‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 115 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIII. 19i · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIII. 19i

l'Eglise, on n'avait mis les fidèles à la question pour les forcer à dénoncer d'autres fidèles, comme on le fit dans ce royaume, ne reculant pas, pour les y amener, devant les plus cruels tourments. On exerçait sur les prisonniers les plus affreux traitements, et il était expressément défendu à qui que ce soit, parents ou amis, de les visiter ou de les secourir, sous peine de passer pour suspect et de s'exposer ainsi aux plus grands périls.

Mais pour en revenir à notre personnage et à sa lettre, il écrivit que les portes de la prison, fermées jusque-là à toute consolation et à toute visite humaine, s'ouvrirent un jour que les docteurs hérétiques et catholiques devaient soutenir une discussion publique, ce qui permit à beaucoup de catholiques d'y pénétrer sous prétexte de l'entendre. Parmi ces derniers, il y en eut qui, en s'égarant dans les endroits retirés de la prison, arrivèrent jusqu'au père Brianto, dont nous parlons; et c'est à cette occasion que celui-ci écrivit aux Pères de sa Compagnie une lettre où, entre autres choses, il leur rend compte des récompenses qu'il avait reçues de notre Seigneur au milieu de ses souffrances. Yoici comment il s'exprime :

« Si ce que je vais dire est miraculeux ou non, je ne le sais pas, Dieu le sait; mais ma conscience m'est témoin devant Dieu que je dis la vérité. Les bourreaux en étaient arrivés envers moi aux dernières cruautés ; ils avaient usé de la plus grande violence et m'avaient fait souffrir toutes les horreurs du chevalet; je ne sentais presque aucun mal; il me semblait au contraire que mes douleurs diminuaient à proportion que redoublait leur cruauté ; je conservais toute la lucidité de mon esprit, j'avais l'âme constante et le cœur réjoui. Témoins de ce prodige, mes juges m'abandonnèrent pour la journée, en ajournant au lendemain la continuation de leurs mauvais traitements et de mes épreuves. Cette sentence me pénétra d'une confiance nouvelle, et j'espérai, avec le secours de Dieu, en triompher également. Tandis qu'on me torturait, je méditais de mon mieux sur la douloureuse passion de mon Sauveur et sur ses tourments innombrables. » Ainsi s'exprimait Brianto dans cette lettre.

Quant à Servinus, collégial du collège anglican de Rome, on

trouve dans le récit des persécutions d'Angleterre un grand éloge de son admirable charité et de son zèle pour le salut des âmes. S'il entendait raconter les persécutions auxquelles les catholiques étaient en proie dans sa patrie, non-seulement il ne faiblissait pas, mais encore son ardeur s'échauffait et son zèle devenait plus vif; il désirait se rendre utile à son pays dans les limites des grâces qu'il avait reçues de Dieu, et dans celles de sa vertu et de sa science, et c'est sans doute pour cela qu'il fut pris, chargé de fers et enfermé dans une prison obscure quelques jours à peine après y être rentré. Quoique captif, il ne tenait pas la parole de Dieu captive; il exhortait ceux qui, comme lui, étaient prisonniers pour la foi, à persévérer dans leurs bonnes résolutions et à se montrer constants dans la confession de leur religion. La pensée qu'il était prisonnier pour Jésus-Christ le pénétrait d'une joie souveraine, et sous l'ardeur des flammes dévorantes de l'amour de son Dieu, il ne pouvait contenir son bonheur, ni s'empêcher de dire et de faire des choses qui manifestaient au dehors la joie dont l'inondait au dedans l'Esprit-Saint, protecteur dévoué qui n'est jamais plus près de ses serviteurs qu'au temps de la tribulation. Il y avait dans une cellule voisine de la sienne deux hérétiques attachés à une secte infâme et déshonnête. Etonnés des manifestations de joie que le serviteur de Dieu laissait paraître, ces hommes ne tardèrent pas à le regarder comme fou. Mais un jour qu'ils eurent occasion de s'entretenir avec lui , ils furent vite détrompés en voyant combien prudentes et sensées étaient ses paroles. Il causait un jour depuis quelques instants avec eux, lorsque, l'heure de la récitation de l'office divin étant arrivée, il prit congé de leur compagnie, se prosterna humblement à terre, et, tombant à genoux, dit son office avec une profonde dévotion. Ce spectacle inattendu toucha le cœur de ces hommes endurcis. Une autre fois, c'était pendant la nuit, en prenant son repas avec ces mêmes hérétiques, notre martyr défendit si bien en leur présence la cause de la foi et confondit si victorieusement leur erreur, qu'il les convertit à la foi catholique, les pardonna et les réconcilia avec l'Eglise. Persécutés pour une erreur que les lois anglaises ne toléraient pas, ces mêmes hommes devinrent, à partir de ce

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