‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 12 sur 383 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des bienfaits innombrables que Dieu nous a faits par le moyen des œuvres de la nature.

Par ce que nous avons dit jusqu'ici, on voit comment les philosophes arrivent à reconnaître l'existence d'une sagesse souveraine qui conduit et gouverne le monde avec une admirable régularité ; mais on peut aussi comprendre par ces mêmes motifs

combien grandes sont la sollicitude et la providence avec laquelle cette raison suprême préside à son œuvre, et combien est magnifique la grandeur de ses bienfaits. Les bienfaits de Dieu sont en effet les choses qui excitent plus vivement nos cœurs à l'aimer et à le servir ; laissant de côté les bienfaits de la grâce dont il sera question plus loin , ne parlons dans cette première partie que de ceux de la nature. Puissions -nous en tirer un double profit; apprendre d'un côté ce dont nous sommes redevables au Seigneur, connaître d'autre -part, et dès lors révérer, au moyen de ces mêmes bienfaits qu'on appelle les œuvres de la nature, la divine Providence qui s'y manifeste sans cess-' !

Parmi tous ces bienfaits de Dieu, le premier, celui qui est comme le fondement de tous les autres, c'est sans contredit d'avoir créé le monde et tout ce qu'il contient, en le destinant à l'usage et au service de l'homme. Il est évident que Dieu n'a pas créé le monde pour lui : avant que le monde fût créé, Dieu était dans son éternité, jouissant de la même gloire et du même bonheur. Ce monde, il ne l'a pas fait davantage pour ses anges ; les anges en effet sont de purs esprits qui ne résident pas dans un lieu matériel, et n'ont pas besoin pour soutenir leurs forces d'une nourriture corporelle; la nourriture des anges, ainsi que le dit saint Raphaël, est spirituelle et invisible, puisqu'elle n'est autre que Dieu lui-même. Est-il possible de supposer que Dieu ait créé le monde pour les animaux inintelligents? Qui oserait le soutenir ? et comment penser en effet que sa sagesse souveraine ait eu pour dernière fin dans cette œuvre magnifique , où éclate tant de puissance dans une si belle harmonie, des animaux grossiers incapables de le connaître et de le posséder? Non, non, c'est pour l'homme seul que Dieu a créé ces palais superbes , cet univers si vaste et si beau, ces cieux qui règlent ici-bas tous les mouvements du monde, et dont l'immensité nous étonne si nous songeons que la plus petite des étoiles qui y brille dépasse de bt-iucoup la grandeur de la terre et des mers réunies. Quelle ne doit pas être l'étendue de ce ciel où sont dispersées tant d'étoiles, et dans lequel une foule d'autres pourraient encore être conteaues? Quelle puissance dans l'ouvrier magnifique qui, par une

CINQUIÈME PARTIE, PREMIÈRE SECTION, CHAPITRE III. 27 seule parole de sa bouche, a fait surgir du néant tant et de si belles œuvres ! Que la grandeur et la magnificence de Dieu sont admirables ! Que la dignité de l'homme est incompréhensible I C'est pour l'homme et pour l'homme seul que le monde, avec l'infinie variété de ses richesses, fut créé et magnifiquement embelli. C'est pour l'homme et pour lui seul que Dieu continue de présider éternellement à son œuvre et de la diriger par le mouvement des cieux, du soleil, delà lune et des autres planètes. 11 suffit d'avoir des yeux pour admirer ces choses ; il suffit de voir pour comprendre que ce monde est un grand livre écrit par la main de Dieu, et dont les lettres ne sont autres que les créatures, ayant chacune leur propre signification et exprimant toutes la gloire de leur auteur. Mais les hommes plongés dans les soucis et les préoccupations des choses temporelles ne savent rien comprendre à ce livre divin, et demeurent devant les caractères qu'il contient , comme en présence d'incompréhensibles hiéroglyphes. « L'homme stupide méconnaît vos œuvres, ô mon Dieu, s'écrie le Psalmiste, et l'insensé ne les comprend pas. » Psalm. xci, 6. N'est-ce pas comme s'il disait : L'homme ne voit de la création que les apparences, il ne sait jaunis lever les yeux jusqu'à la contemplation de la sagesse qui l'a faite. Celui qui saura découvrir, au contraire, ce que contient ce livre divin , ne pourra s'empêcher de s'écrier avec le même Prophète : « O Dieu, que vos œuvres sont magnifiques ! vous avez tout accompli dans votre sagesse. » Psalm. cm, 24. Il verra encore que non-seulement le monde visible a été créé pour le service de l'homme, mais que toutes les créatures ont été faites pour la même fin. Que ceux donc qui désirent savoir combien sont grands les bienfait . de Dieu, comptent les créatures qui sont dans ce monde visible, chacune d'elles est un nouveau bienfait accordé à l'homme par le Créateur, puisqu'elles le servent toutes chacune à leur manière. Cette observation n'avait pas échappé au philosophe Aristote, qui disait que l'homme était comme la fin de toutes choses, puisque tout semblait se rapporter à lui et qu'il tirait de tout quelque avantage. Cherchons à obtenir une intelligence plus profonde de ce bienfait magnifique universel et, pour y parvenir,

28 INTRODUCTION Al" SYMBOLE DE LA FOL

parcourons les parties principales de ce monde, c'est-à-dire les quatre éléments, et passons ensuite aux choses qu'ils servent à former ; nous verrons bien alors qu'il y a là tout autant de bienfaits répandus sur nous avec une main dont la libéralité nous étonne, et avec une largesse qui pourvoit à tous les besoins de l'homme, encore que l'ingratitude de ceux qui la recevaient lui lut parfaitement connue.

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