‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 117 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIII

cesse, cesse donc de tenter et de séduire le peuple par tes paroles trompeuses. Tu ferais mieux d'avouer en présence de tout ce peuple tes crimes envers la majesté royale et d'en demander humblement pardon à la reine. Les ministres de la justice et les vicomtes de Londres lui donnaient le même conseil. « Je ferais volontiers ce que vous me conseillez, leur dit Campion, si je me sentais coupable du crime que vous me reprochez ; mais mon seul crime, à vos yeux, c'est ma religion ; loin de m'en excuser devant vous, j'en fais mon plus grand titre de gloire; j'ai déjà souffert beaucoup pour ma foi, et je suis prêt à mourir pour la défendre encore. »

Cependant les calvinistes conjuraient le martyr de prier avec eux. Mais lui, plein d'une sainte horreur pour leur abominable religion, ne voulut jamais acquiescer à leurs désirs; et s'adressant à tous les catholiques qui étaient présents, il les conjura de réciter le Credo quand ils le verraient sur le point de mourir, afin que s'il ne pouvait plus confesser la foi de sa bouche , il la confessât encore par la bouche de tous les catholiques qui assisteraient à son supplice. Aussitôt la charrette, mise en mouvement, se déroba sous ses pieds, et dès lors il se trouva pendu. Avant qu'il expirât, un des principaux hérétiques, qui ne voulait pas le voir mourir si vite, comme un malfaiteur ordinaire , coupa la corde et laissa le martyr à demi mort. On s'acharna alors contre lui et contre ses compagnons avec une rage et une cruauté qui faisaient oublier celles de Dioclétien et des tyrans les plus cruels, et qui ne pouvaient être inspirées que par Satan. Canipibn étant encore vivant, on exerça sur son corps des cruautés que la décence se refuse à peindre, puis on l'ouvrit par le milieu avec un couteau tranchant, et lui ayant arraché le cœur et les entrailles, on les jeta dans le feu ; on lui trancha la tète et on fit de son corps quatre parts qu'on fit cuire ensemble un moment dans l'eau bouillante ; après cela on prit la tête et le corps et on les cloua aux portes de la ville.

Campion mort, le bourreau appela Servinus : «Viens, toi aussi, Servinus, lui dit-il, viens recevoir à ton tour la même récompense. » Servinus accourut aussitôt avec un joyeux em-

pressement, il embrassa le bourreau, il baisa sa main toute dégoûtante encore du sang du père Campion. Le peuple s'émut à ce spectacle, et par ses murmures et son agitation , il obtint que le "vicomte laissât parler en toute liberté celui qui allait mourir. Le martyr profita de la liberté qu'on lui laissait ; il monta sur l'échelle fatale et de là harangua le peuple. Dès qu'il eut achevé, il mit lui-même la tête dans le nœud de la corde attachée à la potence. Ce que voyant, le peuple de s'écrier à haute voix : « 0 bon Servinus, que Dieu reçoive ton âme. » Ces clameurs se prolongèrent longtemps encore, et c'est à peine si , même après la mort de Servinus, on pouvait parvenir à les comprimer.

Vint ensuite le tour de Brianto. Il voulut, avant de mourir, professer en quelques mots la foi pour laquelle il mourait, et se laver de la calomnie de trahison contre la reine qu'on faisait peser sur lui et sur ses compagnons, en ayant soin de dire qu'il n'avait jamais osé même penser à cet abominable crime. Brianto était un jeune homme d'une beauté parfaite, et son innocence se lisait sur ses lèvres et sur sa face angélique. C'était en effet un spectacle bien propre à toucher tous les cœurs et à attirer tous les regards que l'allégresse et l'empressement qu'il montrait pour souffrir; il était tout heureux de souffrir pour la foi catholique, et de marcher sur les traces du père Campion, pour lequel il se sentait un grand amour et une tendre dévotion. On exerça sur lui. comme sur Servinus, toutes les cruautés dont on avait poursuivi le père Campion. C'est ainsi que par un courage d'un moment ces bieriheureux prêtres se rendirent dignes du repos éternel dont ils jouissent au ciel! Heureux triomphe qui place dans l'ordre de la gloire ces martyrs au-dessus des anges, car ils ont sur eux l'avantage d'avoir donné leur vie pour la gloire de leur Créateur, en remportant sur les hérétiques une grande victoire. en confondant les démons, en confirmant les catholiques pour le témoignage de la foi et cette constance qui ne reculait pas devant les tourments les plus horribles.

Que le lecteur chrétien considère maintenant des yeux de la foi, avec quelle allégresse les saints anges durent accompagner ces âmes fortunées qui avaient si valeureusement triomphé du

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