CHAPITRE XIV
Du troisième privilège de la vertu, ou des lumières supérieures et des connaissances surnaturelles que les âmes vertueuses reçoivent du Seigneur.
Une lumière céleste, une sagesse qu'on ne puise pas dans les grossiers éléments de la vie présente, mais que Dieu lui-même donne à l'àme du juste, constitue le troisième privilège de la vertu; et ce privilège, aussi bien que tous les autres, émane de la grâce qui vient d*ètre le sujet de nos réflexions. Voici pourquoi : 11 appartient essentiellement à la grâce de guérir les infirmités de notre nature. De même donc qu'elle rectifie nos appétits et restaure notre volonté blessée par le péché, de même elle éclaire notre entendement, vicié et obscurci par la même cause. D'où il résulte que l'homme peut alors , et connaître ce qu'il doit faire et
m LA GUIDE DES PKCHEURS.
l'accomplir en réalité. C'est la pensée qu'exprime saint Grégoire dans son admirable Traite de .Morale : « Que l'homme ne puisse l>as accomplir le bien dont il a la connaissance, c'est un châtiment
qui lui fut mérite parle péché; mais un châtiment qui n'est pas moindre, c'est qu'il ne puisse pas même connaître ce bien. » Voilà pourquoi le Prophète dit : « Le Seigneur est ma lumière et mon
salut, d Psalm. xxvi, 1. C'est-à-dire que, d'une part, il dissipe mon ignorance, et que, de l'autre, il supplée à ma faiblesse. Il m'enseigne ce que je dois désirer, et il me donne les forces nécessaires pour l'obtenir. L'une et l'autre de ces deux choses appartiennent donc également à la grâce.
Pour atteindre le but où elle doit nous conduire, il ne suffit pas que nous possédions la foi habituelle et la prudence infuse, dont l'effet est de dissiper les ténèbres de notre entendement, afin que nous connaissions ce que nous devons croire et ce que nous devons pratiquer; il faut recevoir de plus les dons de l'Ksprit- Saint. Parmi ces dons, quatre regardent l'entendement : le don de sagesse, qui nous communique la connaissance des choses les plus élevées; le don de science, qui a pour objet les choses de la terre et du temps; le don d'intelligence, qui nous fait pénétrer dans le sens des divins mystères, nous en révèle les hautes convenances et les profondes beautés; le don de conseil, qui nous aide à triompher des perplexités et des doutes dont nous sommes si fréquemment assaillis dans le cours de notre vie terrestre. Ce sont là autant de rayons qui partent de la grâce comme d'un divin foyer, autant de splendeurs dont elle se couronne; et de là vient que les saintes Ecritures l'appellent une onction sainte, « laquelle nous enseigne toutes choses, » I Joan. n , 20. C'est l'huile, en effet, qui sert à toute onction religieuse, et cette liqueur a la double vertu d'alimenter la lumière et d'adoucir les plaies. C'est ce que fait aussi la divine onction ; elle répand dans notre intelligence une clarté céleste, elle guérit les blessures de noire volonté. Voilà l'huile dont le prix l'emporte sur celai des baumes les plus purs; c'est celle dont le saint roi David se glorifiait en ces termes : « Vous avez oint ma tête, Seigneur, des flots de l'huile sainte. » ÏMlm. xxn, .*). Il est évident que le Prophète ne parle ici ni d'une