‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 98 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE

tacles (|ni s'opposent à l'accomplissement des désirs de L'âme Adèle. Ne vous découragez pas cependant H ce craignez pas, âme nui savez, aimer de la sorte, s'écrie un ancien docteur, cette maladie n'est pis mortelle ; bien loin de produire la mort, elle tourne à La gloire de Dieu, elle prépare an triomphe de plus à son divin lils.

Mais quelle langue serait capable de retracer le bonheur et les délices , les extases d'amour et de joie que prodigue le Seigneur à l'âme pure et fervente? Pour les comprendre il faut les avoir éprouvés, comme le dit l'Apôtre de la dilection dans son Apocalypse; mais ni la langue i\v^ anges, ni la langue des hommes, comme parle saint Paul . ne sauraient les exprimer. Il y a néanmoins quelques traits accessibles à notre intelligence et par lesquels nous' pouvons nous former comme une lointaine image de cette inénarrable félicité.

Celui qui voudra considérer avec une sérieuse attention l'amour immense et l'infinie bonté du Fils de Dieu pour les hommes , les humiliations et les tortures qu'il a subies sous l'impulsion de cet amour, celui-là ne sera nullement étonné de ce que nous disons ici touchant le bonheur du juste. Ce bonheur n'est rien en comparaison des souffrances d'un Dieu. Que ne fera pas en faveur des justes celui qui a tant souffert pour les justes et les pécheurs sans distinction? Quels seront les biens spécialement réservés aux amis, quand les ennemis eux-mêmes ont eu part à de telles grâces ? C'est ce qui nous est représenté dans le Cantique des cantiques . mais avec des expressions si mystérieuses et si élevées , que les âmes les plus avancées dans les voies de la perfection et dans la science des choses divines, peuvent seules se nourrir avec fruit ou sans danger de ces profonds témoignages de l'amour divin.

Nous pouvons encore conjecturer quelque chose de ce bonheur par ce qui se passe dans le cœur de l'homme , je veux dire de l'homme juste et vraiment ami de Dieu. Voyez , en effet, ce cœur enflammé d'amour; il n'a qu'une pensée , un désir , qui l'occupe la nuit et le jour , c'est de savoir comment il pourra servir Dieu son divin maître, par quelles transformations et quels sacrifices il

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pourra se rendre plus agréable à L'objet de son amour,àcelui qui, de son côté, a tant tait pour l'homme, el lui prodigae incessamment do nouvelles preuves de sa tendresse. Et maintenant, dites-moi, si l'homme, cet être inconstant et fragile, dont la nature dépravée tend sans L'éloigner de tout bien, se montre néanmoins ca-

pable de témoigner à Dieu tant d'amour et de constance, que ne fera pas en m faveur Celui dont la bonté, la charité , la persévérance dans ses aiïections sont infiniment supérieures à tout ce que nous désignons du même nom dans la nature bumaine? Si Dieu, comme s'exprime le Propbète, Psalm. xvu, 20, est saint avec celui qui est saint , bon avec celui qui est bon , si de plus la bonté de l'homme peut s'élever au point que nous venons d'indiquer, à quel degré s'arrêtera celle de Dieu ? Oui , que Dieu se mette à lutter de bonté avec les meilleurs des hommes, peuvent-ils espérer de triompher, et la défaite n'est-elle pas assez glorieuse dans une semblable lutte ? Si l'homme , comme nous l'avons dit , aspire à s'immoler, à se sacrifier, sous toutes les formes possibles , pour faire de soi une offrande agréable à son Dieu , qui pourrait dire ce que Dieu fera pour la consolation , le bonheur et la gloire de son fidèle serviteur? Non , nul ne saurait l'exprimer , nul ne saurait le comprendre. C'est à ce sujet que le prophète Isaïe, lxiv, i, et après lui le grand Apôtre, I Corinth., n, 9, affirment avec tant de force que l'œil de l'homme n'a pas vu , ni son oreille entendu , que son cœur n'est pas capable de concevoir la félicité que Dieu réserve à ceux qui espèrent en lui. Ce n'est pas seulement des biens de la gloire qu'il faut entendre ces expressions ; elles s'appliquent également aux biens de la grâce , comme du reste saint Paul le dit assez clairement dans le même passage.

Ne vous semble-t-il pas, mon frère, que le Seigneur ait mis assez de soin à nous adoucir le chemin de la vertu? Pouvez-vous même penser que tous les plaisirs du monde soient en rien comparables à ceux que nous trouvons dans la religion ? Quelle comparaison peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres, Jésus- Christ et Déliai? et de même quelle est celle qu'on pourrait établir entre les plaisirs de la terre et les délices du ciel , entre les

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