LIVRE PREMIER, CHAPITRE XIII. t$t
elle moule sur son trône <•! vienl s'asseoir à Le «Imite de L'époux. l'sulm. xliv , l<>. C'csl (le la grâce que procèdent les admirables nuances qui distinguent les différentes vertus et les habitudes di-
s imprimées par le ciel dans notre âme.
Il est aise de déduire par ordre, de oe que nous avons dit jusqu'ici . (fuels son! les effets que la grâce produit en nous. Le premier, le principal, et celui-là nous l'avons déjà signalé, c'est de rendre L'âme dont elle l'ait sa demeure tellement belle, tellement. agréable aux yeux de Dieu, qu'il L'adopte aussitôt pour sa fille, la prend pour son épouse et. passant encore plus loin dans les inventions de son amour, la choisit pour son sanctuaire, où il se plait à résider parmi les entants des hommes.
La grâce ne se borne pas à embellir notre âme, elle la fortifie p. ii- le moyen des vertus qu'elle y produit et y développe; ce sont là comme les cheveux de Samson, dans lesquels résidaient et sa force et sa beauté. L'une et l'autre de ces deux choses lui devient un sujet, de louanges dans le Cantique des cantiques, lorsque les esprits angéliques, émerveillés de son aspect, redisent ces paroles : « Quelle est celle qui monte du désert comme le jour qui se lève, belle comme la lune, unique comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille? » Cant. vi, 9. La grâce est donc comme une riche armure, polie et ciselée avec art, et qui, couvrant l'homme de pied en cap, le rend en même temps terrible et beau, • en fait un objet de frayeur et d'amour. Cette force est si réelle et si grande que, selon la doctrine de saint Thomas, S um. TheoL, Part. III, Qua?st. i.xu, art. (>, le moindre degré de grâce suffit pour triompher de tous les péchés du monde.
Un troisième effet de la grâce, c'est de donner à l'homme un tel crédit et une telle dignité devant Dieu que toutes les œuvres qu'il accomplit, tous les actes délibérés qu'il fait, pourvu qu'ils soient exempts de fautes, lui sont comptés comme un mérite et lui donnent droit à l'éternelle récompense. De telle sorte que, nonseulement les actes vertueux, mais même les actions naturelles, comme manger, boire, dormir, revêtent un caractère surnaturel et deviennent autant de titres à la félicité suprême ; car, du moment où l'homme lui-même est agréable aux yeux de Dieu, tout
•:'il t'ait, hors lf mal. lui est agréable aussi, et devient dès lors an objet de mérite.
1. 1 grâce dont nous perlons produit un quatrième effet; c'est de nous foire enfants de Dieu par adoption, héritiers de son éternel royaume. l'Ile nous inscrit au livre de vie, qui renferme le nom de tous Les justes; et c'est ainsi qu'elle nous assure le droit au uilique héritage du ciel. Voilà le privilège que le divin Sauveur mettait au-dessus de tous les autres, quand ses disciples revenant à lui heureux et fiers de ce que les démons eux-mêmes leur obéissaient, ce bon Maître leur dit : « Ne vous réjouissez pas de l'empire que vous avez sur les démons; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans le royaume des cieux. » Luc. x, -2o. 11 est évident, en effet, que c'est là le plus grand bien que le cœur de l'homme puisse désirer ici-bas.
Pour abréger, j'ajouterai seulement que c'est la grâce qui donne à l'homme l'aptitude et la facilité d'accomplir un bien quelconque; qu'elle nous aplanit le chemin du ciel ; qu'elle nous rend le joug du Seigneur agréable et son fardeau léger ; qu'elle nous rend la pratique de la vertu facile, en rétablissant notre faible nature dans sa force et sa vigueur. C'est là ce qui nous explique que l'homme porte avec courage et même avec joie ce qui auparavant lui eût été d'un poids intolérable. Au moyen des vertus dont elle est le principe et le mobile, la grâce communique à toutes les puissances de notre âme une merveilleuse énergie, une vie nouvelle; elle illumine notre entendement, enflamme notre volonté, ranime notre mémoire, fortifie notre libre arbitre, modère la partie concupiscible de notre sensibilité pour qu'elle ne se laisse pas entraîner au mal, relève et soutient au contraire la partie irascible pour qu'elle ne languisse pas dans la poursuite du bien. Mais comme toutes les passions naturelles qui résident dans ces appétits inférieurs de notre âme , sont autant de pièges et de dangers pour la vertu , le côté faible de notre âme, le point par où les démons ont coutume d'y pénétrer, la grâce y place en quelque sorte une garde pour arrêter là les ennemis et leur en défendre le passage. Cette garde se compose de plusieurs vertus infuses et descendues du ciel , dont chacune correspond à l'une de ces passions qui mettent