‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 121 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XXIV

thiens et dans sa lettre aux Thessaloniciens, I Cor. xn, I Thés, i , ne sont ni moins vrais, ni moins sûrs ; pour appuyer la vérité des choses qu'il leur prêchait, l'Apôtre leur citait des miracles opérés au milieu d'eux et dont ils avaient été par conséquent témoins. De bonne foi, l'Apôtre aurait-il osé agir ainsi dans le cas où ces miracles eussent été faux, ou même n'eussent pas été notoires? Est-ce que ceux auxquels il s'adressait ne l'auraient pas traité d'imposteur, puisqu'ils étaient pris à témoin de faits dont ils n'avaient pas connaissance? D'ailleurs, qu'on lise avec un esprit droit et exempt de préjugés le chapitre onzième de sa seconde épître aux Corinthiens, et le caractère de l'Apôtre se dégagera de cet examen rapide. En considérant les grands travaux qu'il y rapporte et dont il a été lui-même le sujet, en le voyant si souvent battu de verges, emprisonné, accusé, lapidé, exposé à tous les dangers du chemin, aux horreurs des naufrages, aux périls de la mer, aux risques de la terre, aux perfidies des faux frères, à endurer la faim, la nudité, la pauvreté, les veilles, les travaux avec le fruit desquels il s'entretenait lui-même et il nourrissait ses frères, en contemplant la grandeur de ses révélations et la sublimité de ses ravissements célestes, en s'arrêtant, dis-je, à toutes ces choses, on ne demandera ni d'autres miracles, ni d'autres preuves pour croire tout ce que contient ce chapitre, en dehors des miracles qu'il s'attribue lui-même dans la même épître et dont il prend les Corinthiens à témoin. Nul ne sera assez incrédule pour supposer que l'Apôtre ait inventé toutes ces choses comme confirmation de la foi, car la foi n'eut jamais de persécuteur plus acharné que lui.

D'ailleurs notre âge a aussi été témoin de prodiges signalés. Qui n'a entendu parler du miracle du saint sacrement renfermé dans les corporaux de Daroca? Qui ne connaît celui qui s'opéra à Eromerte sur de saintes espèces déposées sur une patène, miracle affirmé par ceux qui l'ont vu de leurs yeux ou qui ont tenu la patène dans leurs mains, comme il est écrit dans l'histoire pontificale? Qui peut ignorer que le sang de saint Janvier, à Naples, bout toutes les fois qu'on le met en vue de la tète de ce saint? Qui ne sait enfin que les rois de France ont la faculté de guérir des

écrouelles ceux qu'ils touchent de leurs mains? puissance extraordinaire, en vérité, et qui dépasse toutes les forces de la nature.

A ces miracles, nous pouvons ajouter ajuste titre celui du père Brianto dont nous avons dit un mot à la fin du chapitre précédent. Cet illustre confesseur, livré aux plus redoutables épreuves, affirmait avec serment qu'il était insensible à tous les tourments, et qu'au milieu des tortures il ne ressentait pas la moindre douleur. Peut-il y avoir un miracle plus manifeste, et cette impassibilité, solennellement attestée par un homme qui va souffrir le martyre, n'est-elle pas un éclatant prodige?

Le miracle est une des plus grandes excellences et des plus fortes preuves de notre foi ; aussi lisons-nous dans les saintes Lettres et même dans les histoires profanes qu'un grand nombre de personnes durent leur conversion à quelque miracle dont elles furent témoins. Naaman, général syrien, se convertit en se voyant subitement guéri de la lèpre. IV Reg. ni. Nous trouvons la même chose dans l'Evangile. Nicodème, le grand de la cour, dont le fils était malade à Capharnaùm, et sa famille, un grand nombre de ceux qui étaient présents à la résurrection de Lazare, crurent en Jésus-Christ après un miracle. Joan. m, i-ll. Mais comme dans notre Introduction au Symbole nous avons raconté beaucoup de miracles dont les uns sont déjà anciens et les autres plus modernes, je crois utile de réfuter ici ceux qui prétendent que les miracles nécessaires à l'établissement de la foi sont devenus inutiles depuis sa fondation. Sans doute les miracles ont servi principalement à établir la foi; mais, depuis qu'elle règne sur le monde, bien des causes ont pu déterminer notre Seigneur à en opérer de nouveaux. Il a fait des miracles en faveur de ses saints, afin d'attirer sur eux la vénération et la confiance universelles, et surtout afin de les faire canoniser. C'est ainsi qu'un grand nombre de miracles ont été opérés en l'honneur de deux grandes lumières de l'Eglise qui vivaient en même temps, saint François et saint Dominique, et aussi d'un grand nombre de leurs disciples et de leurs successeurs; comme saint Bonaventure, saint Antoine de Padoue, saint Bernardin, sainte Claire et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer, saint Thomas d'Aquin, saint Pierre mar -•

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