‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 120 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIV

un seul miracle vrai suffit au témoignage de la foi. Saint Augustin raconte une foule de miracles dus à la puissance des reliques du glorieux martyr saint Etienne, et il ajoute qu'il faudrait plusieurs volumes pour écrire tous ceux qui furent accomplis en plusieurs endroits de l'Afrique par l'intercession du même saint.

Il ne manque pas d'esprits que le miracle ne peut ébranler parce qu'ils ne peuvent y croire ; j'ai décrit exprès, dans mon Introduction au Symbole, des miracles qu'aucun bomme de sens ne peut révoquer en doute. Les mêmes saints qui les racontent en furent très-souvent les témoins oculaires, et ne racontent ainsi rien qu'ils n'aient vu de leurs yeux. Saint Augustin, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Grégoire pape, saint Grégoire le Théologien, saint Jean Chrysostome, saint Bernard, saint Jean Climaque et Théodoret, ont consigné dans leurs écrits plusieurs miracles, auxquels ils furent présents, avec toute l'autorité de leur science et de leur vertu. Il y eut des miracles qui furent plus notoires à l'univers entier; on se souvient de cette éclipse miraculeuse arrivée à la mort du Sauveur et de laquelle rendent témoignage non-seulement les évangélistes, qui n'auraient jamais osé affirmer à la face du monde une chose fausse, capable d'exciter contre eux des contradictions et des moqueries universelles, mais les auteurs gentils eux-mêmes. Le soleil, la lune, les astres innombrables qui peuplent le firmament se couvrirent de deuil à la mort du Sauveur. La raison de ces ténèbres universelles est manifeste; en même temps que le soleil, toutes les étoiles qui tiennent de lui leur clarté devaient nécessairement perdre leur éclat. L'Evangéliste confirme la vérité de ce prodige de son puissant témoignage : « Depuis la sixième heure, dit-il, qui fut celle du crucifiement du Sauveur, jusqu'à la neuvième, où le Christ mourut sur la croix, des ténèbres épaisses se répandirent sur toute la terre. » Matth. xxxn, 45.

La descente du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, au milieu d'un grand bruit et sous la forme de langues de feu, est encore un miracle qui eut pour témoins des hommes de toutes les nations de l'univers; sous les inspirations de cet Esprit céleste, « les apôtres commencèrent à parler diverses langues, et les Juifs reli-

gieux et fidèles, accourus à Jérusalem de toutes les nations qui sont sous le ciel, étaient tous étonnés et comme hors d'euxmêmes en entendant raconter dans leurs langues propres les merveilles de Dieu. » Act- u. Saint Luc n'aurait pas pu inventer ce miracle sans susciter contre lui ce grand nombre de témoins, et sans ôter à son ouvrage tout crédit et toute autorité. Ce prodige trouve encore une éclatante confirmation dans la prédication des apôtres; comment, en effet, ces pauvres Galiléens, qui n'étaient jamais sortis de leur pays, auraient-ils pu, sans lui, prêcher l'Evangile à toutes les nations de l'univers et se faire comprendre dans tous ces royaumes et ces provinces où l'on parlait tant et de si divers langages?

Parmi les miracles du Sauveur, beaucoup étaient très-populaires ; ils avaient été faits en présence d'un grand nombre de témoins dont la plupart étaient encore vivants au temps où les Evangiles furent écrits. Vingt aiis après la glorieuse ascension du Christ saint Matthieu écrivait son Evangile en hébreu, et y rapportait une foule de miracles connus de tous. Il y faisait mention du miracle par lequel le Sauveur nourrit avec cinq pains et deux poissons cinq mille hommes qui le suivaient, sans compter les femmes et les enfants qui étaient en aussi grand nombre . Ma t Ih . xiv . Au chapitre suivant il racontait un fait pareil à celui-là; le Sauveur avait rassasié quatre mille hommes avec sept pains, et des morceaux qui restaient on avait rempli sept corbeilles. Ibid. xv. Le miracle du fils de la veuve, ressuscité en présence de tous ceux qui l'accompagnaient au tombeau , ou qui étaient accourus avec le Sauveur, était aussi un prodige éclatant et manifeste. Matth. ix. La résurrection de la fille du chef de la synagogue, dont le bruit se répandit dans tout le pays, est un miracle encore plus public que celui-là. Supposez ce prodige faux, et aussitôt vous aurez d'innombrables témoins qui déposeront contre des faits dont l'origine est si récente. Il ne fut pas moins public ce miracle de la résurrection de Lazare qui mérita au Sauveur l'ovation enthousiaste qu'il reçut des Juifs au jour de son entrée à Jérusalem.

Les miracles que l'Apôtre raconte dans son épitre aux Corin-

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