CHAPITRE XXIV
Douzième excellence de la religion chrétienne : elle est démontrée par des miracles.
Un autre témoignage tout aussi éclatant de la religion chrétienne est celui des miracles. Dieu étant souverainement parfait, toutes ses œuvres participent à sa perfection, autrement l'imperfection de l'ouvrage rejaillirait sur l'ouvrier. Comme il oblige tous les hommes à la foi, sans laquelle il est impossible de se sauver, et que la foi nous force à croire des choses qui sont audessus de la raison, il était juste qu'il prît des moyens suffisants pour la faire naître et pour la conserver en nous. C'est pour cela que Dieu fit des miracles ; il voulut faire reposer des vérités supra-rationnelles sur le témoignage de faits surnaturels. Tels sont en effet les miracles ; Dieu seul peut les opérer, et quand il lui plaît d'en produire quelques-uns à l'appui d'une vérité, cette vérité devient plus certaine que ce que nous voyons de nos yeux ou que nous touchons de nos mains. Les rois ont leurs sceaux pour faire reconnaître les ordres qui émanent d'eux, et imposer à leur sujet l'obéissance ; les sceaux royaux de Dieu, Maître et Seigneur de la nature, ce sont des œuvres qui dépassent les forces de la nature ; à ce signe on reconnaît le miracle, l'œuvre de Dieu par excellence, que nul autre que Dieu ne peut faire ou permettre.
Dieu a opéré en faveur de la religion chrétienne tant de miracles qu'il serait plus facile de compter les étoiles du ciel que ces prodiges. L'Eglise ne met jamais un de ses enfants au nombre des saints si sa sainteté n'a été démontrée par des miracles qui sont examinés avec tout le soin que mérite une affaire de cette importance. Dans le procès de canonisation de saint Vincent Ferrier, le saint dont la prédication semble avoir produit le plus de fruits dans l'Eglise depuis les apôtres, il est fait mention de huit cents miracles authentiques, sans tenir compte de ceux qu'il opéra en Espagne, le principal théâtre de son apostolat. Où est l'incrédule qui oserait révoquer en doute tous ces miracles ? ( \t