calamités, elle-même les frappe dans sa justice. La vigilance qu'elle déployait auparavant pour leur avantage et leur bonheur, elle l'exerce maintenant pour leur châtiment et leur misère. C'esl ee que le Seigneur nous dit clairement parle prophète Amos, îx, ï : « Je tiendrai les yeux fixés sur eux , mais pour leur malheur et non pour leur bien. » Menace qu'on pourrait traduire ainsi : Ma providence à leur égard subira par leur faute un tel changement qu'au lieu d'avoir les yeux fixés sur eux pour les protéger et les défendre, comme je le faisais auparavant, je ne les regarderai plus désormais que pour faire éclater sur eux ma colère, pour leur rendre le juste prix de leurs perversités et de leurs désordres. Dieu s'en explique d'une manière encore plus évidente peut-être dans le prophète Osée, v, J 2 : « Je serai pour Ephraïm comme le ver qui ronge les vêtements, et pour Israël comme la rouille qui dévore. » Et comme si ce genre de châtiment était trop lent et trop doux, Dieu fait entendre aussitôt une menace plus terrible et plus prompte : o Je serai moi-même comme une lionne contre Ephraïm , comme un Monceau contre la maison de Juda; moi , moi, j'irai, je saisirai, j "arracherai, et nul ne pourra les enlever de mes mains. » Une telle menace n'a pas besoin d'explication; elle n'est que trop facilement comprise.
Nous retrouvons un témoignage non moins explicite de cette conduite de Dieu à l'égard des pécheurs, dans le prophète Amos que nous avons déjà cité. Après avoir dit que Dieu frapperait par l'épée tous les méchants à cause des péchés où la cupidité les en-