LIVRE PREMIER, CHAPITRE XIV
onction ni d'une huile corporelles; par Ba tête il entend la partie la plus élevée de L'àme, c'est-à-dire L'entendement ou l'intellect, selon l'interprétation de Didyme; et l'huile représente dans ce bute li lumière de lï'.sprif-Saint, qui vient alimenter celle de notre Mine, i >r ce grand serviteur de Dieu devait posséder en abondance cette huile mystérieuse^ puisqu'il dit à Dieu dans un autre psaume : «Vous m'avez manifeste les choses que votre sagesse nous tient cachées et qui demeurent incertaines pour l'homme. » Paahm. l, h.
Cela s'explique encore par une autre raison : l'objet, la fonction propre de la grâce, c'est de rendre l'homme vertueux; et pour cela elle doit nécessairement lui inspirer la douleur et le repentir de ses fautes passées, l'amour de Dieu, l'horreur du péché, le mépris du monde, le désir des biens éternels. Mais la volonté ne pourra jamais concevoir de tels sentiments , se mettre dans ces heureuses dispositions, si l'entendement ne possède cette divine lumière qui lui montre à découvert l'importance et la nécessité de cette transformation spirituelle. La volonté, comme s'expriment les philosophes et les théologiens, est d'elle-même une puissance aveugle, qui ne saurait faire un pas sans que l'entendement la précède et l'éclairé, pour lui montrer le bien ou le mal des choses qui se présentent, de telle sorte qu'elle puisse conformer à cette connaissance ses affections ou ses antipathies. Aussi, le docteur angélique, en plusieurs endroits de son grand ouvrage, nous montre- t-il l'amour de Dieu croissant dans l'àme du juste, à mesure que croit en elle la connaissance qu'elle a de la bonté , de l'amabilité et de la beauté de ce même Dieu. Si cet amour a cent degrés par exemple, c'est que cette connaissance a cent degrés aussi. Et cela n'est pas difficile à comprendre : celui qui aime beaucoup voit dans l'objet aimé un grand nombre de motifs d'amour; et celui qui n'aime que faiblement, en voit peu. Ce que nous disons du divin amour, et que tout le monde comprend sans peine, s'applique également à la crainte, à l'espérance, à l'horreur du péché. Pour ce qui regarde ce dernier sentiment en particulier, cette vérité prend le caractère de l'évidence ; car on ne saurait détester le péché par-dessus toutes choses, si l'on ne voit clairement
LA (il IDE DES PÉCHE1 RS.
qui' c'est là le plus grand des maux, relui qui mérite d'être abhorré par-dessus tous les autres. Puis doue que l'Kspril Saint vwut produire tous ees effets dans L'âme du juste, il doit vouloir aussi qu'il y ait autant de causes correspondantes. Le créateur ayant voulu qu'il y eût sur ta terre un grand nombre d'effets divers, il en a place les causes dans tes diverses influences du ciel.
Ajoutons enfin que s'il est vrai, comme nous l'avons déjà dit, que la grâce t'ait de notre aine la demeure de Dieu, s'il ne l'est pas moins en outre que Dieu , selon l'expression de l'Evangéliste , Joan. i, 9, « est la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde , » il est évident que plus une âme sera pure et limpide , plus y resplendiront avec puissance les rayons de la divine clarté ; c'est comme les rayons du soleil , qu'un miroir reflète d'autant mieux que la surface en est plus nette et plus polie. Voilà pourquoi saint Augustin appelle Dieu, « la science de l'âme purifiée ; » car il l'inonde des rayons de sa pure lumière , il l'instruit, mieux que ne pourraient le faire les maîtres les plus habiles , touchant les choses du salut.
Mais faut-il s'étonner que telle soit l'action de Dieu sur l'homme, n'agit-il pas ainsi sur toutes les créatures , selon leur condition et leur espèce ? Par un secret instinct qu'elles tiennent de l'Auteur même de la nature , ne savent-elles pas parfaitement tout ce qui convient à leur conservation? De qui la brebis a-t-elle appris à distinguer, parmi tant de sortes de plantes qu'elle rencontre dans la campagne, celles qui lui sont salutaires et celles qui pourraient lui nuire , si bien qu'elle prend constamment les unes et laisse invariablement les autres ? Qui lui a fait connaître de plus ses amis et ses ennemis parmi les animaux ; qui l'a dressée à fuir le loup et à rechercher la compagnie du chien ; qui, si ce n'est le Seigneur lui-même ? Si Dieu prend soin de donner aux animaux privés de raison le discernement nécessaire pour qu'ils sachent conserver leur existence , combien plus ne donnera -t-il pas à une âme immortelle, à une âme qui est en grâce avec lui, cette connaissance supérieure dont elle a besoin pour conserver la vie spirituelle et divine ? Est-ce que par hasard l'homme aurait moins besoin de Dieu dans les choses qui sont au-dessus de sa nature ,