‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 86 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII

traîne, ce prophète ajoute aussitôt, faisant parler Dieu lui-même :

a Et qu'ils ne pensent pas échapper à nies mains par la fuite,. Descendraient-ils au fond des enfers, je saurai bien les en arracher; s'élèveraient ils au ciel , je les en ferai descendre; s'ils vont M réfugier au sommet Le plus élevé du Carmel, j'irai jusque-là

les trouver et les saisir; s'ils préteudenl se cacher à mes yeux en Renfonçant dans le sein de la mer, il y a là un serpent auquel j'ordonnerai de les mordre, et il les mordra. S'ils sont amenés captifs sur une terre ennemie, encore là je commanderai au glaive, et le glaive les exterminera. Mes yeux seront fixés sur eux, mais pour leur ruine, et non pour leur salut. » Ce sont là les expressions du prophète. Quel est l'homme qui, les lisant dans le texte sacre, sachant que c'est Dieu même qui parle, et voyant ainsi quel genre de providence il exerce à l'égard des méchants, quel est l'homme qui ne tremblerait de s'attirer un si puissant ennemi, un ennemi si terrible qui ne lui laissera ni repos ni trêve, qui lui fermera tous les chemins, s'offrira partout à sa rencontre, ne cessera de veiller enfin pour le renverser et le perdre? Comment pourra-t-il avoir un instant de sécurité , dormir, manger de manière à réparer ses forces ,• tandis qu'il a constamment sur lui les yeux d'un Dieu trop justement irrité, tandis que l'indignation divine le poursuit et que le bras du Tout-Puissant est incessamment levé sur sa tète? C'est déjà un bien grand malheur d'être privé de la grâce et de la providence paternelle du Seigneur ; mais combien n'est-ce pas un malheur plus grand de voir cette même providence se retourner contre nous et travailler désormais à notre ruine?

Quel malheur, en effet, de voir dirigée contre nous même l'épée qui avait été dégainée contre nos ennemis, de ne pouvoir ignorer que les mêmes yeux qui veillaient autrefois à notre défense ne sont maintenant ouverts que pour notre destruction, que le bras qui nous soutenait, prépare désormais notre chute, que ce même cœur qui méditait uniquement sur nous des pensées de paix et d'amour, médite aujourd'hui contre nous des projets d'abaissement et de souffrances, que celui qui s'était fait notre bouclier, notre soutien et notre joie, est changé au point de se faire, à notre

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égard, et le ver qui ronge, et le l'uni qui met en pièces? Comment peut-il avoir une seule heure de sommeil tranquille celui qui ne peut ignorer que pendant qu'il dort Dieu veille, mais pour le ebàtirr et le perdre ? Quel conseil pourra le rassurer contre ce conseil divin? Quel bras pourra-t-il opposer au bras du Tout-Puissant? Quelle providence pourrait entraver la marche de cette Providence infinie? Qui donc, comme parle le saint homme Job, a jamais tenté de lutter contre Dieu, et a pu conserver la paix?

Disons en finissant que si quelqu'un osait encore douter de la grandeur de ce mal, on pourrait lui présenter de nombreux passages de l'Ecriture où Dieu menace, connue du plus grand châtiment qu'il puisse infliger aux méchants sur la terre, de leur retirer l'appui de son amour et de sa providence paternelle. D'une paît, Psaume i.xxx, après avoir dit que son peuple n'a voulu ni prêter l'oreille à sa voix ni avoir présente sa pensée, il le menace de détourner de lui ses regards et de ne plus avoir pour lui les sentiments et les soins qu'il avait autrefois. Voilà pourquoi il livre les enfants de son peuple aux désirs de leur cœur, de telle sorte qu'ils iront chaque jour aggravant leurs désoi (1res et leurs chutes. D'autre part, il s'exprime ainsi dans le prophète <Xsée iv, 6 : « Tu as oublié la loi de ton Dieu, et moi aussi j'oublierai tes enfants. » Ainsi donc, comme l'un des plus grands malheurs qui puissent arriver à une femme, c'est d'être repoussée du cœur et de la demeure de son mari ; le plus grand malheur d'une vigne, d'être abandonnée et laissée sans culture ; de même le plus grand malheurqui puisse arriver aune âme, c'est que Dieu lui retire l'appui de sa main. En effet, qu'est une âme sans le secours de Dieu? une vigne sans vigneron, un jardin sans jardinier, un navire sans pilote, une armée sans capitaine, une république sans chef; disons mieux, un corps sans âme.

Par là vous voyez, mon frère, que Dieu vous circonvient de toutes parts et que la raison elle-même est ici parfaitement d'accord avec la grâce ; car, comme nous l'avons dit au commencement, si le désir d'être entre lesmainsd'une providence paiernelle ne peut émouvoir votre cœur, ne se laissera-t-il pas du moins ébranler par la crainte de ce terrible abandon? On voit des hommes

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