‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 87 sur 308 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Du secotul privilège de la vertu, ou de la grâce que l'Esprit saint répand dans les âmes vertueuses.

Cotte paternelle providence qui vient d'être l'objet de notre étude, eal la source de tous les antres bienfaits, de toutes les faveurs et de tous les privilèges que le Seigneur accorde à ses enfants. Et la raison, c'est qu'il appartient à cette providence de les pourvoir de tous les moyens dont ils ont besoin pour arriver à leur (in, qui est leur dernière perfection et leur félicité suprême; elle doit, par conséquent, les aider et les soutenir dans toutes leurs néeessités, produire dans leur àme toutes les aptitudes et les vertus, toutes les dispositions infuses sans lesquelles on ne saurait arriver à ce but.

Le premier de tous ces moyens, c'est la grâce du Saint-Esprit, puisqu'il faut voir dans cette grâce le principe aussi, après la divine Providence, de tous les autres dons célestes. Elle nous est représentée par ce premier vêtement qui fut donné à l'enfant prodigue lorsqu'il rentra sous le toit paternel. Et si vous me demandez ce que cette grâce est en elle-même, je vous dirai avec les théologiens, et spécialement avec le plus grand de tous, que la grâce est une participation à la nature divine, c'est-à-dire, à la sainteté, à la bonté, à la pureté et à la noblesse de Dieu; de telle sorte que la grâce dépouille l'homme de la bassesse et de l'abjection qui nous ont été léguées par Adam, pour y substituer la grandeur et, la dignité qui lui viennent de son Père céleste; par la grâce l'homme se dépouille de lui-même et se revêt de Jésus-Christ. C'est ce que les saints docteurs s'efforcent de nous faire comprendre en se servant d'un exemple, celui du fer qui est plongé dans le t'en ; sans cesser d'être fer, il sort de là tout embrasé et tout resplendissant comme le feu lui-même ; si bien qu'en conservant la même substance et le même nom, il se trouve avoir acquis les divers accidents du feu, tel que l'éclat et la chaleur. C'est ainsi que

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la grâce, cette divine qualit que Dieu Lui-même communique à L'Ame, a la merveilleuse puissance de transformer L'homme en le

revêtant de la divinité; de telle sorte que, sans cesser d'être homme, il participe d'une certaine façon aux vertus et à la sainteté de Dieu, comme y avait participe celui qui disait : « Je vis, non pins moi, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » Galat. ri, 20.

L i grâce peut encore être définie, une forme surnaturelle et céleste, qui élève la vie humaine à sa propre hauteur, en lui imprimant ce double caractère. Nous voyons resplendir en cela d'une Bannière admirable la Providence de notre Dieu. Voulant que rin»mme possédât ici-bas deux sortes de vies, l'une naturelle, l'autre surnaturelle, il lui a également donné deux formes dilférentes qui sont comme les deux âmes de cette double vie.

De ce principe nous pouvons tirer cet enseignement : de même que de l'àme, forme naturelle de notre vie, procèdent toutes les puissances morales et physiques qui constituent la vie naturelle; ainsi de la grâce, cette forme supérieure et surnaturelle de la vie, procèdent toutes les vertus et tous les dons de l'Esprit-Saint , qui constituent également cette autre vie surnaturelle. C'est cornu m i si, sachant qu'un homme devra remplir une double fonction, on le pourvoyait d'instruments de deux sortes, pour qu'il fût pleinement en état d'accomplir sa destination.

On peut encore considérer la grâce comme un ornement spirituel, une chaste parure de lame, et qui est l'œuvre de l'Esprit- Saint. Cet esprit d'amour et de lumière rend lame si agréable et si belle aux yeux de Dieu, qu'il l'adopte pour sa fille, ou plutôt la reconnaît pour son épouse. C'est dans un tel ornement que se glorifiait le prophète, quand il s'écriait : « Je goûterai dans le Seigneur une joie surabondante, mon àme tressaillera d'allégresse dans le Seigneur mon Dieu, car il m'a revêtu d'un habit de salut, il m'a paré des ornements de la justice ; et je suis devenu comme l'époux qui porte la couronne, comme l'épouse brillante de pierreries. » Isa. lxi, 10. Tout cela nous représente les>ertus et les dons de l'Esprit-Saint, joyaux précieux, immortelle parure, dont la main de Dieu se plaît à enrichir l'àme du juste. Tel est l'habit aux couleurs brillantes et variées, que porte la fille du roi, quand

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