CINQUIÈME PARTIE , SECTION II , CHAPITRE XXI
montrait ces choses lui ayant demandé : Qui sont ceux-ci qui paraissent revêtus de robes blanches, et d'où viennent-ils? — Seigneur, répondit-il, vous le savez. — Ce sont ceux, lui dit l'ange, qui sont venus ici après de grandes afflictions et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. Ils n'auront plus ni faim ni soif, et les ardeurs d'aucun soleil et d'aucun feu ne les incommoderont plus, parce que l'Agneau qui est au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux fontaines des eaux vives, et Dieu essuiera de leurs yeux toute larme. » Apoc. vu, 13-17. Toutes ces paroles ont pour but de faire ressortir la gloire des martyrs, qui sont en si grand nombre que personne, d'après l'évangéliste saint Jean, ne peut les compter; par où on voit l'exactitude de l'opinion du grand saint Jérôme. Or ce nombre magnifique de martyrs est le premier témoignage de notre foi. Depuis que Dieu a créé le monde, jamais pareille persécution ne s'était vue sur la terre, jamais non plus pareil courage dans les persécutés pour souffrir et mourir avec cœur. Or, s'il est vrai que les martyrs ne pouvaient persévérer avec constance dans leur foi, au milieu de si horribles et de si nombreux tourments, sans l'assistance spéciale de la grâce de l'Esprit-Saint, il s'ensuit que c'était l'Esprit-Saint lui-même qui, parlant et agissant en eux, rendait témoignage à sa vérité. Si donc les martyrs sont innombrables, innombrables sont aussi les témoins de la foi, ce qui est une grande confirmation de sa vérité.
La seconde circonstance qui fortifie la vérité de ce témoignage est la qualité des personnes qui ont souffert. On compte parmi elles des gens de tout sexe et de tout âge, des jeunes gens et des vieillards, des enfants et des vierges timides, des personnages élevés, des riches, des grands de la terre, un grand nombre d'évêques distingués par leur sainteté et leur science, qui ne se seraient pas exposés à la légère aux horreurs de la mort. Evidemment, en présence du grand nombre des martyrs et aussi de leurs qualités, il faut reconnaître l'intervention du doigt et de la puissance de Dieu qui les encourageait à souffrir la plus redoutable des choses, c'est-à-dire la mort violente! Si leur
nombre eût été plus petit, comme celui de quelques hérétiques obstinés qui ont soutenu leurs erreurs jusqu'à la mort, nous en serions moins étonnés; mais devant ces légions innombrables de vaillants et d'intrépides soldats , qui pourra s'empêcher de reconnaître la vertu et l'assistance particulières de Dieu?
Une troisième circonstance des supplices des martyrs, c'est la cruauté étrange, la férocité et la multitude des tourments qu'on infligeait aux fidèles. Quelle langue, quelle parole, quel esprit, quelle éloquence pourront jamais les expliquer parfaitement? Nous avons essayé de le faire aux quatrième et cinquième paragraphes du dix-septième chapitre de cette seconde partie où nous avons parlé des différents supplices des martyrs. Mais que de choses nous pourrions ajouter à ce que nous y avons dit. Il y eut pour les martyrs des tourments non moins cruels et non moins épouvantables que ceux. que nous y avons rapportés, et on peut bien dire que jamais depuis le commencement du monde on n'avait vu dans le monde pareille barbarie, que jamais on n'en avait entendu parler. Non contents d'essayer contre les martyrs un seul supplice, quand le premier était épuisé sans succès, les tyrans en inventaient un autre, puis un autre encore, etc., à ce point qu'ils ont mis en œuvre sept, huit, et même neuf sortes de tourments contre le même martyr, souvent contre des jeunes filles nobles et délicates, comme sainte Prisque, sainte Martine, sainte Eulalie, sainte Barbe, sainte Anastasie, sainte Christine et une foule d'autres; ils ne se lassaient que lorsqu'il n'y avait plus une partie saine dans le corps du martyr ou lorsque les forces des bourreaux épuisées trahissaient leur fureur barbare. La conséquence évidente de ces réflexions n'échappe à personne. Qui ne voit en effet que cette constance et cette force, surtout dans un si grand nombre de personnes, sont des choses qui dépassent les limites des forces humaines et qu'il eût à jamais été impossible à une vierge faible et délicate de supporter tant de tourments, si elle n'avait eu Dieu dans son àme? Ceux-là le sentaient bien ainsi qui, sans avoir été témoins d'aucun miracle, et uniquement à la vue d'une force d'àme et d'une patience qu'ils jugeaient être au-dessus