CHAPITRE XV
Du quatrième privilège de la vertu, ou des consolations qui lui sont prodiguées par l'Esprit-Saint.
Pour quatrième privilège de la vertu, j'aurais bien pu prendre la divine charité, l'amour envers Dieu; car après avoir parle de ce qui éclaire notre intelligence, il était naturel de parler de ce qui enflamme notre cœur. L'Apôtre lui-même semblait me tracer cette voie , puisqu'il nous présente la charité comme le premier des fruits de l'Esprit-Saint. Cependant, comme nous traitons ici des avantages et des privilèges de la vertu , plutôt que de la vertu elle-même, la charité étant une vertu et la plus excellente de toutes, je consens à l'omettre dans cet ordre de matières. Il est vrai que si je ne devais pas l'y faire figurer comme vertu proprement dite, j'aurais bien pu l'envisager sous un autre aspect, la considérer comme un don merveilleux que Dieu fait à l 'âme vertueuse, dans le but d'enflammer intérieurement la volonté d'une manière ineffable , de l'incliner à aimer Dieu par-dessus toutes choses et autant qu'il soit possible à l'homme de l'aimer. Plus cet amour est parfait, on le comprend sans peine, plus il est doux et délectable ; il pouvait donc sous ce rapport être mis au nombre des privilèges de la vertu. Mais, pour ne pas m'exposer à revenir plusieurs fois sur les mêmes choses, alors même que ce serait sous différents points de vue, j'ai mieux aime traiter ici des consolations et de la joie que nous recevons de l'Esprit-Saint.
N'est-ce pas d'ailleurs une propriété naturelle de cette même
charité et l'un «1rs principaux fruits que par elle Dieu produit dans les âmes, selou l'admirable doctrine de L'apôtre saini Paul? Le privilège que nous allons étudier dérive de celui qui précède, l-.n effet, eette connaissance que le Seigneur donne à ses entants ne se renferme pas dans les limites de l'intelligence; elle se communique enr.iie à la volonté, la rechaullànl de ses rayons, la dirigeant dans la voie du bien, lui donnant ce courage et cette ardeur qui rendent douces et faciles toutes les œuvres de la religion et de la vertu. Semblable à la lumière matérielle qui porte eu elle cette vivifiante chaleur dont nous voyons les heureux effets dans toute la nature, cette divine lumière produit aussi daus notre aine l'allégresse avec la fécondité. Voilà bien ce que dit le Prophète : 9 La lumière s'est levée pour le juste, et l'allégresse pour ceux qui ont le cœur droit. » L'sal. xc.vi, 1 1 et 12.
Il est vrai que nous avons déjà dans un autre ouvrage traité ce même sujet. Mais il est si riche, il présente des aspects si divers, que nous pouvons en parler encore sans crainte de nous répéter. Pour le but que nous nous proposons ici , c'est la grandeur de • cette joie spirituelle qu'il importe de bien établir: car s'il est une vérité capable d'attacher les hommes à l'amour et à la pratique de la vertu, c'est assurément celle qui nous y montre une source de bonheur et de joie.
»in sait généralement dans le monde, on avoue même sans détour que tous les maux, d'une manière ou d'une autre, se trouvent dans le vice; que tous les biens, au contraire, les biens utiles, tout comme les biens honnêtes, sont éminemment renfermés dans la vertu. Il n'y a que le plaisir et la joie qui lui manquent . au dire des méchants. Or, le cœar humain étant si avide dé plaisir, si ami de la joie, ces hommes disent tout simplement, sinon par leurs paroles, du moins par leurs actes, qu'ils aiment mieux le plaisir avec tous ses dangers, que la tristesse avec tous ses avantages. Lactance l'avait dit avant nous; et voici les expressions de ce Père : « Comme les vertus sont mêlées d'une certaine amertume et les vices accompagnés d'un certain plaisir, rebutés par ce qui blesse, attirés par ce qui flatte, les hommes courent incessamment après le vice et laissent de côté la vertu. » (l'est là