LIVRE PREMIER, CHAPITRE XIV
-.unis, la science (|ui l'ait les sages; celle des justes et celle des érudits. Salomon dil de la première : « Lt science des saints, c'est la prudence. » Prov. k, i<>. Et, dans le fait, la science proprement dite se borne à la spéculation, tandis que la prudence, va droit à la conduite; et telle est la science (pie Dieu donne aux saints.
Que de fois, dans les Psaumes de David, ne voyons-nous pas que cette science est .promise aux hommes justes? Qui ne connaît «■et te parole : «La bouche du juste ruminera la sagesse, et sa langue ne parlera qu'avec jugement. » Psalm. xx.wi, 30. Ailleurs, Psalm. xxxi, 8, le Seigneur avait dit en parlant au Juste : «Jeté donnerai l'intelligence, et je t'enseignerai tout ce qu'il t'est nécessaire de savoir dans le chemin où tu marches, et nies yeux seront toujours fixés sur toi. » Plus haut encore, c'est le même Prophète qui s'écrie dans un sentiment de surprise et d'admiration : « Quel est cet homme qui craint le Seigneur , à qui le Seigneur accordera cette faveur insigne d'être lui-même son maître et de lui enseigner la loi selon laquelle il doit vivre? » Psalm. xxiv , 12. Dans un autre verset de ce même Psaume , au lieu de dire avec la Vulgate : « Le Seigneur est l'inébranlable appui de ceux qui le craignent, » saint Jérôme traduit : « Le Seigneur découvre ses secrets à ceux qui le craignent ; et son testament (mot qui signifie ses lois les plus saintes) leur est ouvertement manifesté. » Or, une telle manifestation , c'est une grande lumière pour l'entendement , un aliment plein de force et de douceur pour la volonté , une vie nouvelle , un incomparable bonheur pour l'homme tout entier.
C'est ce que nous voyons dans le Prophète royal lui-même. La connaissance des lois du Seigneur est , à ses yeux , tantôt un gras pâturage , au sein duquel Dieu l'avait introduit , tantôt une eau qui rafraîchit et ranime , tantôt une table abondamment servie , où il puisait de nouvelles forces pour repousser la fureur de tous ses ennemis. Yoilà pourquoi ce fervent admirateur des œuvres divines, dans le magnifique Psaume qui commence par ces mots : « Heureux ceux qui sont immaculés dans leur voie et qui marchent dans la loi du Seigneur, »ne cesse de demander cette lumière céleste , cet enseignement intérieur. Dans un endroit il s'écrie :
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«Je sais votre serviteur, ô mon Dieu; donnez-moi l'intelligence pour que je sache vos commandements, d Puis il dit : « Eclaires
les yeux de mon âme, Seigneur , afin que je puisse voir les merveilles de votre loi. » Puis encore : « Donnez-moi l'intelligence, el je scruterai votre loi, <'t je la garderai de tout, mon cœur. » En un mot , c'esi la demande qu'il ne cesse de répeter dans tout ce long -antique; et le Prophète ne l'aurait pas adressée à Dieu, avec une telle instance , s'il n'avait profondément senti la grandeur et L'efficacité de l'instruction qu'il implorait, et s'il n'avait su que le Seigneur aime à la communiquer aux hommes.
Les choses étant ainsi, quelle plus grande gloire que d'avoir un tel Maître , de fréquenter son école et d'y recueillir ses sublimes enseignements , la science de la vie et celle de l'immortalité? Du fond de l'Espagne et de toutes les contrées de la (îaule , ainsi que saint Jérôme le rappelle dans une lettre à Paulin, les hommes accouraient à Rome, pour voir et entendre Tite-Live. Appollonius de Tyane , ce philosophe qui remplit le monde de sa renommée , fit le tour du Caucase et parcourut une grande partie de la terre, pour voir le grand Hiarcas assis sur un trône d'or, au milieu d'un petit nombre de disciples, leur expliquant le mouvement des cieux et les révolutions des astres. Que ne devraient pas faire les hommes pour avoir le bonheur d'entendre Dieu lui-même , les éclairant de sa lumineuse parole , assis, non plus sur un trône d'or, mais sur le trône de leur propre cœur, leur expliquant enfin, non la manière dont les cieux se meuvent, mais la manière dont les cieux se gagnent ?
Voulez-vous comprendre l'importance et la valeur d'une telle doctrine, entendez ce que nous en dit le Prophète royal , toujours dans le même Psaume : « Ma science a surpassé celle des hommes qui m'enseignaient, parce que je m'occupais à méditer vos divins commandements; et mon intelligence l'emportait sur celle des vieillards , parce que je m'appliquais à garder vos préceptes. » Mais voici quelque chose de bierî plus expressif encore ; c'est le prophète feaîe qui énumère les biens que Dieu promet à ses fidèles serviteurs : « Le Seigneur vous donnera un parfait repos, un bonheur que rien ne saurait troubler; il remplira votre âme
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de célestes splendeurs ; vous serez comme un riche verger où tous les fruits abondent, comme une fontaine qui coule toujours pure, toujours à îlots presses, a fsa. Lvm, 1 1. Or, quelles peuvent être ces
splendeurs dont Dieu se plaît a remplir l'âme de ses entants, si ce n'est la connaissance qu'il leur donne des choses du salut ? Il leur apprend combien est grande la beauté île la vertu, horrible la laideur du pèche ; il leur révèle la vanité du inonde, le prix de la grâce, la grandeur de la gloire , la suavité des a [isolations i ne le Saint-Esprit verse dans les âmes, l'infinie honte de Dieu, la fureur des démons, la brièveté de la vie présente et la funeste malice des ceux qui mettent tout leur espoir en elle.
Au moyen d'une telle doctrine, il les élève parfois, selon les expressions hardies du même Prophète, par-dessus les plus hautes montagnes , d'où ils contemplent le Roi dans toute sa beauté, et n'aperçoivent plus la terre que de loin. Il résulte de là que les biens du ciel leur paraissent ce qu'ils sont en réalité, par la raison qu'il leur est donné de les voir de près ; tandis que les biens de la terre leur paraissent extrêmement petits ; car à leur petitesse naturelle s'ajoute celle que l'éloignement produit. C'est le contraire qui a lieu pour les méchants ; et cela se comprend sans peine : ils ne voient les choses du ciel que de loin, et de fort près les choses de la terre.
De là vient aussi que les heureux disciples d'un tel Maître , se montrent également grands dans la prospérité et l'adversité; ni l'une ne peut les enorgueillir, ni l'autre les abattre. La céleste doctrine qu'ils ont reçue est une vive lumière qui leur montre à découvert combien est peu de chose ce que le monde peut ou donner ou ravir, en comparaison surtout des biens qui nous viennent de Dieu. Ainsi peut s'interpréter la parole de Salomon : « Le Juste demeure toujours le même comme le soleil ; mais l'insensé change à tout moment comme la lune. » Eccli. xxvn, 12. Saint Amhroise commente et développe ainsi cette sentence : « Le sage ne se laisse pas ébranler par la crainte , il ne subit pas les alternatives de la puissance; il ne s'exalte pas dans le bonheur, il ne succombe pas à l'infortune. Et voici pourquoi : Où se trouve la sagesse, se trouve aussi la vertu, la force, la constance; et de la
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sorte Le .lust.' demeure toujours le même dans son cœur, les changements et les rérolutions qui se produisent autour de lui ne sauraient l'atteindre . ce n'est pas lui qui se laisse emporter à tout wnt «le doctrine; pour se tenir à l'abri de toutes les variations de la terre, il demeure indissolublement uni au Christ par le double lien de la foi et de la charité. »
Ne fous étonnez pas que cette sagesse soit d'une aussi grande efficacité. Ce n'est pas là, nous l'avons dit, la sagesse de la terre, c'est la sagesse du ciel ; elle n'enfle pas , elle édifie ; elle ne se contente pas d'éclairer l'entendement par la spéculation et la théorie , elle ranime encore la volonté de sa chaleur et de sa force. C'est elle qui remuait le cœur de saint Augustin , alors qu'il versait de douces larmes en entendant le chant des Psaumes et les pieuses voix qui retentissaient dans la maison du Seigneur ; en irappant ses oreilles ces voix pénétraient jusqu'au fond de son cœur , et , dilate par le feu de la dévotion, ce cœur laissait la vérité descendre dans ses replis les plus secrets, ranimer chacune de ses fibres , et les larmes coulaient des yeux d'Augustin , et d'inénarrables consolations inondaient son âme , ainsi qu'il l'atteste lui-même. Confes. ix , 6.
0 heureuses larmes ! Ecole fortunée ! ô divine sagesse , qui donnez de tels prodiges de sainteté ! Que pourrait-on comparer à cette sagesse? Quel trésor en égale le prix ? Ni l'or le plus pur, pour parler le langage du saint homme Job, ni tout l'argent de l'univers ne suffiraient pour l'acheter. Les riches étoffes et les pierres précieuses qui nous viennent de l'Inde ne sont rien comparées à ce trésor céleste. Pour avoir une idée de sa valeur, ne cherchez pas un terme de comparaison sur la terre ; ne parlez ici ni des marbres les plus rares, ni des vases d'or ou de cristal magnifiquement ciselés , ni de rien , en un mot, de ce que la nature produit ou de ce que l'art façonne. Toutes ces pensées sont extraites de saint Augustin ; c'est lui-même qui fait cet éloge de la sagesse chrétienne ; et il conclut par cette réflexion : « Ne perdez pas de vue que l'amour de Dieu est cette véritable sagesse, et que l'intelligence consiste à savoir fuir le péché.
Voilà donc , mon frère , l'un des grands attraits de la vertu ;