‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 94 sur 308 · LIVRE PREM1I li. CHAPITRE HV · texte numérisé non relu

LIVRE PREM1I li. CHAPITRE HV

c'est elle qui donne un tel bien, elle tient les ciels de ce tri céleste. Salomon emploie ce même moyen pour attirer les hommes a La pratique de la vertu. Dans le livre des Proverbes spéci ment au second chapitre, il ne cesse de promettre è celui qui gardera ses préceptes et les tiendra gravés au fond du cœur, qu'il aura pas là même la crainte du Seigneur et la divine science ; car c'esl Dieu lui-même , el Dieu seul, qui donne La vraie sagesse , la prudence ri l'intelligence procèdent de sa bouche. Or, cette Base versée par Dieu dans le cœur de l'homme, n'y demeure pas toujours dans le même état; elle acquiert à chaque instant de nouvelles connaissances et resplendit ainsi de nouvelles clartés. si ce que le Sage dit encore : « Le sentier du juste brille comme la lumière ; et cette lumière va toujours croissant jusqu'à ce qu'elle arrive à son midi.» Prov. îv, 18. Et nous devons entendre par là le bonheur et la gloire de l'immortalité. Dans ce grand jour nous ne dirons plus avec les amis de Job , que nous recevons comme à la dérobée les secrètes inspirations de Dieu ; car alors nous verrons Dieu sans nuages et nous l'entendrons sans intermédiaire.

Une telle sagesse est donc le partage exclusif des enfants de la lumière. Les méchants au contraire vivent plongés dans d'épaisses ténèbres, ténèbres qui nous sont représentées par celles dont était couverte la terre d'Egypte, tellement compactes qu'on pouvait en quelque sorte les palper; tandis que dans la terre de Gessen, où demeuraient les enfants d'Israël, régnait une complète lumière; ce qui nous représente bien l'heureux sort réservé aux enfants de Dieu. Les ténèbres représentent, de leur côté , l'aveuglement affreux, la nuit profonde qui pèse sur les méchants; c'est ce qu'ils reconnaissent eux-mêmes dans ce remarquable passage d'Isaïe : « Nous attendions la lumière, et nous n'avons eu que l'obscurité ; nous marchions à l'aventure comme des aveugles , palpant le long des murs. Comme des cadavres qu'on jette dans le sein de la terre, nous sommes tombés dans des lieux obscurs; au milieu du jour, nous avons été surpris par les ténèbres de la nuit. » [sa. lix, 9 et 10, Et , dans le fait, quel plus profond aveuglement , quelle folie plus grande que l'aveuglement et TOM. x. 13

la folie des méchants? Vendra le royaume du ciel pour les misé- Fables plaisirs de la (erre, vivre comme s'il n'y avait pas un enfer à redouter, un ciel à conquérir; ne pas craindra le péché, ne faire aucun cas des jugements de Dieu, mépriser également ses promesses -t ses menaces, son amour et son courroux ; n'avoir aucun souci de la mort, qui cependant ne cesse de guetter sa proie ; ne jamais songer au compte que nous aurons à rendre, un jour, de notre vie entière; ne pas comprendre, enfin, que ce qui flatte est momentané , que ce qui tourmente est. éternel , quel aveuglement incroyable, encore une fois, quel incompréhensible délire ! « Ils n'ont pas voulu savoir, ils n'ont pas voulu comprendre, dit le Prophète ; ils marchent perpétuellement dans les ténèbres , » Psal. i.xxxi . ri ; c'est-à-dire qu'à d'épaisses ténèbres succèdent des ténèbres plus épaisses encore; à celles du dedans se joignent même celles du dehors, celles de la vie présente conduisent à celles de l'autre vie.

Je ne crois pas devoir terminer ce chapitre sans présenter une observation : Tout ce que nous avons dit de la divine sagesse et de cette céleste lumière que L'Esprit- Saint communique aux hommes vertueux, ne renferme rien que de vrai ; mais nul ne doit pour cela , quelque assuré qu'il puisse être de posséder la grâce de la justification, nul ne doit se dispenser de soumettre sa conduite et ses sentiments au jugement des supérieurs, et principalement de ceux qui ont été placés dans l'Eglise pour enseigner et diriger les autres. Qui posséda jamais de plus abondantes lumières que Moïse ou saint Paul , puisque celui-là parlait à Dieu face à face, et que celui-ci avait vu les splendeurs du troisième ciel? Et cependant .Moïse ne dédaigne pas les conseils de Jéthro son beau-père , bien que celui-ci fût encore gentil ; et Paul se rend à Jérusalem pour recevoir de la main des Apôtres cet Evangile qu'il avait déjà reçu de la main de Dieu même. Voici la raison de cela: les secours intérieurs, qui nous viennent directement de Dieu, n'excluent pas les secours extérieurs, qui nous sont transmis par l'Eglise ; c'est par ces deux sortes de moyens que la divine Providence a voulu remédier à notre faiblesse; nous avions besoin des uns et des autres. De même que la chaleur naturelle du corps

LIN tu: PREMIER, CHAPITRE XV.

humain est merveilleusemenl second» e p ur celle du soleil , on de même que, dans les maladies, la nature, qui tend sans cesse à la conservation de l'individu, esl aidée dans son action par les remèdes qui lui viennenl du dehors et que le Créateur nous a ctaon :s pour cette On; de même Les lumières el Les faveurs que La grâce verse intérieurement dans notre âme, trouvent un puissant secours, un point d'appui nécessaire dans Les enseignements et Lee conseils de L'Eglise; on ne mériterait pas ces lumières si on refusait de se soumettre à ses enseignements.

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