LIVRE PREMIER, CHAPITRE XV
pertes un grand mal, et nous en voyons la cause. Celui-là donc rendrai! aux hommes un service signalé, qui leur démontrerai! avec évidence que le chemin de la vertu es! beaucoup plus agréable el plus doux que celui dn vice. C'est justemenl là ce que je veux prouver, el par des raisons capables de convaincre, un esprit sincère, e1 par l'autorité de nos Livres saints. Ces! toujours à celle dernière preuve qu'il Tant en revenir, il n'en est pas de plus forte ni de pins persuasive, puisque le ciel el la terre passeront plntôi qu'une seule des paroles de l'Ecriture.
Maintenant j'interpellerai L'homme qui s'est laissé séduire par les funestes préjugés du monde. Dites-moi, je vous prie, si le chemin de la vertu est aussi triste, aussi dénué de consolations que vous aime/, à nous le représenter, qu'a prétendu dire le Prophète royal quand il s'écrie :« Qu'elle esl grande, Seigneur, l'abondance des douceurs que vous réservez en secret à ceux qui vous craignent ! » Psulm. xxx, v20. Par ces paroles ce n'est pas seulement la grandeur des consolations et des délices promises à la vertu que le Prophète veut exprimer; c'est encore l'ignorance des méchants par rapport à ces avantages spirituels, le soin que Dieu met à les cacher à leurs regards.
Que veut encore dire le même Prophète dans le passage suivant : « Mon àme se réjouira dans le Seigneur, elle tressaillera d'allégresse en Dieu, l'auteur de son salut. Tous mes os (c'est-àdire toutes les forces de mon être , toutes les puissances de mon àme) s'écrieront : Seigneur qui est semblable à vous? » Ps. xxxiv, 9 et 10. Ce texte ne nous donne-t-il pas à comprendre, ou p'.utôt ne dit-il pas clairement que la joie du juste est tellement grande qu'elle rejaillit de l'âme, où elle est directement reçue, sur la chair elle-même, bien que par nature elle paraisse incapable d'y participer. De telle sorte qu'un être qui ne peut éprouver par lui-même que des impressions matérielles, devient apte, par sa communication avec l'esprit, à ressentir des joies spirituelles, à se réjouir dans le Dieu vivant ; et cela avec une telle puissance que tous les •os, pénétrés et ravivés de cette merveilleuse suavité, s'ébranlent et •font que l'homme s'écrie dans un saint transport d'allégresse : Seigneur, qui est semblable à vous? Où trouver des plaisirs qui
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puissent égaler ceux que vous donnez à L'homme? Quelle joie, que) amour, quelle paix qui soient dignes d'entrer en comparaison avec la joie, l'amour et la paix dont vous êtes la source intarissable?
Nous lisons : a Vbts d'allégress) et de salut dans les tabernacles des justes, o Psûlm. cxvn, tr>. Oui. dans les tabernacles desjustes; car ni le salut ni la véritable allégresse ne peuvent trouver place dans les demeures des pécheurs. Ailleurs, Psalm. lxvii, 4, c'est sous l'image d'une fête de famille, d'un banquet fraternel, plein d'expansion et de joie, que le Prophète royal nous représente le bonheur des justes ici-bas. Et, dans le fait, Dieu ne convie-t-il pas les âmes de ses élus à des noces spirituelles, à de splendides repas, où il leur donne, avec un nouveau principe de vie, un avant-goùt des choses éternelles? Dans ce banquet, Dieu leur donne à boire ce vin si suave et si pur dont le même Prophète a pu dire dans un autre endroit : « Seigneur, vos serviteurs seront enivrés de l'abondance des biens qui remplissent votre maison ; vous les abreuverez au torrent de vos propres délices. » Psalm. xxxv, 0. Par quelles expressions nous eùt-il mieux représenté la grandeur et la puissance des félicités spirituelles? C'est une ivresse qui subjugue, c'est un torrent qui se précipite ; le cœur de l'homme se trouve ainsi comme arraché à lui-même et transporté en Dieu. Un homme qui a bu du vin avec excès, n'a plus sa connaissance, perd l'usage de ses sens, il demeure comme mort, terrassé qu'il est par la force de cette liqueur ; pareillement un homme qui boit du vin des consolations célestes, qui goûte réellement une fois de ce bonheur divîn, meurt aussitôt au monde, perd le goût de tous les biens extérieurs , ne se sent plus aucune inclination , aucun appétit désordonné pour les choses de la terre.
Voici une autre expression qui mérite d'être remarquée : « Heureux le peuple qui connaît la jubilation. » Psalm. lxxxviii, 46. D'autres auraient dit peut-être : Heureux le peuple qui regorge de biens, qui est abondamment pourvu de toutes les choses nécessaires ou agréables à la vie, entouré de fortes murailles, protégé par une armée valeureuse et fidèle ! Mais le saint roi, qui n'ignorait pas le prix fie toutes ces choses, proclame seulement heureux